Ingénieurs à Paris, ils ont tout plaqué pour devenir paysans dans le Périgord

Crédit image : Un Autre Bonheur

De plus en plus nombreux à quitter la ville pour la campagne, les néo-paysans partagent généralement l’envie de redonner du sens à leur vie tout en revenant à l’essentiel. Ils aspirent également à construire un modèle alimentaire plus responsable, participant à redessiner le paysage agricole contemporain tant décrié. Natacha et Clément, anciens informaticiens récemment convertis, nous racontent leurs premiers pas.

Mr Mondialisation : D’ingénieurs à paysans, pourquoi avez-vous décidé de plaquer une vie offrant une certaine stabilité pour retourner à la terre ?

Natacha et Clément : La stabilité c’est bien, mais c’est ennuyeux ! Plus sérieusement, nous avions besoin de trouver du sens à ce que nous faisions. Nous avions l’impression que notre monde marche sur la tête. Se lever aux aurores, avoir 2 à 3 heures de transports pour travailler toute la journée sur un ordinateur afin de gagner assez d’argent pour payer et acheter des choses qu’on n’a pas le temps de faire justement parce qu’on est au travail… Ça n’a pas de sens !

La naissance de notre première fille nous l’a d’autant plus balancé en pleine figure : on doit travailler pour payer quelqu’un qui garde et éduque notre enfant pendant qu’on est au travail ?! Quand on y réfléchit bien, c’est assez ridicule. Du coup, nous ressentions un vrai malaise.

Alors nous avons quitté notre travail et nous avons parcouru la France « A la recherche d’un Autre Bonheur ». Avec notre camping-car, nous sommes allés à la rencontre de personnes qui avaient choisi des modes de vie différents. Nous avions besoin de ces rencontres pour nous prouver qu’une autre façon de faire était possible. Après quelques mois de voyage et d’interviews (nous avons filmé pour réaliser un documentaire dont quelques courtes vidéos sont en ligne), nous sommes retournés chez nous pour vendre notre maison et nous lancer !

J’étais alors enceinte de notre deuxième fille lorsque nous avons commencé à chercher le lieu idéal. Nous avons cherché près d’un an et après une cinquantaine de visites, nous avons trouvé ce que nous cherchions. Nous avons même réussi à convaincre une banque de nous prêter ce qu’il nous manquait !

« notre société ne pourra pas tirer sur la corde éternellement »

Crédit image : Un Autre Bonheur

Mr Mondialisation : Votre choix est donc motivé par des aspects personnels – une quête de sens – mais également par un engagement pour une autre société ?

Natacha et Clément : Oui, notre société ne pourra pas tirer sur la corde éternellement. Ni la terre, ni les humains ne se satisfont de notre système de fonctionnement « moderne ». Nous croyons qu’il est important de revenir à des savoir-faire anciens tout en alliant les technologies, les découvertes et les connaissances scientifiques d’aujourd’hui pour que notre civilisation soit pérenne et surtout heureuse !

Mr Mondialisation : Quelles sont les valeurs, idéaux et utopies qui vous animent ?

Natacha et Clément : Ça peut sembler assez bateau de dire ça, mais nous nous reconnaissons beaucoup dans les valeurs de la permaculture : prendre soin de la terre, prendre soin des humains et partager équitablement.

Avec nos enfants et notre voyage, nous nous sommes rendu compte que ce dont le monde manquait le plus aujourd’hui, c’était de l’amour ! L’amour de son prochain, l’amour de la nature, l’amour des bonnes choses, l’amour des belles choses. Quand on prend 5 minutes pour apprécier ce qui nous entoure en pleine conscience, on se rend compte de la chance qu’on a de vivre ce que nous vivons. On est reconnaissant du moindre brin d’herbe, de la moindre brise, de la moindre bouchée de pain à notre portée.

Nous avons envie de montrer que cette façon de voir la vie n’est pas réservée à quelques hippies voulant élever des chèvres dans le Larzac (le fameux cliché). C’est un état d’esprit applicable partout et par tous. Et cela peut apporter une certaine sérénité et contribuer à faire changer les choses.

La société actuelle ne nous encourage pas vraiment à cela mais plus à nous renfermer sur nous-même sans pour autant nous connaître, à vouloir des choses futiles qui peuvent nous procurer une succession de courts plaisirs mais pas nécessairement le bonheur.

Nous aimerions que chacun ait la chance de vivre heureux, de manger à sa faim, d’avoir un toit. Avec de l’amour et en sortant du système capitaliste morbide, nous pensons que c’est possible, voire indispensable.

Crédit image : Un Autre Bonheur

Mr Mondialisation : Il y a quelques mois, votre projet a ainsi commencé à se concrétiser… Où en êtes vous ?

Natacha et Clément : Ca y est ! Nous avons commencé à mettre les mains dans la terre et ça fait du bien ! Nous nous installons dans une petite ferme sur 1,5 ha à Vayres dans le Périgord Vert où nous allons créer un éco-lieu d’accueil et de partage autour de la permaculture. Au programme : autonomie énergétique, autosuffisance alimentaire, sobriété, agroécologie, circuits-courts…

Mr Mondialisation :  : Vers quels types de production vous tournez vous et quel modèle économique envisagez-vous ?

Natacha et Clément : Nous commençons dès cette année une activité de maraichage et la création d’une forêt nourricière pour nous nourrir d’abord, nourrir le lieu et ensuite fournir quelques dizaines de foyers aux alentours. Nous avons rencontré un horticulteur qui partait à la retraite et qui nous a cédé deux grandes serres et un peu de matériel pour 3 fois rien. Quand on remet les relations humaines au centre, il arrive des choses formidables !

Nous ferons de la vente à la ferme, des marchés et de la distribution de paniers aux personnes âgées du village. En fonction de notre production, nous aimerions également fournir la cantine de l’école du village et une maison de retraite.

Nous vendrons quelques œufs, nous confectionnerons des confitures, des sirops, des soupes, des baumes, des tisanes, des teintures mères… Et nous avons quelques ruches qui nous fourniront du miel et autres produits des abeilles.

Mais tout cela n’est presque qu’un prétexte car nous souhaitons avant tout créer de l’échange, être des passeurs de savoirs. C’est pourquoi nous organiserons dès cet été nos premiers ateliers que nous animerons ou accueillerons sur des thèmes variés comme le zéro déchet, la reconnaissance des plantes sauvages comestibles, la permaculture, l’éducation bienveillante, l’organisation, la méditation, la cuisine végétale, l’éco-construction, etc.

Nous accueillerons également des conférences, des projections, des concerts, des cours et séances de reiki, de yoga, des chantiers participatifs, des woofers et des séjours à thèmes que nous aimons appeler « colos pour grands ».

Il est important que cela soit accessible à tous. Nous allons donc mettre en place des paniers, des ateliers et des séjours solidaires pour les personnes avec moins de moyens, financés grâce à la générosité des autres participants et/ou grâce aux subventions communales, régionales visant à promouvoir des actions écologiques et pédagogiques.

L’année prochaine nous mettrons en place différents parcours pédagogiques libres dans nos jardins (adultes, enfants et tout petits). Nous accueillerons d’ailleurs des groupes d’enfants avec des ateliers qui leur seront tout particulièrement dédiés.

Nous allons même créer une bibliothèque libre avec les livres dont Clément a hérité de son papa bouquiniste, pour lui rendre hommage.

Ce ne sont pas les idées qui manquent et grâce aux woofers qui viennent partager leurs énergies avec nous et les associations locales, c’est déjà un plaisir de mettre tout ça en place !

Mr Mondialisation : Vous êtes sur le point de conclure une campagne de financement participatif. Pour quoi faire ?

Natacha et Clément : Nous sommes en bordure de forêt préservée de la chasse, idéalement orientée pour nous couper des vents dominants. Mais qui dit forêt, dit cervidés et sangliers. Nous sommes heureux d’être à leurs contacts mais ils peuvent faire des ravages sur les cultures… Nous faisons donc appel à la générosité et la confiance des gens pour nous aider à financer des clôtures pour les protéger.

Les contributions nous permettront aussi de mener à bien chacun des aspects du projet grâce à l’acquisition de grands tipis pour l’accueil, la location de matériel pour accélérer les débuts de l’installation en maraichage, l’accueil de chèvres et de poules de réforme et la plantation d’environ 150 arbres et plantes comestibles pour le forêt-jardin.

Évidemment, les dons peuvent être purement altruistes mais il y a aussi de super contreparties comme des sacs zéro déchet cousus mains, des paniers de produits de la ferme et locaux, des ateliers à la ferme ou des séjours en tipis ! Nous aimons l’idée que, par le biais du financement participatif, le projet appartienne et voit le jour grâce à des personnes qui partagent nos valeurs et nous soutiennent dans la démarche. Nous avons quasiment atteint le premier pallié mais nous avons encore besoin d’aide pour pouvoir créer et offrir ce lieu à ceux qui cherchent à se reconnecter à l’essentiel !

Crédit image : Un Autre Bonheur

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