Pyrénées-Atlantiques – Au cours d’une balade anodine, le chien d’un jeune couple ingère soudainement quelque chose à l’entrée d’un champ. Il meurt peu de temps après. Il s’avérera plus tard que ce qui a empoisonné le beauceron âgé d’à peine 2 ans, est un produit molluscicide interdit à la vente depuis juillet 2018. Le couple demande aujourd’hui justice face à cet exploitant qui, bien qu’il reconnaisse « lerreur de sa vie », n’en demeure pas moins responsable de cette tragédie. Une pétition a été lancée pour soutenir la famille du jeune chien, Frost, dans ce combat. Une démarche s’inscrivant également dans une lutte plus globale contre les pesticides de l’agriculture conventionnelle.

La famille de Marine et Mathieu, parents d’un garçon de 3 ans, Titouan, était aussi heureuse qu’hétéroclite, accueillant également un chat âgé de 12 ans, Darwin, et Frost, leur jeune chien adopté l’année dernière. Le bonheur était à son apogée pour cette petite tribu qui vivait paisiblement à Saint-Pée-sur-Nivelle, un village français situé dans le département des Pyrénées-Atlantiques. Un confinement en pleine campagne donc, qui s’était jusque-là déroulé sans encombre. Ils ne savaient pas encore que du jour au lendemain, leur monde allait basculer. Le jeune couple ne s’éloignait jamais à plus d’1km du domicile, respectant scrupuleusement les règles du confinement. Le dimanche 10 mai 2020, veille du déconfinement, alors qu’il pleut à verse, la distance parcourue pour promener le chien n’atteint que quelques centaines de mètres. C’est alors que le couple voit Frost se précipiter sur « ce quelque chose » à l’entrée d’un champ et l’ingérer, tout près du chemin de promenade sur lequel ils se trouvaient. Comme pour la plupart de nos amis à quatre pattes, une telle gourmandise n’a après tout, rien de surprenant.

Frost et Titouan

La journée s’achève, la famille finit par tomber dans les bras de Morphée sans se douter de ce qui va suivre. Il est 23h, le réveil est brutal, causé par des bruits d’agonie. Le jeune couple trouve Frost « haletant, bavant, les yeux exorbités, les muscles tétanisés, apeuré, souffrant… ». Mathieu se précipite pour emmener le beauceron aux urgences vétérinaires où l’on tente de lui administrer divers médicaments sans que cela n’améliore son état. Le diagnostic ne se fait pas attendre : Frost a été empoisonné. Quelques heures plus tard, suite à une augmentation des doses médicamenteuses, l’état du chien se stabilise quelque peu. Il reste à ce moment-là un espoir, espoir qui aura toutefois été de courte durée : « le glas sonne… Frost s’est éteint au petit matin, il a fait un arrêt respiratoire. Je m’effondre littéralement devant la clinique, j’appelle Mathieu, dévasté à son tour. Incapables de gérer la douleur de perdre un membre de notre famille de la sorte. » témoigne Marine, effondrée.

Frost

« Notre chien a péri et nous sommes aujourd’hui anéantis »

En rentrant de la clinique vétérinaire, le couple s’arrête pour inspecter le champ qui aura signé l’arrêt de mort de Frost au cours d’une simple balade comme tant de propriétaires de chiens en font à travers le pays. Marine est alors abasourdie de découvrir plusieurs tas bleus dispersés dans l’herbe, le long d’une haie. La jeune femme n’en croit pas ses yeux : « le verdict tombe lorsque mon regard se porte sur ce sac plastique de 15kg négligemment jeté dans la haie naturelle de la parcelle : molluscicide Warior QDX…il n’avait aucune chance notre guerrier… ». Il s’agit-là d’un métaldéhyde destiné à tuer les limaces et autres gastéropodes. Marine précise que ce produit était éparpillé à l’entrée du champ, formant « des agglomérats réguliers tous les mètres environ. »

Sac plastique de molluscicide Warrior QDX négligemment jeté dans la haie naturelle de la parcelle

Substance classée dangereuse, cet anti-limace porte la mention EUH401, exigeant des utilisateurs à « respecter les instructions d’utilisation afin d’éviter les risques pour la santé humaine et l’environnement ». Pourtant, on retrouve ce produit insoucieusement éparpillé, à quelques mètres à peine d’un chemin. Aucune pancarte, aucune barrière ni clôture… rien pour indiquer que le champ est privé ou que des substances dangereuses peuvent s’y trouver. Le jeune couple dépose une plainte mais un gendarme prend immédiatement le parti de l’exploitant qui aurait le droit de disposer de sa propriété comme il l’entend. « Ce premier jour de déconfinement dans un bain de bêtises humaines nous frappe en plein cœur. » s’indigne Marine, « je ne peux pas croire que cela soit autorisé, je ne veux pas le croire. » Selon elle, le chemin contigu au champ en question est très fréquenté par les habitants qui ont notamment des enfants et des chiens, sans oublier des nombreux animaux sauvages qu’abritent les bois attenants.

Un molluscicide interdit depuis 2018

Le couple apprend plus tard que le produit utilisé par l’agriculteur était interdit depuis juillet 2018. Qui plus est, les doses utilisées par l’exploitant semblaient bien démesurées pour un espace de cette taille. Une telle ingestion ne pouvait ainsi avoir d’autre issue que la mort pour un animal quel qu’il soit. À observer l’issue fatale pour ce chien, on ne peut qu’imaginer les ravages pour l’ensemble de la faune locale.

Du molluscicide répandu à l’entrée du champ

Marine achève son témoignage par ces paroles poignantes : « Je suis patiente, opiniâtre et sans nul doute un peu justicière, je prêterais volontiers mon temps à participer à cette mouvance de faire changer les choses sur la Terre de nos Enfants. Nous ne lâcherons pas, les faits sont trop graves. Alors face à cette baie vitrée et les empreintes de groin ternies de notre Frost, avec cette trace de patte sur le pantalon et les poils disposés autour de ce tapis effroyablement vide : je demande à travers ce récit exposé toute l’aide nécessaire pour faire entendre nos voix, protéger nos vies. Il faut que cette histoire, la nôtre, la fin tragique de notre compagnon, soit entendue, criée, placardée, défendue, protégée, refusée…Nous avons besoin de votre aide dans notre souffrance, j’espère trouver auprès de vous un relais de plus pour faire entendre ce drame et que l’Individu qui a volé un morceau de notre vie soit reconnu responsable face à cet acte de cruauté sans nom. »

Soutenu par des associations telles que la Fondation Brigitte Bardot, la Sepanso, la SPA ou le collectif Cade, le couple a lancé une pétition afin d’obtenir justice pour Frost. Celle-ci a déjà recueilli plus de 50 000 signatures. Une page Facebook intitulée FrosTerra a également été créée afin de centraliser les informations en lien avec cette affaire et poursuivre un combat nécessaire pour qu’une telle injustice ne demeure pas impunie. La plainte a été transmise au procureur de la République de Bayonne, Jérôme Bourrier.

« Nous espérons ardemment que notre cause sera reconnue et défendue par la justice »

L’agriculteur responsable de la mort de Frost, est un ancien pompier et ancien maire de la ville d’Ascain, dans les Pyrénées Atlantiques. Il a entièrement reconnu les faits, qualifiant l’évènement de « l’erreur de sa vie ». Il affirme avoir semé du maïs dans le champ où a été empoisonné le beauceron et avoir utilisé un anti-limace qu’il avait acheté en 2016, avant que celui-ci ne soit interdit à la vente. « Je n’ai pas réfléchi une seconde. Je suis complètement en faute », a-t-il admis, avouant se sentir « extrêmement mal » pour ses actes. Malheureusement, les regrets et la culpabilité n’ont pas encore la faculté de ressusciter les morts et la famille de Frost demeure inconsolable.

Frost et sa maîtresse

Alors que la prise de conscience quant aux enjeux environnementaux prend peu à peu de l’ampleur, la cause animale est encore bien souvent délaissée. De nombreux pesticides dangereux pour la faune continuent d’être utilisés à outrance dans l’agriculture conventionnelle. Des animaux de compagnie se font tuer, volontairement ou non, et les auteurs de ces actes demeurent le plus souvent dans l’impunité, la productivité passant avant tout. Qu’il s’agisse d’animaux domestiques ou sauvages, tous sont des êtres sentients, qui ressentent la douleur et sont capables d’entretenir des liens sociaux souvent riches et complexes. Il est temps que les consciences évoluent et par la même occasion, la législation aussi.

J.M.

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