Décroissance et jeux-vidéo : il est temps de regarder la réalité en face

Alors que les crises se multiplient partout dans le monde, les propos des défenseurs de la « décroissance » (ou objection de croissance) raisonnent plus que jamais avec une actualité qui donne raison aux prévisions scientifiques les plus sombres quant à l’avenir de l’humanité. Mais alors qu’il y a encore quelques années, reformuler les valeurs de la société autour de la simplicité plutôt que le consumérisme ou encore le partage au lieu du travail, semblait encore possible, nous nous dirigeons désormais tout droit vers un effondrement généralisé de la société telle que nous la connaissons aujourd’hui. Mr Mondialisation rebondit sur la dernière et remarquable vidéo de Game Spectrum pour rappeler l’urgence sociale et écologique dans laquelle nous nous trouvons. (Archive février 2018)

Dans l’actualité la plus récente, de nombreux éléments montrent à quel point nos sociétés font désormais face à des risques systémiques. Ainsi, nous apprenions il y a quelques jours que Le Cap en Afrique du Sud, serait très probablement la première grande ville au monde (plus de 400.000 habitants) à se retrouver face à des réserves d’eau épuisées suite à une sécheresse persistante depuis plusieurs années. Ailleurs, le changement climatique a participé à accroître les tensions géopolitiques dans des régions entières et de nombreux experts s’accordent désormais pour dire que les difficultés croissantes pour accéder aux ressources favorise l’émergence de conflits armés. En Occident, nous pouvons développer le sentiment d’être protégés, notamment grâces aux technologies dont nous disposons. Et pourtant…

Zapoljarnyj / Заполярный (Russia) - Valley and townLe monde s’essouffle, mais tant que la bourse reste optimiste…

L’environnement dans lequel nous vivons se transforme de manière si rapide et radicale qu’il laisse peu de chance à de quelconques « adaptations » de dernière minute. Celui-ci devient peu à peu hostile aux modes de vies humains qui s’étaient développés jusqu’à présent. Quand bien même cela est difficile à imaginer et que la perspective peut paraître incertaine à de nombreux égards (cela ne justifie pourtant pas de fermer les yeux et devrait encourager à un surcroît de « lucidité »), les années à venir seront marquées par une multiplication des crises qui toucheront tôt ou tard l’occident : écologiques, économiques et, par conséquent, sociales. C’est du moins ce que promet le rapport Meadows du MIT depuis les années 70, dont les projections rationalistes (et non pas catastrophistes) ne cessent d’être confirmées par d’autres études plus récentes.

Les mouvements de la décroissance et de la transition ont essayé d’alerter et de sensibiliser depuis de nombreuses années à propos de la nécessité de réorganiser la société autour d’un modèle plus solidaire, local et moins énergivore. Le projet se fondait sur des réalités scientifiques observables et difficilement contestables : une anticipation de la situation future n’était pas seulement possible, elle est un devoir de civilisation. En dépit d’un mouvement global gagnant toujours plus de terrain, les arguments de ses principaux défenseurs ont été allégrement balayés de la main, pour des raisons de pragmatisme économique, mais également parce que les institutions dominantes et les personnes qui les composent n’ont que peu d’intérêt à voir changer les choses. Ainsi, dans les médias télévisés par exemple, vous ne verrez pratiquement jamais d’intellectuel mettre sur la table la question des limites à la croissance. Chez les grands partis politiques, sauf rares exceptions, la croissance économique reste unanimement le but sacré à atteindre pour résorber la dette et améliorer le monde. La fracture entre l’idéal et la réalité est manifeste. Au niveau individuel, difficile également de remettre en cause son mode de vie quand toute la société nous incite à consommer toujours plus. Enfin, à force de lobbying acharné, les plus grandes entreprises du monde aiment à brouiller le débat politique afin de défendre des intérêts économiques de court terme. Bref, le serpent se mord la queue et, en matière de survie, nous n’avons pas de bouton « reset » pour rejouer la partie…

Là-haut...De la décroissance « heureuse » à la collapsologie

Dans les discussions les plus récentes, Pablo Servigne et Raphaël Stevens, auteurs de Comment tout peut s’effondrer, ont cependant grandement contribué à légitimer la prise au sérieux de ces sujets. En dissociant les aspects scientifiques des aspects émotionnels pour mieux les articuler entre eux autour de la notion de Collapsologie, les deux auteurs ont réussi à vulgariser une pensée systémique de l’effondrement. Là où le dogme du progrès fait de « l’innovation sociale et technologique » à la fois un moyen et une fin, occultant complètement les conséquences matérielles et physiques du développement des sociétés (selon cette pensée, le progrès est une solution à tout problème par définition), ils démontrent, des centaines de travaux scientifiques issus d’instances diverses à l’appui, que dans une société aussi complexe et interconnectée que la nôtre, les pressions sur les différents systèmes desquels nous dépendons (système financier, système énergétique, systèmes naturels…), placent l’humanité face à un effondrement généralisé, quasi inéluctable. Pour le meilleur ?

Dans ce contexte, c’est bien un recul important du confort matériel et de la disponibilité des matières premières qui risquent d’être le nouveau quotidien des futures générations et le fil conducteur du bouleversement radical de la société. Demain, les technologies énergivores desquelles nous dépendons pourraient bien être notre plus grand ennemi, notre principale faiblesse. C’est à ce titre, pour attirer l’attention, que Game Spectrum se demande si les jeux vidéo vont disparaître. Et la réponse, non binaire, va bien au delà du simple jeu, mais touche à la dynamique culturelle et économique qui se cache derrière nos technologies gourmandes en énergie et en ressources.

En dépit de la difficulté de savoir à quoi ressembleront exactement les années à venir, peu de doute que les communautés locales autonomes seront les mieux préparées, là où les citoyens s’organisent aujourd’hui de manière collective pour vivre autrement, ensemble. Il n’y a donc plus de temps à perdre pour, a minima, organiser collectivement une certaine forme de décroissance locale et surtout heureuse, développer les circuits-courts, penser une économie circulaire vraiment effective, cesser de soutenir les activités les plus polluantes, réapprendre à vivre décemment en toute simplicité et tant d’autres choses qui ne feront malheureusement jamais l’objet d’une page publicitaire.


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