La cuisine, un vecteur de solidarité avec les personnes réfugiées

En organisant des ateliers de cuisine entre locaux et personnes réfugiées, l’association « Le RECHO » souhaite encourager échanges, rencontres et convivialité entre humains. La nourriture devient un moyen pour mieux comprendre l’autre et source de fraternité à une époque où les conflits, crises économiques et climatiques poussent de plus en plus de personnes sur la route. Prochaine étape pour l’équipe, Arras, dans le nord de la France.

C’est un « Food Truck » pas comme les autres : « Le RECHO » (REfuge, CHaleur, Optimisme), un camion itinérant à visée sociale, parcourt depuis 2016 les routes de France pour organiser des ateliers de cuisine solidaires entre personnes réfugiées et locaux. L’objectif est de développer le « vivre ensemble » grâce au « pouvoir fédérateur » de la cuisine. De quoi créer ce premier contact qui élimine naturellement les barrières et les préjugés.

Crédit image : Claire Payen

La cuisine comme vecteur de vivre-ensemble

À l’origine du projet, Vanessa Krycève, cheffe cuisinière et comédienne, vite rejoint par une de ses amies, Élodie Hué, également cheffe cuisinière, ainsi qu’une dizaine d’autres personnes engagées. Propulsé par une campagne de financement participatif qui rencontre un succès important, le petit groupe achète en juin 2016 un camion dans lequel une cuisine est aménagée. Commence alors un long périple à travers la France et l’Europe pendant lequel la « mixité culturelle » est à l’honneur. Et quoi de mieux que la nourriture pour symboliser cette mixité ? L’association compte désormais 170 bénévoles impliqués et 700 adhérents et peut se vanter d’avoir distribué 17.000 repas.

Au passage du camion, des ateliers éphémères de cuisine sont organisés pour favoriser les rencontres entre locaux et personnes exilées. Pendant ces moments, la barrière des langues est dépassée, permettent de lutter contre les stéréotypes, les préjugés ou encore la peur des étrangers. « Le RECHO naît de ce désir vital de réparer cet accueil défaillant, cette peur croissante de l’Autre, cette méconnaissance et cette déconsidération de l’Homme réfugié, déraciné, exilé qui a fui chez lui la terreur, la misère, la torture et l’horreur et qui arrive sur une terre inconnue, les mains ouvertes, en demandant l’asile », indique le site de l’association. La cuisine permet de « renforcer le lien social et le dialogue inter-culturel », mais c’est aussi un moyen de lutter « contre la précarité et l’exclusion », explique Marie Boucaut, chargée de communication pour l’association.

Désormais, l’association se lance un nouveau défi : celui de créer un restaurant solidaire au cœur de la ville d’Arras du 6 au 14 octobre. En compagnie de grands chefs étoilés, les bénévoles cuisineront chaque jour plusieurs centaines de repas vendus à prix libre au public. Pour réussir ce projet, une campagne de financement participatif est en cours.

Crédit image : Jérémie Croidieu

« Défi » migratoire : une réalité

L’augmentation de l’arrivée de personnes réfugiées est bien évidemment un défi pour l’Europe et un phénomène qui demande de s’adapter. Selon une étude publiée le 19 mars 2018 par la Banque Mondiale, 143 millions de personnes seront poussées à migrer d’ici 2050 en raison du changement climatique. Et la projection est encore relativement optimiste comparée à d’autres scénarios selon lesquels des régions entières seraient rendues invivables d’ici quelques décennies. En effet, selon une étude du MIT (Massachusetts Institute of Technology) publiée le 31 juillet, des vagues de chaleur mortelles en raison de leur intensité et de leur durée pourraient frapper le sud de la Chine (l’un des territoires les plus densément peuplés au monde) d’ici la fin du siècle. Jusqu’à 400 millions de personnes pourraient être contraintes de se déplacer. Même si ces déplacements seront majoritairement locaux, la question reste entière.

Alors que le phénomène d’exode va de toute vraisemblance prendre de l’ampleur dans les prochaines années, se posent donc des questions d’ordre politique : dans quel Monde et dans quelle société souhaitons-nous vivre ? Souhaitons-nous vraiment faire de l’Europe une gigantesque forteresse quitte à provoquer de nouveaux conflits meurtriers à ses frontières ? Alors que l’Union Européenne ferme progressivement ses frontières en renforçant notamment les moyens de Frontex, « Le RECHO » essaye de montrer que d’autres réponses à « la gigantesque crise européenne de l’accueil » que le sacrifice humain sont possibles mais surtout souhaitables.


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