Une librairie dans une « micro-maison » ? Le concept a de quoi taper à l’œil ! À l’occasion du Marché de Noël de Kingersheim (dont le thème était le recyclage et la récupération), près de Mulhouse, nous avons rencontré Jean-Jaques Megel-Nuber à l’origine de « Au vrai chic littérère », librairie d’occasion itinérante et projet culturel inspirant qui n’en a pas fini de faire parler de lui.

Lorsque le visiteur pénètre la « micro-maison » singulière de Jean-Jacques, il est immédiatement surpris par la chaleur du lieu. L’atmosphère dégagée par les murs, tout de bois recouverts y est pour beaucoup. L’attention du lecteur en recherche de nouvelles inspirations est également retenue par les 3000 titres rangés soigneusement dans les différentes étagères parmi lesquelles la littérature jeunesse figure en bonne place.

Crédit photo : Mr Mondialisation

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Des livres sur les routes de France

Résolument engagé, Jean-Jacques souhaite faciliter l’accès à la culture pour tous, jusque dans les « zones blanches », et proposer « autre chose que de la marchandise neuve et de la consommation à tout prix », tout en partageant un autre regard sur le recyclage, la seconde vie et la récupération. Pourquoi pas, alors, aller à la rencontre des habitants ?

Si l’idée de faire voyager les livres n’a rien de nouveau, différentes municipalités et associations proposant des librairies itinérantes dans des caravanes ou des bus, Jean-Jacques a réussi a donner une dimension originale à son projet, profitant du succès grandissant des micro-maisons. L’homme aujourd’hui au milieu de la quarantaine s’était impliqué depuis l’âge de 26 ans et à titre professionnel dans le milieu culturel, d’abord dans un musée archéologique, puis en tant que programmateur dans le spectacle vivant, chargé de développer des événements à l’intention du jeune public. C’est à cette occasion « que je découvre l’itinérance », se souvient le nouveau libraire, alors qu’une partie de son travail consistait à organiser des spectacles dans des lieux éloignés de la culture, dans de petits villages. 

Chacun des livres présents dans ses étagères a été choisi avec précaution : « ce n’est pas parce que c’est de la librairie d’occasion qu’il faut vendre n’importe quoi », résume Jean-Jacques. Outre les nombreuses références présentes dans la tiny-house, il possède encore un fond important chez lui. Avant de se lancer dans son projet, il a passé pas mal de temps dans les Emmaüs de France et les marchés aux puces.

Crédit photo : Mr Mondialisation

Un projet animé par l’envie de prendre de nouveaux chemins

Pourquoi tout plaquer et prendre de nouveaux chemins ? Jean-Jacques évoque sa « crise de la quarantaine » avec le sourire, mais également une certaine lassitude vis-à-vis du travail salarié. En 2015, il prend enfin les rênes de ce projet qui lui permettrait d’ « explorer ses trois passions », la culture, la jeunesse et l’itinérance. Rapidement, il développe l’idée de librairie mobile, mais ce n’est que quelques mois plus tard que lui vient l’idée d’utiliser une « tiny-house » comme support. En pleine réunion, la micro-maison s’est soudain « imposée comme une évidence » de par son caractère « chaleureux et moins métallique que les bibliobus même réaménagés ».

Jean-Jacques entame alors de nouvelles recherches, qui s’avèrent plus compliquées que prévues : il y a deux ans, les constructeurs de « tiny-house » étaient relativement rares. C’est un peu par hasard qu’il rencontre Pauline et Romain (dont nous vous parlions récemment), deux jeunes qui veulent se lancer dans la construction de ce type de maisons, mais qui n’en sont alors qu’à leurs débuts et n’ont pas encore fabriqué d’habitacle. Jean-Jacques décide pourtant de leur faire confiance : pour les deux parties, il s’agissait d’un pari risqué mais qui s’est par la suite révélé être un succès, permettant à chacun de débuter un projet qui se démarque de l’ordinaire. 

Aujourd’hui sous le statut de micro-entreprise, Jean-Jacques souhaite pouvoir vivre de son projet. Jusqu’à présent, il a sillonné les routes du Haut-Rhin, mais s’est également rendu à Dijon et dans les Vosges. Au printemps prochain, il fera plusieurs étapes en Franche-Compté, notamment à Pontarlier. Encore dans sa phase de lancement, il admet qu’il est un peu compliqué de trouver des emplacements et raconte se heurter parfois à la « réticence des grandes villes », notamment Mulhouse, qui selon lui ont encore « peur de ce qui est ambulant ». Son rapport au travail a t-il changé ? « Ce qui change vraiment, c’est de ne plus avoir de patron » estime le libraire, qui raconte qu’il est « déstabilisant au départ d’être complètement autonome », mais « très précieux » de pouvoir organiser son emploi du temps comme il l’entend. Le risque est réel, mais Jean-Jacques assume.

Crédit photo : Mr Mondialisation

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Interview et photographies par Mr Mondialisation. Photo d’entête : La maison qui chemine Source : auvraichic.com. Nos travaux sont gratuits et indépendants grâce à vous. Soutenez-nous aujourd’hui en nous offrant un thé 😉 ☕