Qu’on parle de changement climatique, d’acidification des océans ou d’effondrement de la biodiversité, il devient difficile de fermer les yeux sur l’impact de l’activité humaine sur l’environnement. Pourtant, en dépit des nombreuses études scientifiques dans ces domaines, une simple image est souvent beaucoup plus parlante. C’est ainsi qu’une photographie d’un ours polaire visiblement squelettique est devenue virale sur les réseaux sociaux. Son auteur dénonce le changement du climat.

Pas évident de visualiser simplement les impacts des activités humaines à l’échelle globale, d’autant que ceux-ci sont parfois très éloignés des consommateurs. Kerstin Langenberger, une photographe, environnementaliste et ranger allemande, s’est spécialisée dans l’expédition de la Scandinavie et plus particulièrement dans l’observation des ours polaires. Après des années d’observations, elle témoigne des changements de l’environnement des régions Arctiques et de l’impact de ces modifications sur l’ursidé. Une photographie récente d’une femelle ours blanc horriblement maigre va définitivement la convaincre qu’un drame silencieux se déroule en ce moment.

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L’étonnant cliché a été pris à Svalbard, un archipel norvégien bien connu des touristes et des photographes passionnés de nature sauvage. On peut y observer nombre d’ours blancs, le plus souvent en parfaite santé, avec une très grande facilité, l’animal étant strictement protégé dans la région. Selon Polar Bears International, dans le monde, il resterait entre 20 et 25.000 ours polaires en liberté. Si, autrefois, ces animaux majestueux étaient menacés par la chasse, c’est aujourd’hui la modification de leur environnement qui pose problème.

« Des pans de glaces entiers disparaissent »

Si, en pratique, il peut y avoir de nombreuses explications d’ordre naturel à cette scène, la photographe témoigne de l’augmentation de ce type d’observation et de la modification du paysage dans son ensemble. En 2010, une étude de l‘Institut américain de géophysique (USGS) tablée sur dix ans d’observation avait conclu à une diminution du taux de survie des ours polaires adultes de l’Arctique canadien et en Alaska. En dessous d’une certaine masse corporelle, les femelles ne peuvent plus donner naissance.

Pour Kerstin Langenberger, ces observations ne trompent pas : « J’ai vu les glaciers rétrécir de dizaines et de centaines de mètres chaque année. Des pans de glaces entiers disparaissent à une vitesse record« , explique la photographe sur sa page Facebook. Même si de nombreux spécimens semblent en parfaite santé, l’environnementaliste a également observé nombre d’ours morts ou affamés, peinant à trouver de quoi manger. Certains seraient acculés à manger des œufs d’oiseau, de la mousse et des algues. Selon elle, ce sont les femelles qui souffriraient le plus de la faim. Et « comment cette population peut-elle se stabiliser si il y a de moins en moins de femelles et de petits ? » questionne-t-elle.

Le doute est-il encore permis ?

Venant appuyer les observations de Kerstin, Paul Nicklen, un autre photographe et biologiste de passage dans la région, a publié cette photographe d’ours blanc mort, visiblement rachitique. Avec d’autres groupes de photographes, ils auraient observés plusieurs cas similaires.

Last summer I traveled with a group of friends to Svalbard, Norway in search of polar bears. We went to my favorite spot where I have always been able to find bears roaming around on sea ice throughout the summer. On this occasion, however, we didn't find any sea ice and we never found any bears alive. We did find two dead bears in this location and other groups found more dead bears. These bears were so skinny, they appeared to have died of starvation, as in the absence of sea ice, they were not able to hunt seals. In all of my years of growing up in the Arctic and later, working as a biologist, I had never found a dead polar bear. It is now becoming much more common. Through @sea_legacy and @natgeo we will continue to shine a light on our changing planet to convince the unconvinced. Please follow me on @paulnicklen to learn more about the effects of climate change. #polarbear #nature #wildlife #arctic #seaice @thephotosociety

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D’un point de vue scientifique, il est difficile d’établir le lien entre le changement climatique et ces observations, l’ours étant peut-être simplement âgé. Selon Ian Stirling, un chercheur et biologiste canadien, le seul cliché de Kerstin Langenberger ne permet donc pas d’établir de conclusions définitives. Cependant, une étude a démontré que les ours polaires étaient très vulnérables au changement de leur environnement. Les périodes « sans glace » rendent difficile, voire impossible, une chasse active chez le mammifère. Pourtant, selon les chercheurs de l’Université d’Alberta, les ours vont devoir résister à des périodes ‘sans glace’ de deux à cinq mois chaque année. Un situation sans précédent qui pourrait conduire l’espèce à l’extinction.

En attendant une prise de conscience plus globale, Kerstin Langenberger rappelle sur son site toute l’importance d’adopter un mode de vie frugal, ouvert d’esprit, « eco-friendly » et axé sur la préservation de la nature. Une simplicité volontaire qui semble plus que jamais faire son chemin dans les esprits.


Source : tempsreel.nouvelobs.com / arctic-dreams.com / lefigaro.fr / journals.plos.org

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