Dans quelques jours, ce sera Pâques. Et qui dit Pâques, dit (sur)consommation de chocolat transformé sur une courte période. Or, derrière le marketing alléchant des grands industriels, il y a avant tout une industrie très peu éthique : l’industrie du cacao. Avant d’acheter vos prochains chocolats, nous vous invitons alors à réfléchir sur l’impact écologique et social de la filière de cacao à travers le monde. 

Qui dit Pâques, dit (sur)consommation de chocolat, principalement industriel et transformé. Or, avant d’acheter vos prochains chocolats, nous vous invitons à réfléchir sur l’impact écologique et social de la filière de cacao à l’échelle mondiale. D’un côté, six grands industriels (Mars, Nestlé, Ferrero, Mondelez International, Hershey,  Lindt & Sprüngli), possèdent 55% du marché mondial – entre 80 et 100 milliards de dollars par an. De l’autre, des millions de petits producteurs, s’échinent toute l’année pour moins de deux dollars par jour afin de fournir la matière première.

L’industrie du cacao, c’est avant tout un marché d’inégalités. Alors que l’Afrique de l’Ouest représente la première région productrice au monde, à hauteur de 70% de la production mondiale, l’Afrique ne consomme que 3% de la production de fèves de cacao. Tandis que l’Europe en consomme 48%. L’industrie européenne du chocolat est la plus grande au monde : à titre d’exemple, un français consomme 7.6kg de chocolat par an, soit l’équivalent d’une tablette et demi de chocolat par personne par semaine ! Or, pour satisfaire nos papilles, ce sont chaque année des milliers d’hectares de forêts naturelles qui sont déboisées, des sols et de l’eau pollués ainsi que des petits producteurs exploités. Le Bureau d’Analyse Sociétale pour une Information Citoyenne le dévoilait en 2016, dans son étude « La face cachée du chocolat » : cette consommation a un impact social et environnemental conséquent. Explications. 

Une empreinte écologique considérable

« Pour la première fois depuis les années 1970, des craintes ont été exprimées, en particulier par l’industrie du cacao et du chocolat, concernant l’incertitude d’une offre suffisante de cacao », soulignait le rapport annuel de l’Organisation Internationale du Cacao en 2015. Ces craintes s’expliquent notamment par l’impact écologique de l’industrie du cacao. 70% de la production mondiale de cacao provient d’Afrique de l’Ouest, dont 45% de la Côte d’Ivoire à elle seule. Or, entre déforestation, pollution et assèchement des sols, l’industrie du cacao représente une réelle menace pour l’environnement.

L’industrie du cacao est la première cause de déforestation en Côte d’Ivoire et au Ghana. En Côte d’Ivoire, le taux de déforestation atteint 93% dans 7 des 22 espaces protégés du pays. L’étude du Basic estime qu’environ 13 millions d’hectares ont disparu depuis les années 1960, en partie à cause du cacao, soit 80 % de la forêt ivoirienne originelle.


Le rapport de Mighty Earth nomme ce phénomène les « forêts squelettes ». Et ce n’est pas sans conséquence sur les écosystèmes. Selon France Nature Environnement : 

«  La déforestation est synonyme de perte d’habitat pour l’éléphant de Côte d’Ivoire. Cette perte est la deuxième cause de disparition de l’espèce, après le braconnage. Et l’éléphant n’est pas la seule victime. Ces forêts tropicales denses qui disparaissent sont normalement le lieu de vie de chimpanzés, d’hippopotames nains, d’écureuils volants, de pangolins, de léopards et de toute une myriade d’espèces animales et végétales qui vivent dans et grâce à cette luxuriante jungle.»

La déforestation liée à l’industrie du cacao constitue aussi un catalyseur du réchauffement climatique. Puisque les forêts retiennent le CO2, leur destruction provoque un important relâchement de carbone dans l’air. Cette situation mène à l’estimation suivante : produire 1 kilo de cacao brut équivaut à 3.8kgs de CO2. A titre de comparaison, sachant qu’une voiture relâche en moyenne 0.13 kg de CO2 par km parcouru, 1 kilo de cacao brut équivaut à un trajet en voiture de 29 kilomètres.

Mais ce n’est pas tout. En plus d’accélérer le dérèglement climatique, l’industrie du cacao est très gourmande en eau ; dans des pays producteurs où l’accès à l’eau potable est encore limité. Une tablette de chocolat requiert 3 400 litres d’eau pour être produite ! 

Une grande partie des chocolats en grande surface, notamment ceux vendus par les six grands industriels cités plus haut, sont composés d’huile de palme. Or la production d’huile de palme est dévastatrice pour l’environnement, même quand elle est déclarée « durable ». Par ailleurs,  l’industrie du cacao abuse bien souvent d’intrants chimiques agressifs, provoquant ainsi une forte pollution des sols et des menaces en terme de santé. Afin de maintenir leurs rendements et leurs revenus, conséquence de la pression des marchés internationaux sur la matière première, les producteurs sont souvent contraints de recourir à ces produits pour maintenir la tête hors de l’eau

Il est également important de se rappeler toutes les étapes nécessaires à la transformation des fèves de cacao en chocolat. Ce dernier est un produit très transformé, mais pourtant peu cher et très accessible en Europe. Or ce sont les petits producteurs qui font les frais d’un si petit prix dont une très grande partie est par ailleurs accaparée par la marque.

Des producteurs en situation de précarité

Ce sont des petits producteurs qui cultivent le cacao que nous consommons au quotidien. Or, ils sont bien souvent sous-payés par les grands groupes industriels, notamment parce-qu’ils n’ont pas connaissance du prix sur le marché. Pour une tablette de chocolat conventionnelle, seulement 4% à 7% du prix final revient au producteur, tandis que le revendeur touche environ 44 % et l’artisan chocolatier 35% (selon l’Organisation Internationale du Cacao). La majorité des producteurs a donc une situation particulièrement précaire : à titre d’exemple, cinq millions d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté en Côte d’Ivoire

Infographie quant à la production mondiale de cacao, 2015 / Crédits : Organisation Internationale du Cacao

Afin d’augmenter leurs revenus, les producteurs ont recours à une logique de productivité, et notamment à l’usage d’intrants chimiques nocifs pour leur santé et au travail des enfants. Un journaliste de FranceTV, Miki Mistrati, a enquêté sur le terrain. Ses découvertes sont révélées dans un article édifiant, lequel lève le voile sur les conditions de travail des enfants – entre 300 000 et 1 million – qui travaillent dans les cacaoyères ivoiriennes. Ces enfants esclaves dans les plantations de cacao en Côte d’Ivoire, sont originaires du Mali, du Burkina Faso, du Niger, du Nigeria, du Togo et du Bénin. Ils sont parfois enlevés de force très jeunes, à l’insu de leurs parents, entre 12 et 14 ans. Dans le « meilleur » des cas, ils sont achetés. Dans le marché du chocolat, un enfant-esclave vaut environ 230 euros. En contrepartie de cette somme, l’enfant est exploité le plus souvent sans aucune rémunération.

Crédits : International Labour Rights Fund

Plus généralement, en Afrique de l’Ouest, le Basic souligne : 

« Plus de deux millions d’enfants travaillent dans la filière cacao. Beaucoup se retrouvent dans des conditions de travail dangereuses car ils appliquent des intrants chimiques ou manipulent des machettes. »

Bien que les six grands industriels du chocolat le nient, c’est un fait : la production mondiale de chocolat implique le travail des enfants et un désastre écologique majeur. En 2015, trois plaintes collectives pour traite et travail forcé des enfants dans les plantations de cacao en Côte d’Ivoire ont été déposées contre les groupes Nestlé, Mars et Hershey’s, auprès d’un cabinet spécialisé dans le droit des consommateurs en Californie (Etats-Unis).

Or, la production de cacao, c’est aussi l’accentuation des inégalités entre les hommes et les femmes. Oxfam l’affirme : les exploitations de cacao, souvent détenues par des hommes, nourrissent aussi les inégalités de genre. À l’instar des enfants, les femmes sont exploitées et sous-payées. Quand elles entreprennent des projets de production équitables, elles ne sont pas autant soutenues par les autorités que leurs homologues masculins.

Ainsi, « La déforestation, le travail des enfants et l’insécurité alimentaire sont les trois principaux impacts que la filière du cacao engendre sur les petits producteurs et leurs familles », explique le Basic. Ces dommages causés dans les pays de production sont la contrepartie sociale et environnementale de la valeur économique créée par la production du cacao. L’étude a chiffré ces dommages, ou « coûts sociétaux », c’est à dire « l’ensemble des pertes et dépenses, directes et indirectes, présentes et futures, qui sont supportées par des tiers ou la collectivité dans son ensemble du fait des impacts sociaux, sanitaires et environnementaux des modes de production et de consommation ». Et le résultat est sans appel : pour un euro de valeur créée, la filière cacao-chocolat génère 77 centimes de coûts sociétaux en Côte d’Ivoire et 37 centimes de coûts au Pérou.

Une industrie profondément capitaliste

Les estimations du Basic le montrent : l’impact environnemental et social de l’industrie du cacao est moins importante pour le cacao dit « durable » ou « équitable ». Acheter du chocolat certifié, plus cher, serait alors une manière de rémunérer plus justement les petits producteurs. Autrement dit, acheter moins mais mieux

Or, consommer responsable, c’est aussi penser au fait que nous, consommateurs occidentaux, avons des privilèges. Et notamment en Europe : alors que nous consommons 48% de la production mondiale de fèves de cacao, l’Afrique n’en consomme que 3%. L’Afrique de l’Ouest produit pourtant 70% de la production mondiale. Alors, pourquoi un tel écart ? La matière première, le cacao, est produite en Afrique or elle est transformée en chocolat en Europe. Le chocolat transformé est donc une denrée rare, voire luxueuse, car très chère pour le continent africain.

Marketing de Lindt pour Pâques, l’un des six grands industriels qui dominent la filière cacao au niveau mondial.

Mais, consommer responsable, c’est aussi penser à la logique capitaliste qui sous-tend la filière du cacao. La production conventionnelle amène les producteurs à organiser leur production à l’aune de la logique de productivité (intrants chimiques, travail des enfants, entre autres). Les conséquences sociales et environnementales s’ensuivent. Pourtant, les grands industriels, continuent de faire du profit sur ces injustices; et encore plus lors des fêtes de Pâques. Marketing, publicités envahissantes, production à flot… ces marques rivalisent d’idées pour donner envie au consommateur d’acheter plus, toujours plus, profitant de l’aspect quasi-addictif du chocolat. Face à ce cynisme structuré, pas d’autre choix que d’acheter du chocolat de meilleure qualité, certifié, éthique, en refusant de céder aux besoins et tentations créées par un marketing profondément capitaliste. Moins, mais mieux.

Au cours du 20ème siècle, la standardisation de la production du cacao a produit un écart considérable entre les petits producteurs et les grands groupes industriels transnationaux, qui jouissent de leur position de force pour faire pression à la baisse des prix. En conséquence, la grande majorité des producteurs vit sous le seuil de pauvreté. Ils se voient alors contraints d’user d’intrants chimiques ou bien du travail des enfants pour augmenter leurs rendements, et par la suite leurs revenus. Or cette logique de productivité ne leur profite pas, bien au contraire : ils en sont victimes. L’empreinte environnementale et sociale de la filière cacao est considérable dans les pays producteurs. Des pays producteurs qui sont pourtant de faibles consommateurs de chocolat. Cette production bénéficie majoritairement aux pays occidentaux, non producteurs. Ne serait-il donc pas temps de repenser sa consommation de chocolat ?

Le marque équitable Tony’s Chocolonely a pour objectif d’éradiquer le travail des enfants-esclaves dans l’industrie du chocolat.

Dans le prochain dossier, nous vous aiderons à y voir plus clair parmi tous ces labels dits « éthiques » dans le monde du chocolat !

Sources utilisées, pour les plus curieux d’entre vous :

-Camille Bouko-levy

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