Versé à tous les citoyens de façon inconditionnelle et individuelle, le revenu de base se veut être un nouveau droit humain conforme à la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Distribué de la naissance à la mort, sans contrôle des ressources ni exigence de contreparties, il serait cumulable avec tout autre revenu. Retour sur cette idée novatrice expérimentée un peu partout dans le monde et qui fait, en France, l’objet d’un mouvement citoyen actif.

L’idée n’est pas nouvelle. On l’attribue généralement à Thomas Paine qui, dès 1795 dans son livre La Justice Agraire, proposait de taxer la rente des propriétaires fonciers pour en redistribuer le produit à tous les citoyens sous la forme d’une dotation universelle. « Sans revenu, pas de citoyen », écrivait ce révolutionnaire franco-américain pour qui la terre était un bien commun dont une part des fruits devrait revenir à tous. Depuis, la productivité par tête a augmenté de manière inimaginée. Un peu plus de deux siècles plus tard, l’idée d’un partage élémentaire des richesses a fait son chemin et pourrait constituer un des piliers d’une société plus égalitaire où chacun pourrait choisir librement son travail, où la grande pauvreté serait abolie. C’est du moins ce à quoi aspirent les défenseurs de cette idée muée en mouvement en France : le Mouvement Français pour un Revenu de Base (MFRB)

Des expérimentations partout dans le monde

Si l’idée était un véritable OVNI à la fin du siècle dernier, les témoignages de l’intérêt du revenu de base se multiplient dans le monde. En Inde, plusieurs expérimentations menées notamment dans le Gujarat et le Madhya Pradesh ont permis à plus d’un million de personnes de sortir de la grande pauvreté. Loin d’être une incitation à la paresse, le revenu de base a permis à de nombreux paysans de travailler à leur propre compte en créant de activités locales et indépendantes. Le rapport poids/âge chez les enfants, principalement chez les jeunes filles, s’est notamment amélioré, de même que la fréquentation et les résultats scolaires des enfants. Les dépenses médicales des ménages ont également augmenté de 50%. En Namibie, après une première expérience réussie limitée à quelques villages en 2008, le gouvernement prépare une extension à l’ensemble du pays en direction des populations les plus pauvres, notamment celles qui n’ont pas accès à une retraite, qui sont en situation d’invalidité, ainsi que les enfants orphelins ou particulièrement vulnérables. En Alaska depuis 1976, l’ensemble des familles touchent chaque année un dividende citoyen, financé par la rente pétrolière, qui a atteint 2 072 dollars l’an passé.

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Si d’autres expérimentations sont également en cours au Canada, au Brésil ou encore en Corée du Sud, l’Europe n’est pas en reste. En Finlande, plusieurs expérimentations devraient être menées à partir de 2017, à l’issue d’une étude lancée en novembre dernier par le nouveau gouvernement élu au printemps dernier. Aux Pays-Bas, trente municipalités, dont Utrecht, envisagent d’expérimenter le revenu de base. En Suisse, une votation aura lieu le 5 juin prochain sur l’instauration du revenu de base dans l’ensemble du pays. Nombre de gouvernements envisagent donc cette solution alternative en guise de sortie de crise, en opposition aux logiques d’austérité qui ne portent pas leurs fruits.

L’Inconditionnel, journal sur le revenu de base

En France, le monde politique commence à se saisir de l’idée. En juillet dernier, le Conseil Régional d’Aquitaine a voté une étude pour préparer l’expérimentation d’un RSA versé automatiquement aux ayants droits. Une première étape vers un revenu de base dont le principe a été repris par les élus de la nouvelle région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charente. La semaine dernière, le Conseil National du Numérique présentait à Myriam El Khomri, ministre du travail, un rapport préconisant une étude approfondie pour permettre la mise en place d’un revenu de base étapes par étapes en France. Le CNNum affirme la nécessité de repenser le travail et la protection sociale dans un contexte où, « dans l’hypothèse d’un remplacement du travail humain par des machines, la valeur créée […] ne serait plus répartie que dans quelques mains, accroissant de fait les inégalités et la paupérisation d’une grande partie de la population ».

Une proposition qui fait écho à la volonté du Premier Ministre, Manuel Valls, de réformer le RSA socle et qui vient d’être complétée par une proposition d’amendement à la loi sur le numérique, présentée par Delphine Batho, ancienne ministre de la justice et de l’écologie qui défend le revenu de base.

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Un financement collectif pour promouvoir le revenu de base

Depuis 2013, le revenu de base est activement défendu en France par les adhérents du Mouvement Français pour un Revenu de Base (MFRB). Forte d’une quarantaine de groupes locaux répartis sur toute la France, cette association transpartisane organise des réunions d’information, des projections, des apéro-débats dans les principales villes de France. Elle était aussi présente au Village Mondial des Alternatives de Montreuil, lors de la COP21 en décembre dernier. Par ailleurs, le groupe mène des actions d’influence en direction des élus pour que les politiques s’emparent du sujet. Et ça marche !

En ce début d’année, le MFRB mène une campagne de dons sur Helloasso pour renforcer ses actions, augmenter sa capacité militante, éditer un « Livre blanc du revenu de base » présentant les différentes options possibles et leurs financements, créer un portail d’informations et de débats sur internet et réimprimer le journal L’inconditionnel, outil pédagogique de diffusion du revenu de base. Jusqu’au 14 février, vous pouvez soutenir le MFRB en apportant votre contribution sur le site HelloAsso.

Des questions en suspend

Toutefois, il faut relever que le RDB suscite de nombreuses questions et oppositions. Deux en particulier divisent ses partisans et opposants : son montant et sa source de financement. Ainsi certains libéraux se sont infiltrés dans la brèche, tels que Christine Boutin, Dominique de Villepin ou des cercles de réflexion libéraux, qui y voient avant tout un moyen de « simplifier » les prestations sociales… hors, si le RDB venait à remplacer la sécurité sociale ou les retraites, il provoquerait une régression sociale sans précédent dont les classes populaires et moyennes seraient les grandes perdantes. Si les vidéos du MFRB précisent bien que ce n’est pas leur souhait (il remplacerait seulement le RSA et les allocations familiales), il convient de rester vigilant pour que cette belle idée ne se retrouve pas dans de mauvaises mains. « Le fait que des gens très à gauche et d’autres très à droite se retrouvent masque un malentendu. Lorsqu’on creuse un peu, on voit vite apparaître des philosophies très différentes et même contradictoires », explique ainsi Julien Damon, professeur à Sciences-Po et spécialiste de la protection sociale.

Il en va de même pour son financement : si la logique voudrait que ce soit la répartition des richesses qui finance le RDB (impôt sur le revenu, taxation des flux financiers, etc.), certains avancent qu’il pourrait être financé par la TVA, « impôt indirect » non corrélé au revenu et inégalitaire au possible (la TVA est la taxe préférée du MEDEF, qui a obtenu son augmentation l’an dernier…). Enfin, si le RDB a de multiples atouts (même à 450 euros, voir vidéos ci-dessous), il ne pourra lutter contre la précarité qu’avec un montant bien supérieur au RSA, qui permet à peine de se loger : il devra être au moins équivalent au seuil inférieur de pauvreté, défini en France à 828 euros mensuels (50% du revenu médian). Précisons enfin qu’un projet « concurrent » au RDB est souvent débattu : le « salaire à vie » de l’économiste Bernard Friot (plus radical mais plus précis sur son financement, il propose d’abolir le marché du travail et de sortir du capitalisme).

Alors, enfin une utopie réaliste ? Pour en juger et découvrir les projets de cette campagne, rendez-vous sur leur site officiel.

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Images libres de droit : flickr.com/revenudebase

Sources : revenudebase.info / la-croix.com

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