Qui de mieux placés que les citoyen.ne.s pour parler du travail ? Lancé il y a un peu plus d’un an, le collectif #onvautmieuxqueça a voulu donner la parole aux gens « ordinaires ». Dans un important recueil en ligne de plus de 1300 pages, les membres du groupe publient gratuitement les témoignages recueillis sur les réseaux sociaux depuis le lancement de l’initiative, au moment des manifestations contre la Loi Travail.

Il y a trois ans, j’ai subi « un contrôle » Pôle Emploi. Je suis restée de mi octobre à fin janvier sans revenus ou presque. Plus de chauffage, électricité réduite, avec un jeune fille à qui je ne pouvais même pas offrir un cadeau à Noël. C’était un hiver rude jusqu’à moins 10, dans ma région. Une demande de bon alimentaire ( 120 E) met trois semaines à aboutir. Un dossier RSA met 3 mois!

« Tout a commencé le week-end du 19 février : sous l’impulsion de Dany Caligula et d’Usul, des vidéastes de différents horizons se sont réunis pour envoyer ce message « on vaut mieux que ça ! », invitant ceux et celles qui le souhaitaient à s’exprimer, à prendre la parole.«  Cet appel, qui est intervenu au début du mouvement social né pour protester contre la loi travail, a eu une résonance bien au-delà de ce qui était espéré : des milliers de témoignages ont été publiés sur les réseaux sociaux. Comment rendre cette parole audible ? Les acteurs du collectif ont tenu à lui offrir une audience la plus large possible, tout en évitant de prendre la position de « porte parole ». La compilation de témoignage doit ainsi « rendre visible l’invisible, rendre audible ceux et celles qu’on entend pas ».

L’objet du livre est de ré-humaniser la question du travail, alors qu’aujourd’hui, dans les débats publics, la problématique est seulement « posée en termes politiques, [et qu’elle] est souvent réduite à une simple question de gestion, dont l’objectif se borne à quelques étiquettes vides de sens : compétitivité, flexibilité, croissance… ». Ainsi, le collectif regrette que le « vécu des travailleurs » soit trop souvent éludé, au profit « d’un discours glorieux qui vante le travail comme source d’épanouissement, d’émancipation, de bonheur ». Les témoignages contenus dans le livre doivent servir de base pour « déconstruire ces discours religieux », tout en invitant les responsables publics à se saisir autrement de la question.

Je rêve d’un travail où je suis utile a la société, ou je communique de façon harmonieuse avec ma hiérarchie, où on me donne les vrais moyens de faire ce qu’on me demande. Un travail où les relations sont riches, où l’on apprend les uns des autres. Un travail qui favorise l’épanouissement.

Au fil des plus de 1300 pages du document se succèdent les témoignages articulés autour de diverses thématiques : fonction publique, supermarché, service civique, industrie, etc… Certains sont poignants, d’autres bouleversant ; tous parlent de ressentis personnels. Ces écrits mettent en lumière les humiliations, les difficultés, les doutes ou encore les injustices subies par les travailleurs, les chercheurs d’emploi et les étudiants. Ils racontent le monde de l’entreprise, celui de pôle emploi, les hiérarchies ou encore l’incompréhension face à la justice. Ils rappellent tous à quel point, dans notre société contemporaine, le travail est devenu un élément structurel de la vie de chacun, au détriment des relations sociales, de la créativité et de la santé.

Crédit photo : On vaut mieux que ça

Le travail de compilation, de tri et de mise en page a entièrement été réalisé de manière bénévole par le collectif #onvautmieuxqueça. Les témoignages inclus n’ont pas été modifiés, « excepté pour des raisons d’anonymisation ». Le livre est disponible gratuitement en ligne.


Sources : onvautmieux.fr

NB : Le livre gratuit qui fait le sujet de l’article est à distinguer de l’ouvrage de même nom publié chez Flammarion à l’initiative d’Osons Causer, Le Fil d’Actu, Le Stagirite et de Fokus. Les deux livres ont été publiés de manière séparée, bien qu’une initiative commune ait été à l’origine du projet.

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