Il photographie ce village bouddhiste isolé avant qu’il ne disparaisse

Le petit village reculé de Larung Gar, au Tibet, est menacé depuis plusieurs mois de destruction. Afin de documenter la vie de cette commune bouddhiste en prise avec les autorités chinoises, le photographe italien Marco Grassi s’y est rendu en trek, réalisant des clichés que beaucoup d’aventuriers photographes pourraient lui envier. Découverte.

Expédition en terre bouddhiste

Si le village de Larung Gar, dans la région du Sichuan en Chine, est si peu connu, c’est en partie parce que ce bourg historiquement tibétain est resté longtemps hors du circuit touristique mondial. Et pour cause, afin de s’y rendre, le photographe d’origine italienne Marco Grassi a dû effectuer un voyage en bus de plus de 18 heures avant d’arriver sur ce lieu « digne d’un rêve ». De ce périple que peu ont effectué, il ramène un témoignage photographique de la vie dans ce haut-lieu du bouddhisme, majoritairement peuplé de moines et de nonnes.

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Foyer de l’institut bouddhiste de Serthar, le village accueille aujourd’hui encore plusieurs dizaines de milliers de personnes réunies autour de la même religion. Fondé en 1980, l’institut, aussi connu sous le nom de « Larung Gar Buddhist Academy », est la plus grande école bouddhique du monde. Aujourd’hui encore, le lieu est reconnu comme l’un des centres les plus influents concernant l’enseignement du bouddhisme tibétain, et les collines de la préfecture autonome tibétaine de Garzê ont vu fleurir les dortoirs de fortune où sont accueillis les étudiants dans leur apprentissage spirituel (qui prend six à treize années selon les cas). On estime à 10 000 le nombre de personnes habitant les lieux.

Un village menacé de destruction imminente

Qualifié de « campement » par certains, de « bidonville » par d’autres, Larung Gar défie depuis des mois, et même des années, le gouvernement chinois qui voit cette enclave tibétaine et bouddhiste comme un affront dans le contexte géopolitique qui confronte les deux pays. En 2001, les autorités chinoises ordonnaient la destruction de plusieurs milliers d’habitations à Larung Gar, brûlant environ 2 000 maisons, et ordonnant une limitation des résidents à 1 400 âmes.

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Quinze années plus tard, l’offensive continue de la part du gouvernement chinois, qui a repris l’été dernier les démolitions sur le camp. L’objectif chinois est clairement affiché : limiter le nombre d’habitations afin de restreindre au maximum le nombre de résidents en rendant la vie sur le camps impossible. En parallèle de ces destructions sauvages, le gouvernement a réaffirmé sa volonté de réduire de moitié le nombre de nonnes et de moines présents sur le territoire. Pour cela, il semblerait que les autorités chinoises essaient aujourd’hui de soudoyer les religieux en leur proposant des contreparties monétaires en échange de leur départ.

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À ce sujet, le photographe s’est exprimé récemment, s’attristant de la situation de l’enclave bouddhiste : « Ce qui était auparavant la plus grande colonie bouddhiste au monde, et un endroit éloigné de la société moderne où les religieuses et les moines menaient une vie pacifique, est désormais en proie à la démolition par les autorités chinoises. L’accès à Larung Gar a d’abord été bloqué pour les non-résidents chinois et chaque touriste arrêté par les forces militaires et contraint de faire demi-tour. Un ordre de 7 points de démolition a ensuite été donné dans le but de détruire des milliers de demeures monastiques et l’expulsion des moines et des nonnes a été demandée. […]Les maisons que les moines et les religieuses ont édifiées de leurs propres mains seront bientôt emportées, laissant ces personnes sans-abri et sans endroit où aller. Depuis juin 2016, tout a changé à Larung Gar, mais presque personne ne le sait. »

De nombreuses associations de défense du Tibet continuent par ailleurs d’appeler à sauver ce village unique en son genre.

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Sources : Marcograssiphotography.com / Tibet-info.net