Le Corail : ce témoin oublié d’une harmonie entre l’Humain et la Nature

    Les récifs coralliens constituent un refuge, un foyer et une source alimentaire pour 25% de la biodiversité marine dans le monde, en plus d’une ressource importante pour 275 millions de personnes. Mais ces bassins de biodiversité exceptionnels sont grandement en danger. L’harmonie passée a été brisée par une activité humaine déséquilibrée. En cause, les diverses activités humaines (surpêche, artificialisation des côtes, tourisme de masse) qui dégradent les habitats marins. En Indonésie, les pêcheurs traditionnels agissent chaque jour pour protéger et restaurer cet écosystème dont ils dépendent directement pour vivre. L’exposition photographique Corail, qui se tient au musée océanographique de Monaco, met en lumière cette histoire remarquable d’harmonie entre l’humain et la nature.

    Photo de couverture : © Martin Colognoli – Coral Guardian

    L’un des écosystèmes les plus riches de la planète, c’est ainsi que sont souvent définis les récifs coralliens. Et pour cause, si leur surface totale ne représente que 0,25% de l’ensemble de l’environnement marin, ce ne sont pas moins de deux millions d’espèces différents qui vivent sur, dans et autour des récifs du monde. Les scientifiques estiment qu’un quart des poissons des océans y grandissent.

    Un écosystème en danger

    L’équilibre de ce milieu exceptionnel est fondamental, pour les nombreux services écosystémiques qu’il rend à la biodiversité, mais aussi à l’humanité. Il s’agit en effet d’une source de revenus et de nourriture considérable. Les récifs coralliens agissent également comme un rempart bienvenu contre certains phénomènes naturels violents qui s’abattent sur de nombreuses zones côtières, tels que les cyclones, les typhons ou les ouragans. Cet écosystème unique est pourtant en danger. D’après les chiffres du WWF, un quart des récifs coralliens mondiaux a déjà subi des dégâts irréversibles, et deux tiers d’entre eux sont aujourd’hui gravement menacés.

    Cette zone a été détruite par la pêche à la dynamite il y a plus de 30 ans. Elle n’est aujourd’hui qu’un désert composé de débris de squelettes de coraux. © Martin Colognoli – Coral Guardian

    Parmi les pressions qui pèsent sur les récifs, les pratiques de pêche destructrices tiennent la première place. Au cyanure, à la dynamite ou à l’explosif, elles contribuent à la dégradation des coraux. Le chalutage en eau profonde et la surpêche perturbent également considérablement l’équilibre écologique des récifs coralliens. Une autre menace importante pour ces écosystèmes s’incarne dans le tourisme de masse. Les infrastructures touristiques sont parfois construites à même le récif dans lequel elles déversent leurs déchets, tandis que les visiteurs qui s’enchaînent perturbent la vie marine. Enfin, l’agriculture industrielle et l’exploitation minière s’ajoutent à ces nombreux dangers, en rejetant divers sédiments dans les cours d’eau qui terminent dans l’océan où ils asphyxient les coraux.

    La restauration participative des récifs

    Différentes associations se mobilisent pour lutter contre la dégradation des récifs coralliens dans le monde. C’est le cas de Coral Guardian, une ONG française de solidarité internationale fondée en 2012, qui répond à cette problématique via des programmes participatifs de conservation marine et de sensibilisation. « L’idée principale était de protéger les écosystèmes coralliens à travers l’implication des personnes qui en dépendent, en l’occurrence les populations de pêcheurs traditionnels luttant pour leur souveraineté alimentaire », indique Martin Colognoli, co-fondateur de l’ONG.

    L’évolution d’une zone restaurée en l’espace de 3 ans. © Martin Colognoli – Coral Guardian

    Surtout active en Indonésie, l’association s’est donnée pour mission d’impliquer les communautés locales, qui dépendent de l’écosystème corallien, à sa restauration et sa protection. La valorisation du récif peut en outre permettre la création de sources de revenus alternatives, complémentaires et durables pour ces communautés. S’appuyant sur un suivi scientifique régulier, la réhabilitation du récif se fait suivant diverses techniques menées par les équipes de Coral Guardian, en étroite collaboration avec les pêcheurs indonésiens.

    Un mouvement d’acteurs engagés pour la protection des récifs

    Cette restauration est aussi un outil de sensibilisation et de promotion de l’utilisation de méthodes de pêche durables. Pour associer problématique environnementale et sociale, une formation a également vu le jour via le Blue Center, qui renforce cette démarche participative. Les communautés locales formées à la coralliculture deviennent en effet, à leur tour, formateurs. Leur expérience est valorisée et bénéficie aux populations en quête de moyens d’action. Le Blue Center a ainsi pour vocation de développer un mouvement d’acteurs engagés pour la protection des récifs coralliens.

    A côté de ces actions de terrain, Coral Guardian est aussi active à l’international. L’association s’attache à rendre les sciences marines plus accessibles, à travers la vulgarisation d’articles scientifiques, la participation aux recherches et le partage de ses données biologiques et sociales. Elle organise aussi divers événements de sensibilisation, comme cette exposition photographique qui se tient depuis le 19 juin dernier jusqu’au 6 janvier 2021 au musée océanographique de Monaco.

    Le poisson est la source principale de protéines de ce village insulaire. Les espèces de poissons consommées sont majoritairement dépendantes du récif corallien. © Martin Colognoli – Coral Guardian

    Une expo qui raconte le quotidien d’un village de pêcheurs

    Le photographe à l’origine des images exposées n’est autre que l’un des fondateurs de l’association, Martin Colognoli. Après avoir étudié la biologie marine et s’être spécialisé dans l’étude des récifs coralliens, il débute sa carrière dans une structure d’exportation de coraux et autres animaux marins destinés aux aquariums. Mais il réalise rapidement qu’il participe ainsi à un pillage et braconnage légal de la vie marine. C’est après cette expérience qu’il fonde Coral Guardian. Il présente aujourd’hui un reportage photo, fruit de son expérience de terrain et de ses diverses rencontres.

    L’exposition raconte le quotidien d’un village de pêcheurs, celui de Seraya Besar, une petite île reculée au large de la côte ouest de Flores, proche du parc national de Komodo en Indonésie. Située au centre du triangle de corail, épicentre de la biodiversité marine, cette région abrite 76 % des espèces de coraux et 2 228 espèces de poissons de récifs de la planète. Martin Colognoli se rend chaque année plusieurs mois dans ce village de 750 habitants, qui dépend uniquement de la pêche. Il en est donc venu à partager leur quotidien. « A travers des scènes prises sur le vif, ce reportage photo raconte d’abord une aventure humaine avec des personnes que j’admire et pour qui j’ai le plus grand respect », explique-t-il.

    Les diverses menaces qui pèsent sur les récifs coralliens et l’importance de cet écosystème méritent toute notre attention. Cette cause peut pourtant sembler très éloignée de notre quotidien. Cette exposition tente donc de sensibiliser à cette réalité éloignée et si proche à la fois. Les images montrent ainsi au spectateur la beauté stupéfiante des récifs coralliens préservés, les dégâts qu’ils ont subis, mais aussi les activités quotidiennes d’une communauté qui vit en harmonie avec cet écosystème exceptionnel.

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