Freya, l’orque captive, meurt prématurément au Marineland d’Antibes

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Le Marineland d’Antibes vient d’annoncer une bien triste nouvelle : la mort de leur matriarche suite à « une longue maladie ». Les militants s’indignent de cette nouvelle polémique qui frappe le fameux parc marin. En effet, l’animal vient à peine d’atteindre la moitié de sa moyenne d’âge normale.

Elle s’appelait Freya

Freya est une orque qui a été capturée par SeaWorld en 1982, à l’âge de 2 ans, au large des côtes islandaises. Arrachée à sa famille à des fins commerciales, elle fut vendue au Marineland d’Antibes où elle aura vécu 32 ans d’une longue vie de captivité. Une longue captivité mais surtout une courte existence, puisque la moyenne d’âge d’une orque femelle à l’état sauvage est estimée entre 60 et 70 ans, certaines pouvant même être centenaires, comme c’est le cas de Granny qui fête 103 ans cette année.

980xCrédit : thedodo.com

De leur côté, les responsables des parcs affirment que leurs pensionnaires vivent mieux et plus longtemps dans leurs piscines car ils seraient protégés des dangers de l’océan. Pourtant, une vérité scientifique s’impose : les captifs vivent deux fois moins vieux derrière leurs murs que dans la nature en dépit des risques limités. Par ailleurs, les animaux évoluant dans un contexte de stress constant sont le plus souvent incapables de se reproduire naturellement. Les parcs marins pratiquent donc des inséminations artificielles afin de garantir la pérennité de leur cheptel. Le stress et le confinement agit aussi sur les mâles en âge de se reproduire ce qui les pousse à avoir une sexualité exacerbée, d’où des problèmes de consanguinité.

Freya fit au total 4 fausses couches, l’enfermant dans ce que certains pensent être une profonde dépression, et donna naissance à un petit mâle nommé Valentin. La consanguinité semble expliquer ces multiples fausses couches puisque le mâle reproducteur n’aurait été nul autre que son propre frère. Le petit dernier né du Marineland d’Antibes, Keijo, a d’ailleurs pour père Valentin, le demi-frère de sa mère Wikie. L’acharnement des delphinariums à faire naître des petits s’explique par le fait qu’ils représentent une énorme attraction pour les touristes tout en servant à prouver que les animaux sont heureux « puisqu’ils ont des bébés » quelles que soient les méthodes employées pour y parvenir. Dans la nature, cette consanguinité est extrêmement rare. Les animaux s’accouplent avec des partenaires extérieurs à leur clan et restent auprès des leurs toute leur vie. Un lien familial fort et indiscutable dont les parcs marins font fi en s’échangeant les animaux et en séparant les mamans des petits, expédiés vers d’autres parcs dans l’espoir de renouveler le patrimoine génétique des captifs.

Une vie en captivité inadaptée par nature

Le constat est amer : la vie en captivité n’est pas du tout adaptée à ces animaux sauvages hautement sensibles et intelligents, vivant en communautés, véritables nomades des mers pouvant nager des centaines de kilomètres chaque jour, prédateurs aux techniques de chasse parmi les plus avancées du royaume animal. Rappelons que le nom anglais des orques est killer whales, pour orques tueuses. Des animaux qui sont donc tout sauf de gros nounours domesticables qu’on aimerait mener à la baguette.

Une question éthique s’impose : est-il moralement admissible de détenir des animaux aussi émotionnellement complexes dans l’eau chlorée des bassins de béton à des fins de divertissement commercial ? Car, bien que les parcs marins avancent l’argument de la pédagogie et de la conservation, c’est avant tout de cela qu’il s’agit : dresser des animaux de plusieurs tonnes par un système de récompense à l’obéissance, dans le cadre de spectacles payants.

Soumis à des conditions de vie ne répondant que sommairement à leurs besoins, ces animaux sont privés de leur instinct sauvage, obligés de se soumettre à des ordres en échange de quelques poissons, vivant dans des petits bassins artificiels sans profondeur. Le soleil brûlant atteint leur peau, tout comme le chlore de l’eau qui affecte leurs yeux et leurs poumons (rappelons que c’est de l’eau de mer qui est utilisée dans le cas précis du Marineland d’Antibes, ce qui n’exclut cependant pas les maladies.) L’ennui, la faim, le manque d’espace et d’exercice mènent à une frustration pouvant s’exprimer par des comportements violents que certains parcs tentent de contrôler par l’administration d’antidépresseurs et autres anxiolytiques. L’agressivité de certaines orques, qui ne peuvent supporter la promiscuité des bassins, vire au drame avec des attaques entre congénères, attaques parfois mortelles, comme cela fut le cas aux États-Unis et en Espagne. Il n’est pas non plus rare d’entendre parler de suicides chez les cétacés, certains faisant le choix de cesser de respirer, d’autres se claquant la tête contre les parois de leur bassin (cf. le cas d’Hugo) ou encore se jetant volontairement hors de celui-ci.

Bien que le Marineland d’Antibes garantisse qu’il n’y a jamais eu aucun accident au sein de son parc, des témoignages d’anciens salariés affirment le contraire, et il existe au moins une preuve vidéo d’une attaque d’orque sur un dresseur du Marineland. Il s’agissait de nulle autre que Freya. En 2008, elle entraîne sa dresseuse sous la surface, décidée à la noyer, puis lui saute dessus de tout son poids, cherchant à l’écraser. La dresseuse parvient à s’extirper in extremis du bassin et évite de peu le drame. Sous les applaudissements du public persuadé que cette scène faisait partie du spectacle…

La préservation, le faux argument

L’argument de la préservation des espèces auquel se raccrochent les parcs marins ne tient pas : les orques, tout comme la plupart des animaux marins détenus par ces parcs, ne sont pas des espèces en voie de disparition, et c’est leur milieu naturel qu’il faut avant tout s’atteler à protéger. 42 millions d’euros, c’est le chiffre d’affaires du Marineland d’Antibes en 2013. 30 millions d’euros, c’est le montant investi dans la construction d’un complexe hôtelier flambant neuf permettant de « dormir avec les dauphins » au sein même du parc. Quant à l’argent investi par la « Fondation Marineland », vouée à la préservation des espèces et des océans, la somme annuelle réelle demeure un mystère.

Il faut savoir que le Miami Seaquarium appartient à Parques Reunidos, le groupe espagnol également propriétaire du Marineland d’Antibes ainsi que d’autres parcs marins. A sa tête, le français Yann Caillère, ancien directeur général du groupe hôtelier Accor. Pour lui, l’objectif des parcs marins est clair : cibler les familles et les enfants, leur raconter une histoire, augmenter le chiffre d’affaires, être rentable et « pousser le produit au maximum de son potentiel ». Bref, on ne vous fait pas une leçon de capitalisme amoral par nature.

https://www.youtube.com/watch?v=RpBlx6NgpA4

Après l’indignation, la mobilisation !

Le 12 juillet prochain aura lieu une manifestation d’envergure devant le Marineland d’Antibes, un événement qui compte actuellement plus de 1500 participants inscrits. Organisé par des associations françaises de défense des cétacés, ce rassemblement pacifiste comptera parmi ses invités Ric O’Barry, oscarisé pour son documentaire « The Cove : la baie de la honte » qui dénonce les captures et les massacres de dauphins ayant lieu tous les ans pendant 6 mois à Taiji, au Japon, afin de satisfaire les besoins de l’industrie de la captivité.

Sera également présent un ancien dresseur du Marineland, John Hargrove, ayant aussi travaillé pour les parcs SeaWorld et qui se bat désormais contre ce business. C’est en 2001 que John Hargrove a travaillé au Marineland d’Antibes pour deux saisons, où il fut engagé afin de superviser la nouvelle installation des orques. Il a témoigné dans le documentaire primé « Blackfish », qui avait relancé le débat sur la captivité des cétacés, en dénonçant les pratiques des parcs américains à travers l’histoire de l’orque Tilikum. Ce mâle avait lui aussi été volé à sa famille en Islande lorsqu’il était bébé. Ayant développé de nombreuses névroses dues à l’enfermement, il a tué 3 personnes au cours de sa vie, dont sa dresseuse Dawn Brancheau en 2010. Une seconde manifestation sera également organisée le 15 août. Deux dates choisies afin de cibler les deux week-end touristiques les plus fréquentés du parc.

Dates, heures et lieux des deux manifestations :

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Quel avenir pour les cétacés captifs et les parcs marins ?

Les parcs marins ont beau affirmer que les animaux captifs ne pourraient pas survivre dans la nature, il existe de nombreux projets de réhabilitation des cétacés élaborés par des vrais experts des mammifères marins convaincus du contraire. Plusieurs cas de remise en liberté, aussi bien de dauphins que d’orques, furent un succès. Ce fut le cas de Keiko, l’orque star du film « Sauvez Willy » qui, malgré les difficultés rencontrées lors de sa réhabilitation, une première en son genre, réussit à apprendre, petit à petit, à se passer de sa dépendance aux hommes et vécut 5 ans dans son environnement naturel (6 ans de réhabilitation en mer et 15 mois véritablement libre).

Une orque captive du Miami Seaquarium, en Floride, est actuellement la candidate parfaite pour une remise en liberté. Il s’agit de Lolita, une orque qui avait été volée à sa famille à l’âge de 4 ans dans l’État de Washington, et qui vit depuis 44 ans dans l’un des plus petits bassins au monde. Un sanctuaire marin l’attend dans la baie de Washington, un environnement naturel clos qui permettrait à cette orque de réapprendre la vie sauvage et pourquoi pas un jour de retrouver sa famille, notamment sa mère « Ocean Sun » âgée cette année de 90 ans. Des tests ont été réalisés sur certaines orques captives, dont Lolita, en lui faisant écouter l’enregistrement des vocalises de son groupe. Sa réaction laisse à penser qu’elle reconnait parfaitement les siens, malgré des décennies de séparation.

Quant aux parcs marins, des reconversions économiques viables sont possibles. De nombreuses propositions ont notamment été faites aux États-Unis afin de transformer ces parcs en centres de soins pour animaux blessés, permettant de véritables interactions pédagogiques et une sensibilisation aux problématiques liées à la vie marine.

Retenons également l’exemple du eZoo, un zoo interactif 4D 100% virtuel utilisant les énergies renouvelables, qui permettrait à tous de découvrir les mystères de la mer et de ses habitants sans impacter l’environnement ni exploiter aucun être vivant.

https://www.youtube.com/watch?v=U0DWUReoXp4

Notons pour finir que deux autres parcs retiennent des cétacés captifs en France : le Parc Astérix et Planète Sauvage. Sans compter les delphinariums présents en Outre-mer. Comme le disait si justement le commandant Cousteau :  » Il y a autant de bénéfices pédagogiques à acquérir en étudiant des dauphins en captivité qu’il y en aurait à étudier le genre humain en n’observant que des prisonniers isolés. « 


Sources : leplus.nouvelobs.com / blog-les-dauphins.com2 / one-voice.fr