Salariée dans un grand groupe français de construction et de commercialisation de meubles, Véronique* a soudainement décidé de démissionner afin de manifester son incompréhension vis-à-vis de la politique environnementale poursuivie par l’entreprise. Elle a voulu nous expliquer sa démarche et partager publiquement, sur Mr Mondialisation, sa lettre de démission afin d’inspirer d’autres personnes à prendre leur courage à deux mains.

D’ici quelques semaines, Véronique quittera de manière définitive ses fonctions « d’acheteuse matière » dans une entreprise française de construction et de commercialisation de meubles. Depuis un an qu’elle est à ce poste, elle déplore le manque de considération pour les questions environnementales dont font preuve ses supérieures. Plusieurs fois, elle a interpellé ses collègues sur ces questions, nous affirme-t-elle, mais sans succès. « Le sujet n’est pas sur la table, on ne parle pas de notre empreinte écologique. Seuls les questions de rentabilité et les bilans financiers comptent. Lorsque je parle d’écologie, je suis souvent moquée », nous raconte-t-elle. Malgré ses explications, ses employeurs n’ont pas compris sa décision, relate Véronique, selon qui « en apparence, l’entreprise, qui possède plusieurs Labels, est très consciente. Mais quand on travaille en interne, on découvre que la réalité est bien différente et qu’on est loin de faire tout ce que l’on peut ». Entre l’image de façade vendue aux consommateurs et la réalité, il y a souvent un gouffre.

Par son geste, cette employée souhaite non seulement rester en accord avec ses propres valeurs, mais elle espère également pousser sa hiérarchie à la réflexion. L’un des éléments déclencheurs de sa décision a été le discours de son nouveau directeur général, qui lors de sa première allocation à l’intention des membres de l’entreprise, « n’a pas prononcé une seule fois le mot écologie ni le mot réchauffement climatique ». Mais c’est aussi la vision du monde de demain partagée par la société de meubles en laquelle elle « ne se reconnaît pas » : comment croire, à l’heure ou la pression sur les ressources est criante, que la consommation pourra continuellement être moteur sociale et politique ? Selon Véronique, il est urgent que les entreprises intègrent la protection de l’environnement dans leur mode de développement, à l’heure où le GIEC conclut dans son dernier rapport que les chances de maintenir la hausse des températures en deçà de 1,5 sont infimes.

Désormais, Véronique espère pouvoir s’investir dans des activités qui ont du sens, rejoignant celles et ceux qui ont pris la décision de se reconvertir afin de faire rimer leurs convictions avec des engagements concrets. Véronique est bien consciente du privilège dont elle dispose quant à la possibilité de pouvoir décider de quitter son emploi. Mais son geste n’en symbolise par moi sa volonté de faire preuve de responsabilité individuelle vis-à-vis des grands enjeux contemporains et ce en dépit de l’immobilisme structurel de l’économie. « L’utopie a changé de camp, ce n’est pas moi qui suis utopique », termine-t-elle.

Voici sa lettre de démission : 

Rectifications de l’auteur : Véronique occupe le poste depuis septembre 2017. Par ailleurs, le rapport du GIEC a été publié en septembre 2018 et non en 2019.


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*le prénom a été modifiée à la demande de l’intéressée

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