La Belgique n’est pas épargnée par la hausse des inégalités, alerte la mutualité* Solidaris à l’occasion de la publication de son 11e thermomètre. L’organisme craint que le phénomène puisse accélérer le délitement déjà perceptible de la confiance de la population en ses représentants…

En Belgique, les inégalités se creusent. Bien que comparé à ses voisins, le pays est généralement jugé comme un bon élève en la matière, les écarts grandissants entre les ménages les plus démunis et les plus aisés pourraient contribuer à fragiliser la cohésion sociale du pays.

Aujourd’hui, en Belgique, les 20% des ménages les plus riches se partagent 44% du total des revenus. À l’autre extrémité, nous apprend le Household Finance and Consumption Survey (2014), les 20% qui gagnent le moins ne se partagent que 5,4% des revenus, soit 8 fois moins ! Ces inégalités, déjà marquées, se font encore plus ressentir au niveau du patrimoine. Ainsi, d’après la même étude, les 20% les plus riches détiennent 59% du patrimoine net de tous les ménages. De l’autre côté, les 20% les plus pauvres n’en possèdent que 0,20%.

Mais comment ce fossé est-il perçu par la population ? En interrogeant environ 1000 personnes d’un échantillon représentatif, la mutualité Solidaris s’est intéressée à la perception individuelle de ces inégalités. Les témoignages ainsi recueillis témoignent d’une méfiance grandissante au sein de la population et surtout de la peur des années à venir.

Peur grandissante de l’avenir

Ainsi, pour 67% des personnes interrogées, les inégalités sont beaucoup trop importantes. Selon la population, le trio de tête des inégalités les plus graves sont la santé (58%), le logement (52%) et les salaires (50%), c’est-à-dire des éléments qui concernent la vie quotidienne. Pour 63% des personnes interrogées, les inégalités ont augmenté ces 5 dernières années. On notera enfin que 43% des Belges francophones estiment qu’il est impossible de lutter contre les inégalités, qui sont donc considérées comme une fatalité. « La situation se dégrade incontestablement en Belgique », analyse Martin Wauthy, Responsable de l’institut Solidaris, qui évoque un taux d’épargne en baisse et un nombre d’emplois précaires (temps partiel) en pleine progression, en particulier chez les femmes.

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Or, ces chiffres bruts peuvent avoir des répercussions sur l’équilibre social du pays. Comme on l’observe actuellement en France, le sentiment d’injustice et de précarité contribue à alimenter un ressenti vis-à-vis de la politique ; les inégalités participent au délitement des institutions. Le phénomène est d’ailleurs confirmé pour la Belgique, 61% de la population considère que les inégalités socio-économiques mettent en péril le vivre-ensemble, selon l’enquête de Solidaris. « Ce que les gens expriment, c’est qu’ils ne supportent plus ces inégalités au quotidien », commente Martin Wauthy. Rappelons au passage que le compromis social d’après guerre, garantie d’une certain équilibre des forces entre « possédants » et travailleurs, repose sur la garantie d’un partage structurel et équitable des richesses. Sans celui-ci, cet équilibre précaire est rompu.

Perte de confiance dans les politiques

Comme le révèlent les données publiées par Solidaris, le fossé se creuse également entre la population et ses représentants. Alors que 72 % des personnes interrogées estiment que l’une des clés pour résoudre les inégalités est une intervention politique contre les paradis fiscaux, ils ne sont que 25 % à considérer que le gouvernement actuel lutte efficacement contre l’évasion fiscale. Pire, les politiques ne sont pas perçus comme agissant concrètement contre les inégalités, puisque sur cette question, ils ne recueillent qu’une confiance de la part de 11 % des personnes interrogées.

Selon la mutualité belge, ces chiffres sont la manifestation d’un symptôme de « ras-le-bol général » et d’un appel « à changement rapide et concret ». Mais une autre question surgit : le pays pourrait-il connaître un mouvement social d’ampleur, comme en France ces derniers mois ? Il existe des différences structurelles entre les deux pays, rappelle Martin Wauthy, qui pointe la force des corps intermédiaires (syndicats, mutualités) en Belgique et un clivage moins marqué entre les territoires urbains et périurbains. « Mais les symptômes sont les mêmes, la souffrance est la même ». Les chiffres de Solidaris sont-ils des signaux avant-coureurs ?

*En Belgique, les mutualités sont au nombre de cinq. Il s’agit d’organismes assureurs en charge du versement des indemnités maladie-invalidité ainsi que du remboursement des soins médicaux et pharmaceutiques. L’affiliation est obligatoire pour les salariés du secteur privé et les indépendants.


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