Sans tomber dans les travers simplistes d’une écologie heureuse et individuelle, Jérémie Pichon nous propose dans son ouvrage « Famille en transition écologique » des pistes pour sortir de la surconsommation concrètement en « réinterrogeant nos besoins et nos modes de vie ». Vital alors que nous faisons face à une tournant majeure de notre civilisation postindustrielle.

Famille en transition écologique (Éditions Thierry Souccar, 2019) est plus qu’un petit manuel pour passer au zéro déchet et aux circuits courts. Jérémie Pichon y livre une réflexion au cœur des questions les plus urgentes en lien avec les stratégies de mobilisation.

Illustration : Bénédicte Moret

« Chacun tente, le plus souvent de trouver un responsable »

L’écologie est-elle une problématique individuelle ou collective ? Comment réduire de manière globale les émissions de gaz à effet de serre ? La question divise désormais les mouvements qui se réclamant de la protection de l’environnement et leurs militants en mal de méthode effective pour infléchir la trajectoire de développement de nos sociétés. Pour cause, année après année, rapports scientifiques après rapports scientifiques, on ne peut que constater la destruction accélérée des bases d’existence des êtres humains.

Face à ce dilemme, Jérémie Pichon propose une approche nuancée. Constatant qu’actuellement « nous vivons une transition subie, dure et dans le conflit », l’auteur rappelle que « nous avons besoin d’un changement structurel de fond du système, de notre économie et de nos sociétés ». Nous ne risquons pas de dire le contraire. Néanmoins, souligne le conférencier, il ne suffira pas de rejeter la responsabilité sur les autres. La posture « c’est pas moi, ce sont les industriels, les hommes politiques » ne résiste pas à l’épreuve de la réalité. Et de citer cet exemple remarquable : « Prenons le cas de l’obsolescence pour illustrer. On entend le plus souvent que l’obsolescence est le seul fait des industriels. Faux, pour le smartphone, 88% des téléphones remplacés fonctionnent encore ! L’obsolescence est d’abord de notre fait ». Chaque acteur de la société porte donc une part de responsabilité.

Action individuelle et action locale

L’auteur, critique vis-à-vis de la « croissance verte » et du « développement durable » propose plutôt de se tourner vers une décroissance générale des consommations. Celle-ci se fait aussi bien à l’échelle individuelle que collective et toujours en accord avec cette ambition : « Réduire à la source nos consommations en répondant à nos besoins, non pas en en créant de nouveaux ». Pour arriver à ce résultat, il faudra non seulement diminuer nos voyages en avion, réduire notre consommation de viande, mais aussi s’organiser en collectif, par exemple sous la forme d’achats groupés pour soutenir de manière effective les agriculteurs locaux et les circuits courts. « Le zéro déchet, nous explique l’auteur au téléphone, doit rester une démarche cohérente. Il ne suffit pas d’aller chercher ses céréales en vrac au supermarché, il faut surtout encourager une économie locale« . L’auteur précise : « cette transition permet de faire des économies ». C’est de la même manière qu’en s’organisant de manière collective on pourra encourager une société du partage et de la mutualisation.

De cette façon, l’auteur réussit à articuler une problématique structurelle (les destructions engendrées par le développement de la société thermo-industrielle) avec une démarche à l’échelle individuelle tournée vers les autres : « engageons-nous et utilisons la sphère locale comme moyens d’action et de pression », conclu-t-il en fin d’ouvrage. C’est à dire une approche complémentaire des pistes de solution, et non pas une vulgaire opposition binaire sur fond de lendemains qui chantent.

L’ouvrage s’adresse à celles et ceux qui veulent réduire de manière volontaire l’incidence de leurs consommations, mais ne savent pas par où commencer. Finance, consommations, habitat, éducation, tous ces sujets son évoqués de manière détaillée. Informatif, sourcé et ludique, nous avons découvert un livre qui nous invite à revenir à l’essentiel tout en prenant de la hauteur par rapport aux débats contemporains.

Jérémie Pichon, Famille en transition écologique, Ze Guide 2, Éditions Thierry Souccar, 2019. Prix : 15 euros. Illustrations : Bénédicte Moret. ISBN : 978 2 36549 310 9.


Nos travaux sont gratuits et indépendants grâce à vous. Soutenez-nous aujourd’hui en nous offrant un thé 😉

Donation