Destination prisée par les touristes français et étrangers, le Mont-Saint-Michel souffre aujourd’hui de sa popularité. En haute saison, l’afflux record de touristes défigure les lieux qui perdent de leur attrait. Le phénomène, photographié par Martin Bertrand, interroge l’avenir du tourisme de masse en France.


2,5 millions de visiteurs par an, jusqu’à 15.000 par jour pendant la période estivale, le Mont-Saint-Michel (Normandie) est l’un des premiers sites touristiques de France et l’un des seuls à être rentable d’un point de vue strictement financier. Depuis 1979, la commune qui se distingue grâce à sa situation exceptionnelle ainsi que son architecture médiévale est inscrite au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. L’abbaye qui surplombe l’îlot est le second monument national le plus visité en France, après Notre-Dame de-Paris.

On ne peut le nier : le cadre est idyllique. Construit sur un îlot au milieu d’une baie qui porte désormais le même nom que l’édifice, le Mont-Saint-Michel offre une vue imprenable et le spectacle d’une marée d’envergure et particulièrement rapide. Mais l’architecture et le décor ne sont pas le seul argument : les spécialités culinaires de la région participent également à l’attrait des lieux. « Le Mont-Saint Michel, c’est un lieu magnifique, mais aujourd’hui, il a perdu toute sa signification », regrette Martin Bertrand, qui s’est rendu sur place à plusieurs reprises l’été dernier. Il questionne, dans ce reportage photographique présenté ici, les aspects les moins reluisants du tourisme de masse.

Crédit image : Martin Bertrand
Crédit image : Martin Bertrand
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Crédit image : Martin Bertrand

Des allées bondées

En effet, le succès n’est pas sans poser des problèmes. En pleine saison, les allées de la commune qui ne compte désormais plus que 30 habitants sont régulièrement noyées sous le flot des touristes et des bâtons à selfies. Les jours de grande affluence, on peine même à avancer. La montée vers l’abbaye peut alors se transformer en un long parcours du combattant. « Aux heures de pointe, il arrive qu’il soit difficile de se mouvoir », confirme Martin Bertrand. Il y aurait presque un petit coté « industriel » à ces marées humaines qui agissent de manière identique.

Les commerçants eux, peuvent avoir le sourire : dans les étroites ruelles, se succèdent les magasins de souvenirs, les restaurants, snacks et hôtels, tant de lieux où les touristes sont invités à s’attarder. Pourtant, « les services proposés sont de moins en moins bons et de plus en plus chers« , estime le photographe. L’analyse est partagée « officiellement » par le Conseil Économique Social et Environnemental Régional (CESER) qui, dans un rapport publié en décembre 2017, épingle les conditions d’accueil au Mont-Saint-Michel : le conseil déplore notamment que la « qualité des prestations offertes par les commerçants du mont (restaurants, hébergements, boutiques de souvenirs, musées privés) [est] fréquemment décriée ». Dramatique sachant que des millions d’étrangers visitent les lieux, et se forgent par les prestations offertes une certaine image de la France.

On ne peut le nier, le tourisme est entré dans le monde de la consommation de masse. Et le Mont-Saint-Michel n’est qu’un triste symbole de ce changement rapide dont on ne connaît pas encore l’issue. Les agences rivalisent d’ingéniosité pour proposer des voyages « low-cost » et éclairs où les curieux peuvent maximiser leurs « visites » en un minimum de temps. Par ailleurs, la mondialisation s’insinue discrètement au cœur des villes touristiques avec des services de plus en plus lissés, identiques d’un pays à l’autre. Mais les marchands ont rapidement compris que le prix avait plus d’importance que l’authenticité pour la plupart des touristes-consommateurs.

Pour Martin Bertrand, à mesure que le phénomène prend de l’ampleur, « les comportements absurdes se multiplient ». La généralisation des réseaux sociaux comme forme de communication participe au mouvement« les gens consomment ces lieux, notamment en ayant en tête de faire des photos afin d’alimenter les réseaux sociaux photos pour témoigner des endroits où ils ont été », observe Martin Bertrand, qui n’en conserve pas moins son humour : « au moins, il est facile de photographier, personne ne se pose de questions quand j’arrive avec ma caméra ». Reste que pour que le lieu reste vivable, des mesures s’imposeront peut être à l’avenir afin de maîtriser le flot des visiteurs comme la récemment décidé la ville de Venise. 

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Crédit image : Martin Bertrand
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