Comprendre l’effet anti-écolo : « Pas dans mon jardin ! »

Le rejet des nouvelles énergies est particulièrement puissant en France. François Glaizot et Clément Bresciani, de l’association Les vagabonds de l’énergie, nous présentent dans un court reportage comment une approche sociologique de l’énergie permet de mieux comprendre le processus d’acceptation des énergies renouvelables. Selon eux, la manière d’intégrer les habitants dans l’émancipation énergétique peut se révéler cruciale pour l’acceptation (ou le rejet) d’un projet. C’est vital, car l’effet « pas dans mon jardin! » est toujours très vivace, et ce n’est pas sans cause !

François Glaizot et Clément Bresciani réalisent un tour du monde dont le principal objet d’étude sera l’Homme et l’Énergie. Leur but : mettre en valeur les alternatives existantes et les étudier dans leur contexte social avec un regard sociologique. Leur aventure est portée par l’association Les vagabonds de l’énergie, créée en 2009 par Arnaud Cretot et Robin Deloof, dans le but d’analyser les différentes formes de production d’énergie à travers le monde.

Le point de départ de ce travail de recherche est la thèse selon laquelle les choix énergétiques conditionnent le modèle social. Ainsi, selon eux, plus l’énergie sera produite selon une logique verticale, plus la société sera fortement hiérarchisée (comme c’est le cas avec les énergies fossiles ou le nucléaire). Au contraire, si la production de l’énergie se fait de manière horizontale, c’est à dire collective et locale, le pouvoir sera plus équitablement réparti entre les individus qui composent la société. L’enjeu du choix énergétique est donc plus profond qu’on l’imagine.

Rassemblement anti-éolien – France.

Un tour du monde des énergies

François Glaizot et Clément Bresciani ont donc entamé leur tour du monde des énergies dont la première destination est l’Amérique du Sud. Un « voyage d’étude sociologique de terrain pour analyser et comprendre les choix et les comportements liés à la production et à la consommation d’énergie à l’échelle locale, dans différents contextes ». Leur expérience est notamment restituée sous la forme d’un film documentaire à découvrir sur Youtube.

Selon Les vagabonds de l’énergie, on ne manque pas de solutions pour se passer des énergies fossiles voire même de l’énergie nucléaire, d’où l’importance de les mettre en valeur. Cependant, il ne suffit pas de diffuser ces idées alternatives. Ils estiment en effet que « le défi global réside dans l’évolution de notre rapport à l’énergie à travers nos choix et nos comportements au quotidien« . En effet, aujourd’hui, les solutions existent, mais autant les populations que les décideurs résistent à la transition par effet « pas dans mon jardin ». Ce rejet réactionnaire couramment observé ralentit inévitablement toute transition énergétique. C’est pour cette raison qu’ils souhaitent s’intéresser aux comportements de chacun, en fonction des choix énergétiques locaux et ainsi pouvoir proposer des pistes de réflexions concernant les évolutions sociétales à venir.

Une analyse sociologique du processus d’acceptation des énergies renouvelables

Au delà de ces premiers constats, une autre question les préoccupe : celle de l’acceptation des nouvelles énergies par la population. C’est le thème d’une vidéo présentée récemment, dans laquelle sont opposés plusieurs projets éoliens ayant connu des trajectoires différentes, dont celui des Communes de Lavaudieu/La Chomette et celui de Castelnau-Pégayrols. Alors que le premier n’a pas pu voir le jour, en raison de réticences de la population, le second a été massivement soutenu par les habitants qui y voient une liberté énergétique et un virage décisif pour l’avenir. En effet, si le vent est une ressource, la production d’énergie profite directement aux locaux, tel un gisement de pétrole qui serait découvert au cœur de votre commune. Alors pourquoi de telles différences d’une population à l’autre ?

Bien évidemment, les projets industriels, écologiques ou non, sont souvent confrontés, au niveau local, au phénomène du NIMBY (Not In My BackYard – Pas dans mon jardin). Mais selon François Glaizot et Clément Bresciani, l’acception de ces projets dépendra pour beaucoup de la manière dont ils sont introduits et traités dans le débat public local. Si les habitants se voient imposés un projet, il y a de fortes chances que celui-ci soit rejeté, même s’il porte avec lui un caractère écologique positif. À contrario, si le projet fait l’objet d’un véritable débat public dans lequel les habitants sont impliqués à tous les niveaux – et non pas par le biais d’une simple consultation instrumentalisée -, il y a plus de chances qu’ils s’identifient au projet et le soutiennent. C’est ce que montre leur  reportage, dans lequel interviennent plusieurs acteurs ayant joué un rôle important dans le processus de décision local.

« Des éoliennes géantes envahissent notre pays »

Dès lors, si l’effet NIMBY semble évitable par le débat collectif, ce phénomène est loin d’être le seul frein à l’implantation des énergies renouvelables sur le territoire français. Les lobbies des énergies fossiles, particulièrement puissants du fait d’un monopole écrasant sur le marché des énergies, jouent également un rôle sur ce rejet de l’éolien en France. Par exemple, la Fédération Environnement Durable est une organisation passée maître dans l’art de faire capoter les projets éoliens. Leur objectif officiel ? « lutte contre la multiplication des parcs éoliens en France » et protéger le fleuron industriel français, EDF, selon les mots de son président.

La technique est simple : alimenter la peur et exagérant les nuisances causées par l’éolien. À travers des campagnes visuelles illustrant les éoliennes telles des envahisseurs ou des tueurs d’oiseaux en masse, ainsi que des manifestations sur les lieux mêmes des projets, la FED tente de faire pression sur les élus locaux pour bloquer les projets. Déjà en 2010, une fuite avait exposé les techniques douteuses de la fédération. Les militants étaient chargés d’inonder les décideurs d’e-mails larmoyants rondement étudiés pour toucher la corde sensible. Le document suggérait aux militants d’utiliser quelques « éléments de langage » séduisants. Par exemple : « Nous sommes écœurés, notre vie a été brisée et nos familles se déchirent », « Des gens sont malades, ils ont peur de ces machines », « Ce sont des affaires d’argent et non d’écologie », « Tout est concocté sans l’avis des citoyens », etc.. De quoi alimenter une paranoïa locale avec, en toile de fond, l’idée d’un grand complot des promoteurs d’énergies renouvelables. EDF peut dormir sur ses deux oreilles.

« C’est mon jardin ! »

Naturellement, l’éolien n’en est pas pour autant parfait. Ou son rendement, il peut causer des nuisances sonores à proximité et dans certains cas tuer des oiseaux. Cependant, les relevés démontrent que les nuisances restent bien en deçà du seuil de risque sur la santé. De plus, une étude de la Ligue pour la Protection des Oiseaux confirme que les éoliennes ne causent pas de massacre d’oiseau, tout au plus quelques accidents tragiques mais ponctuels. On se gardera bien de chiffrer le nombre d’oiseaux tués à travers les énergies conventionnelles…

Pas de doute, les différents organismes se livrent à une véritable guerre pour convaincre populations et décideurs de l’orientation énergétique à suivre. Il faut dire que les enjeux économiques sont colossaux, mais pas seulement, comme le démontrent François et Clément : relocaliser l’énergie et la posséder, c’est également émanciper une population, un village, une ville ou un collectif d’une certaine domination économique lointaine pour se reconnecter au processus politique local.


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Sources : ulule.com / vagabondsenergie.com

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