Depuis quelques années, les voitures électriques ne cessent de gagner en popularité dans le monde, tout particulièrement en Europe, tout en restant marginales. Si certains pays s’engagent en faveur du développement durable avec des politiques d’incitation à l’achat de véhicules électriques, une vague d’arguments s’opposant à elles a déferlé dans les médias. À juste titre ?

La Norvège, le Japon et le Royaume-Uni font figure d’exemple en matière d’investissements dans la voiture électrique. Objectif : faire baisser les émissions de gaz à effet de serre et assainir l’air localement. Cependant, son appellation de “voiture écologique” fait polémique depuis sa (re)naissance. En effet, si elle n’émet pas de dioxyde de carbone à la conduite, elle a, comme tout objet, un impact écologique non négligeable avant et après utilisation. Le jeu en vaut-il alors la chandelle ?

Tout d’abord, rappelons que la seule voiture vraiment écologique est celle qui n’existe pas. Il n’y pas à ce jour d’alternative 100% propre, y compris en matière d’hydrogène. Une voiture reste globalement une boite d’acier, de plastique et de ressources polluantes à l’extraction. Ainsi, la question doit être abordée de manière comparative aux systèmes actuels : qu’elle est la solution « la moins grave » ? la technologie a-t-elle été pleinement exploitée ? que peut-on faire évoluer aujourd’hui ? Si l’idéal reste le vélo et les véhicules collectifs, les consommateurs ne sont pas prêt à abandonner leur voiture, ce qui impose de développer une alternative dans ce domaine. Que reproche-t-on alors à cette voiture électrique tant aimée à ses débuts et aujourd’hui tant détestée des plus conservateurs ? Pourquoi un tel acharnement ?

1996-gm-ev1-1-medium-1200x750 La EV1 produite en 1996 par GM (image)

Une presse française unanime

Courant 2013, l’ensemble de la presse française titrait « la voiture électrique n’est pas écologique ». Un consensus médiatique soudain basé notamment sur une étude de l’Ademe qui relativise son côté « vert » avec raison. Tout d’abord, la fabrication de batteries (modèles actuels) nécessite de nombreux produits chimiques, tels que le plomb, le lithium (rare) ou encore le cadmium. Leur recyclage demande également des dépenses énergétiques élevées. Sans surprise, la production, le transport et l’assemblage de ses pièces représenteraient un niveau de pollution à la fabrication semblable à celui d’un véhicule classique. Enfin, on reproche à la voiture de consommer beaucoup d’électricité. Or, si 15 % de l’électricité de la planète provient de centrales nucléaires, qui ne produisent pas directement de CO2, 40 % de celle-ci est toujours produite depuis des centrales à charbon et 20 % par des centrales à gaz, qui sont très polluantes. Les énergies renouvelables restent marginales mais se développent.

En réalité, le débat n’est pas si tranché. Si la plupart des médias ont focalisé leur attention sur le négatif de l’étude, peu ont relevé les côtés positifs qui font du véhicule électrique une alternative bien plus enviable que le modèle pétrolier actuel. Le plus important de ces points, c’est de purifier l’air localement. Et c’est un avantage non négligeable. La pollution de l’air coute 100 milliards à la France chaque année, dévoilait un rapport gouvernemental publié en 2015. L’air vicié des villes, c’est aussi 45 000 décès prématurés chaque année dans l’hexagone. Par ailleurs, l’étude de l’Ademe montre qu’en matière de rejet de CO2, le véhicule électrique l’emporte malgré le coût écologique de sa production. De plus, le moteur électrique a une fiabilité mécanique supérieure du fait même de sa simplicité de fonctionnement. Moins de pannes pour moins de pièces à modifier et une plus grande durabilité (en dehors de la batterie), le véhicule électrique garde une nette longueur d’avance. D’un point de vue humain, les études montrent également qu’une voiture électrique diminue le stress de son conducteur. La conduite est moins agressive et le véhicule moins bruyant. Enfin, le « plein » d’énergie est bien moins couteux (de 30 à 60 fois) qu’un plein d’essence tout en offrant la possibilité à l’utilisateur de produire chez lui sa propre énergie et donc de vivre de manière bien plus autonome.

Pour finir, peut-on vraiment reprocher à la voiture électrique d’utiliser de l’électricité en prenant uniquement la France en référence et non pas les spécificités du monde réel et local ? N’est-ce pas déplacer un problème général (la production d’énergie) pour l’imputer à la voiture elle-même ? Cette critique n’est-elle pas implicitement le souhait de faire perdurer toutes voies de productions à base d’énergies fossiles ? Placez un véhicule électrique dans un pays comme le Costa Rica (en bonne route vers du 100% d’électricité renouvelable) où chez un habitant qui possède une éolienne ou un fournisseur d’énergie durable (ce qu’un militant écologiste fait généralement), son bilan écologique est soudainement beaucoup plus positif. La responsabilité de l’évolution lente du mix énergétique est-elle a imputer au véhicule ou aux décisions politiques ?

gty_elon_musk_jc_140612_16x9_992Elon Musk, co-fondateur et CEO de Tesla Motors / Jerry Lampen/AFP/Getty Images

Le point obscure du stockage de l’énergie

Après avoir décortiqué les faits reprochés à la voiture électrique, on constate qu’il ne reste qu’un élément vraiment à charge contre elle : la batterie, depuis sa production jusqu’à son recyclage. C’est en effet cette simple batterie qui plonge dans le rouge les indicateurs. Alors que les technologies fossiles ont été exploitées sous toutes les coutures, la voiture électrique demeure une île pratiquement vierge à explorer, avec des améliorations attendues en matière de batteries propres. À titre d’exemple, l’entreprise Tesla promet de grandes avancées en matière de stockage d’énergie. Elle offre un recyclage à hauteur de 60% à ce jour et envisage d’atteindre les 90% à terme. La marque annonce pour 2018 des batteries « Ryden Dual Carbon Battery » sans métaux lourds et biodégradables.

En 2015, l’université de Stanford annonçait à son tour la mise au point d’une batterie écologique et durable sans lithium. Enfin, l’avenir semble être aux nanotubes de carbone et aux supercondensateurs, si on en croit les scientifiques de l’université Rice et l’université de technologie du Queensland. En Espagne, la société Graphenano a débuté la production de super-batteries au graphène, adaptées aux véhicules électriques, et jusqu’à quatre fois plus efficaces. Janvier 2016, c’est le CNRS et le CEA français qui annonçaient le lancement d’une batterie révolutionnaire au sodium-ion. Des technologies nouvelles et pleines de promesses mais qui risquent rapidement de faire de l’ombre aux mastodontes des énergies fossiles qui, eux, ont déjà joué toutes leurs cartes technologiques.

Même si certains aspects cités précédemment ont tendance à ternir l’image idéalisée de la voiture électrique, l’espoir d’une amélioration de la technologie en fait une alternative intéressante d’un point de vue écologique, sans être l’unique solution à la mobilité. Certes, la qualifier de véhicule écologique à part entière serait erroné à ce jour, mais elle dispose d’un moteur plus propre dont l’impact local sur l’air et la santé est indéniable. Elle est capable d’effectuer des performances satisfaisantes sans produire de pollution locale et son utilisation est gage d’un grand pas dans la lutte contre la dégradation de l’environnement. Les pays scandinaves osent d’ailleurs le pari de la transition où le véhicule électrique semble jouer un rôle important. La Suède vise, par exemple, à se débarrasser à 100% des énergies fossiles dans un futur proche. Dans cette optique, le passage des vieux véhicules polluants vers l’électrique, si possible avec des batteries de dernière génération, jouera un rôle déterminant.

L’Oeuf électrique français

Si vous êtes de ceux qui hésitent encore à passer à l’électrique, il existe des portails qui éclaircissent la situation. Pour obtenir de plus amples informations sur le marché actuel des voitures électriques en Europe, ainsi que les aides à obtenir, nous vous invitons à consulter cette infographie très complète : Les voitures électriques en Europe, 7 infos à retenir en 2015. Elle présente, entre autres, les principales aides fiscales européennes pour l’achat d’un véhicule électrique, les chiffres-clés à connaître et les modèles les plus populaires. Une base pertinente pour ceux qui envisagent de vendre leur voiture d’occasion afin de faire l’acquisition d’un modèle électrique ou hybride. Mais si la voiture électrique s’avère en définitive une fausse alternative, peut-être emportera-t-elle dans sa tombe le mythe de l’automobile individuelle.


Sources : consoglobe.com / automobile-propre.com / presse.ademe.fr / infohightech.com