L’ONG Foodwatch lance un nouveau pavé dans la mare : de nombreux aliments transformés vendus dans les magasins d’alimentation ou dans les grandes surfaces contiennent un ou plusieurs additifs en dépit de leur apparence de terroir. Pour attirer le client, les marques n’hésitent pas à donner des appellations « traditionnelles » pour alimenter un imaginaire lié au terroir et à la campagne. Mais un produit rempli d’additifs peut-il être considéré comme authentique ? « Il y a une opacité pour les consommateurs qui sont induits en erreur par les techniques de marketing », dénonce Mégane Ghorbani, responsable de campagnes chez foodwatch. Une pétition a été mise en ligne. 

Vous reprendriez bien un peu de Pata negra (jambon) « Grande tradition » Labeyrie au nitrite de sodium (E250) et nitrate de potassium (E252), accompagné d’une écrasée de pomme de terre Mousline « Saveur à l’ancienne » Maggi (Nestlé) contenant trois additifs dont les diphosphates (E450) et diglycérides d’acides gras (E471) ? Ou choisirez vous la poêlée rustique La Parisienne de Bonduelle contenant cinq additifs dont du nitrite de sodium (E250) et des diphosphates (E450). Bref, vous avez compris, on se moque bien de vous.

Souvent incompréhensibles pour les consommateurs, les listes d’ingrédients montrent pourtant à quel point les additifs sont présents dans notre alimentation générale et à quel point certains plats sont totalement déconnectés de l’image qu’ils tentent de donner au consommateur. Certaines appellations induisent volontairement en erreur, faisant croire à des produits simples, exempts de toutes ces substances, parfois même estampillés « bio ». Une véritable supercherie que Foodwatch souhaite exposer aujourd’hui.

Foodwatch pointe les industriels du secteur

Les additifs alimentaires sont utilisés par les fabricants pour des raisons de facilités industrielles et commerciales. Il servent de conservateur, de colorant, d’édulcorants, de texturants, d’antioxydants… des éléments précisément en contradiction avec des produits frais, locaux et du terroir. Selon un livre publié en mars 2017 aux Editions Thierry Souccar (« Le Nouveau guide des additifs alimentaires »), un additif sur quatre poserait des problèmes en matière de santé, si consommé en trop grandes quantités. Mais pour beaucoup d’autres, les données scientifiques manquent. Enfin, un « effet cocktail » ne serait pas à exclure, selon le ministère de l’agriculture. 

Plusieurs des additifs épinglés par Foodwatch ont déjà fait l’objet d’importantes polémiques, notamment en raison de leurs effets potentiels sur la santé. En 2016, Cash investigation mettait en cause les nitrites de sodium (E250) et les nitrates de potassium (E252), deux substances qu’on trouve en masse dans la charcuterie, essentiellement pour des raisons de couleur des aliments. Or, ces additifs, toujours bien présents, sont accusés de favoriser l’apparition de certaines maladies, notamment certains cancers. Certains produits transformés « bio » ne sont pas épargnés par le problème, comme le relève l’étude en pointant les lardons nature « Recette artisanale » BIO – Bonjour Campagne avec du nitrite de sodium (E250) et de l’ascorbate de sodium (E301). Le label ne protège pas toujours les consommateurs, puisque la liste des additifs autorisés est longue. 

Des consommateurs trompés, foodwatch réclame la transparence

« Pour foodwatch, le marketing permet ainsi aux fabricants d’induire les consommateurs en erreur sur la composition réelle des produits. Alors qu’ils vantent un savoir-faire traditionnel, de nombreux aliments contiennent bien souvent des additifs, dont certains comme le nitrite de sodium (E250) et le nitrate de potassium (E252) sont controversés. » Certaines mentions comme « traditionnel » et « à l’ancienne » interdisent en principe la présence d’additifs. Reste que les marques contournent facilement la réglementation en faisant preuve d’un peu d’imagination. C’est ce que fait Labeyrie avec son jambon « Grande tradition » … Le tout est de jouer astucieusement avec les mots et les images et vous voilà en mesure de vendre un idéal loin de la réalité.

L’ONG estime que des produits contenant des additifs industriels ne doivent pas pouvoir porter des appellations traditionnelles : « la transparence doit primer sur le marketing : si un aliment contient des additifs, il ne peut se faire passer pour un produit traditionnel » note l’ONG dans son communiqué de presse. Elle réclame également l’interdiction des additifs les plus controversés, dans le respect du « principe de précaution » présent aussi bien en droit européen qu’en droit français. En tout état de cause, la présence de ces additifs doit être claire, les consommateurs « doivent avoir accès à ces informations d’un premier coût d’œil », martèle Mégane Ghorbani.

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Afin de sensibiliser l’opinion publique, interpeller le législateurs et faire plier les grandes marques, Foodwatch lance une pétition, directement adressée à Bonduelle, symbole de la campagne. « L’emballage de la poêlée Bonduelle – affublé d’une nappe vichy et de la mention « rustique » – induit le consommateur en erreur. Ce produit, dont on pourrait légitimement s’attendre à ce qu’il ne renferme que des légumes et des lardons, contient en réalité pas moins de cinq additifs dont deux font débat. L’étiquetage et la recette doivent changer. Et tant que l’innocuité des additifs controversés ne sera pas prouvée à long terme, nous considérons que Bonduelle ne devrait pas les utiliser », commente Mégane Ghorbani, responsable de campagnes chez foodwatch. Désormais, le consommateur sera peut-être plus vigilant.


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Sources : foodwatch.org

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