Alors que les grands pollueurs se chamaillaient à la COP21 pour finalement se mettre d’accord sur des objectifs de très long terme, les effets du réchauffement climatique se font ressentir maintenant à l’autre bout du monde. Inexorablement, les océans se réchauffent, gagnent du volume, entrainant une montée des eaux qui touche certains lieux plus que d’autres. Linber Anej, un habitant des îles Marshall en plein cœur de l’océan pacifique, voit son atoll disparaitre. Il témoigne.

Linber Anej, autochtone des îles Marshall, témoigne de son impuissance face à la montée des eaux dans un récent article du New York Times. De plus en plus régulièrement, cet homme d’une trentaine d’années se voit contraint, à l’aide d’autres riverains, de reconstruire un barrage de fortune qu’il a mis en place au pied de sa maison pour se protéger de l’océan. Celui-ci grignote inexorablement le rivage. Le combat est perdu d’avance. « C’est complètement fou, je sais », témoigne M. Anej qui vit ici avec sa famille de 13 personnes. « Mais c’est la seule option qui s’offre à nous ». Au même moment, sur une île voisine, une agricultrice voit ses arbres dépérir, victimes de l’eau salée qui infiltre désormais les sols.

Les îles Marshall, regroupement d’une trentaine d’atolls du sud de l’océan Pacifique, sont situées à moins de deux mètres au-dessus du niveau de la mer, ce qui place ce lieu à haut risque face aux conséquences du changement climatique. Pour les locaux, l’inéluctable montée des eaux est une condamnation à disparaitre. La modification des alizés, vents réguliers des régions intertropicales, a précipité cette montée des eaux du Pacifique Sud d’une trentaine de centimètres sur les 30 dernières années. Outre la modification des vents, la montée des eaux à l’échelle du globe est causée par deux phénomènes distincts. Le réchauffement climatique amène les glaces situées des différents pôles à se réchauffer et fondre. Par ailleurs, la disparition des glaciers continentaux contribue à augmenter la quantité d’eau en circulation sur terre. Un deuxième phénomène moins évident entraine cette montée des eaux : le réchauffement des océans. Lorsqu’un composé quelconque se réchauffe, il se dilate, tel le liquide d’un thermomètre. À l’échelle globale, dans une moindre mesure, c’est le même phénomène qui s’observe. Quelques micro-degrés suffisent cependant à augmenter le volume des océans de manière visible.

Le ministre des affaires étrangères de la république des îles Marshall, Tony A. de Brum a fait son maximum lors de la COP21 pour convaincre les décisionnaires des pays occidentaux de la gravité de leur situation. Même si son combat n’empêchera vraisemblablement pas ces îles de disparaître un jour tant la montée des eaux semble inévitable, il se bat pour fixer des accords légaux et financiers. Remplacer l’habitat historique d’un peuple avec de l’argent ne fera pas son bonheur mais c’est un moindre mal. Une prise en charge des populations concernées risque de s’avérer également nécessaire. D’autres nations sont menacées. Au Bangladesh par exemple, la montée des eaux menacerait jusqu’à 17 % du territoire d’ici 2050, nécessitant le déplacement de 18 millions de personnes. Un tel exode climatique entrainerait des conséquences sociales et politiques inconcevables à ce stade, impactant le monde dans son ensemble.

ile_marshall_eauPhotographie : Diane McFadzien

Pendant ce temps, de l’autre côté de la planète, les représentants des nations négociaient les modalités d’un accord climatique. Un document qui n’abordera finalement pas noir sur blanc les spécificités pratiques des régions les plus touchées ou la question des océans. À ce sujet, Paul Watson, le président de l’ONG Sea Shepherd, a exprimé son indignation : « L’accord de la COP21 ne va rien résoudre, ce ne sont que des mots sur le papier. Ils se mettent toujours d’accord, mais il n’y a pas d’action concrète. Le plus décevant, c’est que les océans ne sont même pas cités, ni les dommages de l’agro-industrie, et ne parlons pas des transports. Cet accord est juste un conte de fées. » Cependant, sans préciser des plans d’action concrets ni aucune forme de sanction en cas d’échec, chacun s’est engagé à agir pour limiter le réchauffement à 2 degrés d’ici la fin du siècle. Un engagement historique au regard de certains observateurs, mais tristement insuffisant pour entamer une transition forte et immédiate. D’ici là, le développement tel que nous le connaissons risque encore de sacrifier bien des peuples…

ile_marshall_eau2Photographie : Josh Haner (NYTIMES)


Source : nytimes.com / cnrs.fr / Photographie à la une Jake Marote

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