Un scandale industriel en remplace souvent un autre. Et notre mémoire collective est malheureusement très courte. Si bien que les marques incriminées n’ont souvent pas de mal à s’en remettre. Et pourtant, ces scandales industriels sont les symptômes d’un modèle en voie de perdition, mais aussi l’opportunité de faire renaître des modes de production plus justes, éthiques et naturels. Pour ne rien oublier, un petit rappel des grands scandales alimentaires de nos jours jusqu’à la crise de la vache folle.

Lait en poudre contaminé aux salmonelles, œufs aux fipronil et poulets aux dioxines… Ces 20 dernières années, les scandales alimentaires en Europe et dans le monde se sont suivis et se ressemblent tristement. Loin de l’impression d’hygiène que peuvent susciter les aliments sur-emballés et bien présentés dans les rayons de nos super-marchés, ils mettent avant tout en lumière les comportements des acteurs de l’agro-industrie qui n’hésitent pas à contourner les règles pour produire toujours plus à moindres frais. Mais face à la répétition, ce ne sont pas une enseigne ou un industriel isolé qui serait en cause, mais un modèle économique généralisé, peu transparent, où la recherche de profit justifie toutes les inepties.

Aujourd’hui, la question n’est certainement pas de savoir si un nouveau scandale éclatera, mais quand et ou. Au bout du compte, c’est la société dans son ensemble qui paie la facture et la confiance des consommateurs qui s’effondre. Malheureusement, force est de constater qu’un scandale en remplace souvent un autre dans les médias, puis dans l’opinion publique. Très vite, l’attention est portée sur un autre sujet polémique ou une nouvelle alarmante. Ainsi, il est aisé de s’accoutumer à ces scandales une fois la vague d’émotion et de colère retombée. Chacun retourne gentiment dans son monstro-marché le plus proche sans se poser de question, jusqu’au prochain scandale alimentaire. Afin de briser cette mécanique de l’oubli, prenons un instant pour nous souvenir de neuf grands scandales qui ont touché l’industrie alimentaire pendant ces dernières années (liste non exhaustive).

Décembre 2017 : Le scandale du lait infantile Lactalis contaminé aux Salmonelles

Début décembre de l’année passée, les autorités sanitaires françaises annoncent la contamination de 37 nourrissons à la salmonellose. Tous auraient été nourris de produits laitiers fabriqués à l’usine de Craôn, en France. Lactalis est rapidement accusé d’être au courant de la contamination depuis plusieurs mois, ce que Emmanuel Besnier, le PDG, nie en bloc. Sous pression, la multinationale a annoncé ce 2 février que la source de contamination a été identifiée dans l’une des tours de séchage et que cette dernière serait fermée.

Cependant, de grands distributeurs tels que Leclerc, Auchan, Carrefour, ont tardé à mettre en place les rappels de produits et ont ainsi laissé plusieurs centaines de boîtes de lait potentiellement contaminées être achetées par les consommateurs. Derrière le nom Lactalis, industriel aux quelques 17,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, se cachent bon nombre de marques iconiques telles que Président, Coeur de Lion, Lactel, Bridel, Chaussée aux Moines, Galbani, ou encore La Laitière. Dans les supermarchés, Lactalis est partout.

Août 2017 : Du Fipronil dans les oeufs

Le scandale aura marqué les mois de l’été 2017 et sera en grande partie symbolisé par la lenteur des réactions des autorités sanitaires et le manque de transparence, notamment en France. Début août, les magasins « Aldi » en Allemagne retirent de leurs rayons des œufs en provenance des Pays-Bas. Rapidement, il s’avère que ces œufs ont été contaminés au Fripronil. En France, plusieurs centaines de milliers d’œufs contaminés ont également été importés et transformés dans divers produits de grande consommation. En dépit des taux élevés de contamination, les autorités françaises n’ont cessé de minimiser l’ampleur du scandale.

Utilisé dans des produits vétérinaires, le Fipronil est pourtant interdit d’usage pour les animaux qui entrent dans la chaîne alimentaire humaine. Suite au scandale, certaines ONG, notamment FoodWatch ont pointé que le système de traçabilité européen n’était toujours pas fiable, et ce malgré des promesses politiques répétées allant en ce sens.

Une jument avec une jambe cassée. Selon les vétérinaires, elle aurait déjà du être euthanasiée il y a longtemps pour abréger ses souffrances. Source : Animal Welfare Foundation (screenshot).

2015 – 2017 : Des chevaux maltraités, vidés de leur sang au profit de l’industrie de l’élevage français

Deux ONG ont mené une enquête exclusive entre mars 2015 et avril 2017 sur les “fermes à sang” en Argentine et en Uruguay. Ces industries de l’horreur exploitent des juments pour leur extraire une hormone particulière, uniquement sécrétée lorsqu’elles sont gestantes. Les industries pharmaceutiques et les élevages français et européens s’arrachent cette hormone à prix d’or sans vraiment se soucier de la provenance.

Les images révélée dans les ONG font froid dans le dos. On y voit des juments affamées, blessées, terrorisées, et parfois même à l’agonie sur le sol. Des vidéos montrent les chevaux avec des plaies ouvertes et infectées, des membres cassés, ainsi que des signes notoires de panique et de folie (balancements, la tête frappée contre les palissades…). Jusqu’à deux fois par semaine, la jument gestante se voit enfoncer une canule dans la jugulaire pour prélever jusqu’à 10 litres de sang, soit l’équivalent de 2 litres pour un homme de 80 kilos. Tortures physiques et mentales, avortements forcés, saignées, ces animaux souffrent le martyr au bénéfice de l’élevage européen.

2013 : Des lasagnes pure bœuf à la viande de cheval

Début 2013, les autorités de contrôle sanitaires britanniques relèvent que des barquettes de Lasagne « pur Bœuf, produites en Irlande », contiennent de la viande de cheval. Rapidement, le scandale s’étend au reste de l’Europe alors que le groupe agro-alimentaire suédois « Findus » communique également à propos de la présence de viande de cheval dans ses lasagnes.

L’entreprise qui a transformé les produits incriminés se trouve en France : il s’agit de Comigel. Ses plats préparés sont vendues par 28 enseignes dont Picard, Carrefour, Auchan, Monoprix, dans 13 pays. Elle obtient sa viande auprès de Spanghero également situé en France. Cette dernière est rapidement accusée d’avoir modifié les étiquettes de lots de viande de cheval roumaine en « pur bœuf origine EU ». Le scandale concerne pas moins de 750 tonnes de viande équine.

Ce sandale aura fait coulé beaucoup d’encre non seulement parce qu’il aura mis en lumière la complexité des circuits d’approvisionnement alimentaires, mais aussi parce qu’il aura participé à décrédibiliser, aux yeux du consommateur, la grande distribution et les produits transformés qu’elle propose.

2012 : Des tartelettes IKEA aux matières fécales

Les autorités sanitaires chinoises annoncent avoir décelé des taux élevés de bactéries coliformes dans des tartelettes au chocolat vendues par IKEA, ce qui témoigne d’une contamination fécale. À la suite de ce bad buzz, le géant suédois retire rapidement ces produits de la vente dans 23 pays.

2011 : Des steak au E. Coli

Dans le nord de la France, 7 enfants sont infectés par la bactérie E. Coli. Les éléments réunis par les enquêteurs établissent le lien avec la consommation de steak de la marque « Steak country ». Certains des enfants touchés resteront handicapés à vie. Le producteur a été condamné à deux ans de prison ferme. À peine quelques mois plus tôt, des graines germées produites en Allemagne avaient fait l’objet d’une contamination similaire.

2008 : En Chine, de la mélanine dans le lait en poudre

De la mélanine, un produit qui entre dans la composition de la colle, est découvert dans des lots de laits infantiles en poudre en Chine. 300.000 bébés tombent malade et au moins 6 décèdent, d’après les chiffres communiqués.

Photographie : Chine / REUTERS

1999 : Du poulet aux dioxines

En 1999, les éleveurs s’alertent de la mortalité élevés des poulets en Belgique. Les analyses démontrent une contamination importante aux dioxines, à des taux dépassant jusqu’à 100 fois les normes. La nourriture administrée aux bêtes est rapidement pointée du doigt.

Alors que les dioxines sont particulièrement nocives pour la santé humaine, les scientifiques estiment que ce scandale aurait potentiellement été la cause de 20.000 cas de cancer en Belgique.

1996 : La maladie de la vache folle

Probablement le scandale alimentaire le plus visible et médiatisé. Le premier cas connu de « vache folle » (encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) remonte à 1986 au Royaume-Uni. Cette maladie cause la dégénérescence mortelle du système nerveux central. Les causes de son développement sont à rechercher dans l’alimentation des bêtes, qui sont nourries en partie de « farines animales », c’est à dire de carcasses et d’abats d’animaux.  Environ 200.000 bovins ont été contaminés.

En 1996, on observe les premiers cas de transmission à l’homme par l’intermédiaire de la consommation de viande. Suite à cette révélation, des centaines de milliers de bovins sont abattus et la Grande-Bretagne se voit imposer un embargo sur sa viande de bœuf. Officiellement, 204 personnes meurent de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. À la suite du scandale il est interdit de nourrir les animaux d’élevage à partir de farines animales. Mais la pratique est à nouveau autorisée par l’Union européenne depuis 2013 en ce qui concerne les élevages de poissons. Business is business.

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