Alors que la précédente est toujours dans les esprits, une nouvelle tuerie secoue à nouveau les États-Unis. Un jeune homme de 26 ans vient d’abattre 10 personnes sur le campus d’une université de l’Oregon. Alors que la population réclame plus de contrôle sur la circulation des armes dans le pays depuis des années, les mouvements « Pro-Gun » en faveur des armes s’activent dans les médias américains à coup de slogans fallacieux. Une journaliste du fameux magazine Rolling Stone va prendre publiquement position, démontant 4 de ces « non-arguments » qui circulent au milieu des larmes.

Les États-Unis, c’est le pays de tous les records. Mais il y a un record dont les habitants aimeraient se passer : celui du nombre de fusillades de masse qui, chaque année, emportent les vies d’innocents qui étaient au mauvais endroit, au mauvais moment. Cette dernière tuerie prend des airs de statistiques alors que les drames s’enchaînent. En mars, un forcené tuait 7 personnes dans un campus californien. En juin, un homme abattait 9 personnes dans une église de Caroline du Sud. Mercredi dernier, une autre fusillade éclatait dans un lycée du Dakota du Sud, ne faisant heureusement pas de mort, suivant de peu l’attentat d’un tireur visant une université de Sacramento, faisant un mort et deux blessés. Sans oublier cette journaliste et son cameraman abattus de sang froid en plein direct. Aux USA, les fusillades de masse ont fait quelque 1 250 victimes depuis 2013 selon le site Mass Shooting Tracker. La problématique est réelle.

En parallèle, un très puissant lobby de l’armement, voguant sur une culture de la liberté couplée à un historique guerrier, s’arrange pour que le port d’armes reste un droit fondamental dans de nombreux États usant de tous les subterfuges. L’enjeu économique est colossal. Alors que le corps des victimes est encore chaud, nombre de commentateurs se sont exprimés en faveur du port d’arme. Fatiguée par ce lobbying s’appuyant sur un vide argumentatif, du magazine olling Stone a répondu à 4 de ces idées préconçues qui circulent sur les réseaux, y compris francophones, pour justifier le libre port d’armes à feu. Son propos va être partagé plus de 250 000 fois en quelques heures. Un discours à retrouver en intégralité, en anglais, sur le site de Rolling Stone.

« Les armes ne tuent pas les gens. Les gens tuent les gens ! »

C’est probablement l’argument le plus courant chez les pro-armes. L’arme ne serait qu’un outil au même titre qu’un marteau. Ainsi, si quelqu’un avait vraiment l’inspiration de tuer, il trouverait un autre moyen. En pratique, cet argument séduisant ne tient pas la route, comme l’explique la journaliste : « Cet argument est fantastique pour ceux qui ne savent pas faire la différence entre un mort et une douzaine (de morts). Il est vrai, un meurtrier pourrait tuer une personne ou deux avec un couteau avant d’être arrêté. Mais pour accumuler un nombre de décès hallucinants et veiller à ce que de nombreuses vies soient détruites et de nombreuses familles brisées en l’espace de cinq ou dix minutes, vous avez besoin d’une arme à feu. » explique-t-elle.

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Ainsi, la question n’est pas de déterminer si la haine existe dans le cœur de telle ou telle personne (ce qui semble inévitable en société), mais bien d’éviter d’offrir un accès facile à l’expression meurtrière de cette haine. Ainsi, limiter l’accès à des armes à feu, en particulier celles sorties de films de guerre, prévient concrètement des décès inutiles en limitant immédiatement leur potentiel meurtrier. On imagine ainsi mal un lycéen, sous le coup d’une colère ou d’une frustration, tuer 20 « camarades » avec un simple couteau. Dans les pays où les armes sont interdites (ou très difficilement accessibles) des pulsions meurtrières sont régulièrement évitées là où, aux États-Unis, il suffirait de se fournir dans le bon magasin.

« La seule chose qui arrête un mauvais gars avec une arme, c’est un bon gars avec une arme »

L’énonciation peut sembler convaincante. Mais en pratique, se rêver en héros armé et faire sa propre justice n’est ni légal, ni réaliste. « Si vous regardez le monde réel, vous verrez que, loin d’être notre seul espoir, les bons gars avec des fusils ne sont d’aucune aide. Aucune fusillade dans les 30 dernières années n’a été arrêtée par un civil armé. En 1982, un civil armé a tué avec succès un terroriste, mais seulement après qu’il ait commis son crime. Et ce n’est pas qu’on manque d’armes. Il y a autant d’armes que de gens dans ce pays. Un tiers des habitants sont armés. Même quand des fusillades se produisent dans des zones armées, où des civils armés sont à proximité, ce scénario d’autodéfense ne fonctionne tout simplement pas. » précise Amanda Marcotte.

Pour cause, nous ne vivons pas dans un film Hollywoodien et la réalité en cas de fusillade est infiniment plus tragique. Les civils n’ont généralement ni l’expérience ni le savoir-faire pour gérer une situation de stress où leur vie et celle des autres sont en jeu. Dès lors, de nouveaux échanges de tirs en pleine fusillade ajoute du tragique au tragique et de la confusion à une situation confuse. En 2011, lors de la fusillade de Gabby Giffords, un civil armé a notamment voulu faire justice, en tirant sur la mauvaise personne… Peut-on alors décemment justifier la circulation de millions d’armes dans ces conditions ?

« C’est juste une question de santé mentale »

Après chaque fusillade, les opposants au contrôle des armes à feu aiment évoquer le problème des soins de santé mentale, insuffisants aux USA, pour détourner la question. S’il est vrai que la prise en charge des malades est insuffisante dans le pays, rien n’indique que les Républicains (classés historiquement à droite aux États-Unis) ne souhaitent s’attaquer politiquement à cette question. C’est même généralement l’inverse, la politique d’Obama (Démocrate) en matière de sécurité sociale étant vivement critiquée par les Républicains qui préconisent la loi implacable du marché.

À nouveau, la vente d’armes est évacuée du débat pour tenter de replacer la responsabilité sur l’humain, comme dans le cas du premier argument. Sauf qu’en pratique, la question de la santé mentale reste vague, comme l’explique la journaliste. « Quel est exactement le plan ? Rassembler tout le monde avec un problème de santé mentale et les enfermer ? Cela équivaut à 1 Américain sur 5, la grande majorité d’entre eux n’ayant aucune tendance violente. » Ainsi, ce déplacement du débat vers le « malade » pourrait être une porte d’entrée vers des lois liberticides et sécuritaires. « Aurons-nous une sorte de vaste registre de santé mentale ? Beaucoup d’Américains qui luttent avec leur santé mentale ne sont pas diagnostiqués, cependant, les mettre sur une liste gouvernementale qui restreint leurs droits ne leur sera pas d’une grande incitation à rechercher un diagnostic.« 

En réalité, à peine 23% des tireurs répertoriés avaient un problème mental avéré. 77% des forcenés étaient donc « normaux » aux yeux de la société. La nature humaine étant complexe, il n’y a aucun moyen fiable de savoir qui, demain, peut prendre une arme et réaliser un massacre. Ainsi, répertorier les malades mentaux pour continuer de vendre en masse des armes n’aurait aucune efficacité pratique.

https://www.youtube.com/watch?v=_W2EW0eiXLI

« Le second amendement de la constitution »

La question de la constitution est évidemment centrale aux États-Unis. Objet de tous les patriotismes, elle se définit comme « loi suprême du pays » et promet prospérité et liberté au peuple. Dans le monde, c’est l’une, sinon la plus ancienne constitution qui soit encore appliquée. Vingt-sept amendements la constituent, dont un, tout particulièrement, qui pose polémique depuis longtemps : « Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé. » (Deuxième amendement de la Constitution des États-Unis). Entre Républicains et Démocrates, les interprétations de la constitution sont nombreuses. Selon l’interprétation la plus raisonnable, la précision d’une « milice organisée » ne signifie pas que chaque individu a droit à une arme sur lui.

Pour la journaliste, le débat ne se situe pas là, mais dans le contexte temporel : « Voici le bon moment pour rappeler à tous que le deuxième amendement a été écrit par des esclavagistes avant que nous ayons l’électricité, et ne concernait pas les armes que les meurtriers peuvent acheter aujourd’hui. » Elle précise enfin que les amoureux de cet amendement (écrit en 1791) peuvent également se sentir libres de vivre avec une perruque poudrée, de déféquer dans un pot de chambre tout en essayant de survivre avec ce qu’ils arriveront à tuer grâce à un fusil du 18éme siècle. « En échange, laissez ceux qui vivent dans ce siècle élaborer des lois afin que nous puissions nous sentir en sécurité pour aller en classe, voir un film ou nous rendre partout ailleurs sans se soucier qu’un déséquilibré ne fasse pleuvoir la mort sur des étrangers au hasard. » Fin de citation.

Si la question semble tranchée depuis longtemps en Europe, les mouvements politiques les plus conservateurs n’hésitent pas à suggérer une nouvelle libéralisation de l’armement. En Hongrie, par exemple, le parti Aube Hongroise (non reconnu officiellement) propose purement et simplement le retour du port d’armes pour tous. En France, sur les forums du Front National, le débat fait rage et, aux côtés des partisans de la peine de mort, on retrouve une volonté largement partagée d’autoriser chaque citoyen à porter une arme. Les arguments avancés sont précisément les mêmes : la peur de l’autre, le vague rejet du « système » et le choix de la violence pour régler les conflits. Notons enfin que la haine semblent engendrer la haine. Après chaque tuerie, psychose oblige, les ventes d’armes augmentent en flèche. Une dernière bonne raison pour ne pas les retrouver en vente au supermarché du coin.


Source : rollingstone.com / lemonde.fr / francetvinfo.fr

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