Les grands projets pétroliers suscitent plus que jamais le ras-le-bol des populations locales qui doivent subir la détérioration de leur environnement direct, ainsi que les dérèglements climatiques, impacts indirects de ces activités. Les Mohawk, l’une des six grandes nations iroquoises, menacent d’intervenir pour bloquer la construction d’un pipeline, comme ce fut déjà le cas par le passé.

La construction de l’oléoduc de TransCanada pose problème depuis les débuts du projet. Des manifestations sous l’égide de groupes écologistes ont déjà permis, après des mois de lutte, de modifier le trajet et de supprimer certains terminaux pétroliers. Mais le passage du pipeline sur le territoire Mohawk reste maintenu et le grand chef de Kanesatake, Serge Simon, explique que la possibilité d’ériger des barricades n’est pas à négliger.

TransCanada avait récemment annoncé l’élaboration d’un nouveau projet d’oléoduc. Cet oléoduc « monstre » d’une longueur de 4600 kilomètres devait transporter environ un million de barils de pétrole par jour, des provinces d’Alberta et de Saskatchewan (ouest canadien) vers des raffineries de l’Est du pays pour transformation. Alors que le monde cherche en toute hâte, crise écologique oblige, comment faire émerger une ère post-carbone, les industriels du pétrole investissent plus que jamais dans de grands projets transnationaux.

624648-centaine-mohawks-kahnawake-marche-jeudiPHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE

Selon le tracé prévu, l’oléoduc devrait passer au nord du territoire Mohawk, au Québec, afin de relier l’actuel pipeline converti. Seulement, le chef Mohawk, Serge Simon, s’oppose catégoriquement au passage du pipeline de TransCanada sur son territoire et n’exclut pas la possibilité d’ériger des barricades, comme ce fut le cas 25 ans plus tôt lors de la crise d’Oka, pour empêcher la construction d’un terrain de golf et d’un projet immobilier. L’armée canadienne était intervenue pour contrer la désobéissance civile. Des conflits qui vont renforcer les tensions identitaires et les rancœurs entre les cultures jusqu’à nos jours.

Si aujourd’hui les Mohawk arrivent à se mettre d’accord avec certains québécois et canadiens, c’est bien concernant le sujet de l’écologie. La région du nord de l’Alberta est déjà polluée et de forts taux de mercure et d’arsenic (métaux lourds et dangereux pour la santé) ont été détectés dans la chair des animaux sauvages. La pollution de l’air est, elle aussi, une triste réalité dans cette région, au point de poser un risque de cancer plus élevé d’après un rapport de l’université de Toronto.

Les Mohawk rejoignent ainsi l’opposition à ce projet de 12 milliards de dollars, qui a pour but de favoriser le développement et le transport du pétrole le plus polluant qui soit, celui des sables bitumineux. De nombreuses manifestations et expositions ont eu lieu depuis l’annonce de l’édification du pipeline, soutenues par de grandes associations écologistes comme la Maison du développement durable, Equiterre, Greenpeace, Environmental Defence, ainsi que le Conseil des Canadiens.

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Ces revendications forcées on fait plier TransCanada qui a abandonné son projet de terminal maritime de Cacouna. Si les habitants de Cacouna ont pu être épargnés (autant que les bélugas), cela n’est pas le cas des Mohawks de Kanesatake. Le passage de l’oléoduc est toujours maintenu au nord du territoire Mohawk, près de Mirabel, après avoir traversé la rivière des Outaouais et le lac des Deux Montagnes. Serge Simon, le chef de Kanesatake, s’inquiète surtout des conséquences d’un éventuel désastre si le pipeline venait à fuir ou à avoir un quelconque problème.

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De son côté TransCanada affirme que la région « représente une occasion pour toutes les collectivités situées le long du tracé » et souhaite trouver un compromis financier avec les Mohawks. Mais Serge Simon réplique qu’il ne veut pas prendre l’argent de TransCanada, car cela reviendrait à fermer les yeux et à exploiter à leur tour le pétrole des sables bitumineux qui représente un risque pour la santé des habitants du nord de l’Alberta.

Une bonne nouvelle est malgré tout arrivée le vendredi 10 avril, pour la planète, pour l’environnement et particulièrement pour les bélugas ( baleine blanche de l’arctique) : il n’y aura pas de terminal pétrolier de TransCanada dans le fleuve Saint Laurent. Mais Greenpeace est d’ores et déjà à l’affut pour continuer à s’opposer à la construction d’un autre terminal en d’autres régions.

Pour l’instant, aucune décision n’a été prise concernant le passage du pipeline sur le territoire Mohawk, ce qui est sûr, c’est que les habitants de Kanesatake n’hésiteront pas à empêcher le passage de l’oléoduc, même si pour le moment, cela ne constitue pas leur stratégie première.


Sources : minutebuzz.com / equiterre.org / radio-canada.ca / journaldemontreal.com

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