Une quantité astronomique de denrées propres à la consommation, mais trop « moche » pour arriver sur nos étales, part à la poubelle chaque jour. Partant du constat de ce gaspillage colossal, la startup française Longonya a entrepris de récupérer des kiwi invendables pour produire un alcool proche du vin blanc. Le résultat est une boisson fruitée légèrement alcoolisée. Retour sur l’idée ingénieuse de deux jeunes entrepreneurs français.

Récupérer des kiwis destinés à être jetés pour en faire une boisson alcoolisée, c’est donc le pari lancé par Marvet et Alexandre, deux jeunes créatifs fraichement diplômés. Leur boisson est issue de la fermentation naturelle des fruits sans ajout d’arômes artificiels et sans colorant. Au final, leur blanc de kiwi naturel est composé de 85 % de jus de kiwi fermenté et de 15 % de raisin pour 8.5° d’alcool. S’ils ne peuvent cependant pas utiliser l’appellation « vin », réservée pour le raisin seul, le résultat est en tout cas proche d’un vin blanc : « C’est un nectar à la robe jaune pâle, au nez exubérant d’agrumes et de fruits exotiques, avec une bouche fraiche et équilibrée, à la finale longue et aromatique » précisent-ils.

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Les origines du projet

Longonya est le fruit de la rencontre entre deux entrepreneurs aux profils complémentaires. Marvet, originaire du Congo, témoigne : « Je suis très sensible à la problématique du gâchis alimentaire, et dans mon pays d’origine, le Congo Brazzaville, c’est un réel fléau. Donc, je me suis dit qu’il fallait trouver quelque chose d’innovant pour recycler les fruits qui sont gaspillés chaque année ». De son coté, Alexande Villard (25 ans), ingénieur en chimie et génie des procédés, confie : « Lors d’un voyage en Australie, j’ai découvert la boisson fermentée à base de mangue. J’ai alors pensé que ça pouvait être une bonne idée pour donner une utilité à des fruits qui pourraient être gâchés. J’en ai parlé à Marvet, et c’est comme ça que Longonya est né ».

Les deux acolytes ont alors passé un accord avec un producteur de kiwis biologiques corse de la ville d’Aléria qui, conquis par le projet, a accepté de fournir vingt-cinq tonnes de fruits normalement destinés à la destruction. Il faut savoir que les normes de calibrage et d’apparence physique le conduisent chaque année à jeter environ 10 % de sa production, les kiwis étant considérés comme « déclassés ». Il suffit de voir à quel point les fruits en magasin ont l’air bien trop parfaits pour comprendre que ce n’est pas nécessairement la norme dans la nature. Un non-sens lorsqu’on voit ce qu’il est possible de faire avec ces fruits, légèrement moins esthétiques que les autres mais bel et bien propres à la consommation. Cela dit, on notera de plus en plus de commerces s’adaptent pour proposer à la vente de ces fruits déclassés, offrant une petite ristourne sur le prix. L’année dernière nous vous présentions d’ailleurs les gueules cassées, un organisme qui œuvre pour faire entrer cette pratique dans les mœurs. On pensera également à Fwee, un autre projet de valorisation de ces fruits invendables en bonbons biologiques.

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Grâce aux 25 tonnes de kiwis récupérées, Longonya a ainsi pu achever une première production 16.000 bouteilles de blanc. En dépit de l’origine biologique des kiwis, la certification biologique n’est pas de la partie cette année parce que cela demandait un investissement trop important. À l’heure où il est urgent de promouvoir une agriculture qui respecte la terre, la démarche pour recevoir les certifications est souvent laborieuse et peut en décourager certains. Quoi qu’il en soit, le pari de Longonya est réussi et leur blanc de Kiwi est d’ores et déjà en vente au prix de 12€40 la bouteille.

Et pour la suite ?

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Suite au succès de leur première production, les deux esprits innovants envisagent de diversifier leur offre. Dans la même optique de revalorisation, ils prévoient de commercialiser sous peu du blanc de mangue. La société espère à terme une production de 50 000 bouteilles pour une distribution mondiale. Marvet explique : « À l’avenir, nous aimerions beaucoup travailler sur des produits tels que le fruit de la passion, la mangue, l’ananas, la cerise, la banane ou encore l’abricot » toujours sauvés de la décharge. Si leur démarche initiale constitue une remarquable performance, pleinement inscrite dans une réflexion écologique, l’importation de fruits d’Afrique serait une autre affaire. La revalorisation pourrait-elle se faire localement ? l’Afrique ayant un réel besoin d’initiatives dans ce genre…


Sources : natura-sciences.com / longonya.com

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