« Tourists, go home! » : ces villes qui veulent fermer leurs portes aux touristes

Alors que, pendant très longtemps, les villes ont tout fait pour attirer les touristes en masse, multipliant les infrastructures touristiques, certaines d’entre elles cherchent désormais à inverser la tendance face aux conséquences. La raison ? Certains lieux, particulièrement prisés, ont été littéralement défigurés par le tourisme, si bien que les habitants demandent désormais aux autorités de prendre des mesures restrictives pour rendre ces espaces à nouveau vivables au quotidien, comme le rappelle la dernière vidéo d’Usul.

Des vols peu chers, le développement spectaculaire de la classe moyenne dans certaines régions du monde (notamment en Asie) et un « passe-temps » mis en avant comme un style de vie : ces dernières années, une multitude de facteurs ont contribué à la croissance rapide du tourisme. Mais à l’image de villes comme Barcelone, Amsterdam ou Venise, certaines voix s’élèvent désormais pour inverser la tendance, car ces villes, qui grouillent littéralement de visiteurs, ne sont plus agréables à vivre au quotidien. Elles se sont peu à peu transformées en parc d’attractions géant où les habitants n’ont plus leur place. Face à ce constat, Usul et son équipe (Morgane Jacob et Rémi Liechti ) mettent les pieds dans le plat et se demandent de manière volontairement provocante : « Devrions-nous, à notre tour, nous inquiéter davantage de ce « grand remplacement », que des réfugiés de l’Aquarius ? »

Difficile de le nier, l’industrie du tourisme est florissante d’un point de vue économique. Selon le dernier rapport du Conseil mondial pour le voyage et le tourisme (World Travel and Tourism Council, octobre 2018), 3,2 % du produit intérieur brut mondial est directement généré par le tourisme, en augmentation constante. Le secteur serait même lié à un emploi sur 10 dans le monde. Et ce n’est pas fini : selon l’Organisation mondiale du tourisme, le tourisme international gagnait 7% de croissance sur les quatre premiers mois de 2018 par rapport à la même période en 2017. Pour certaines villes, le tourisme est devenu un élément essentiel de leur développement économique.

Mais le revers de la médaille se fait sentir, non seulement parce que les flux incessants d’humains participent à l’augmentation des pollutions globales, mais également parce que certains lieux prisés deviennent méconnaissables, se transformant en vitrines mondialisées, vidées de leur substance culturelle, mais aussi de leurs habitants.

Tourists« Tourist go home » : ces villes qui ne veulent plus de touristes

Une décision prise par Venise en mai dernier met en lumière la problématique : la ville a mis en place des « portiques à touristes » qui seront fermés en cas d’afflux trop importants de visiteurs : seuls les locaux, en possession d’une carte prouvant leur domicile, pourront encore passer ces barrières pendant les heures de fermeture. Cette politique doit répondre aux difficultés rencontrées par la ville : la « Cité flottante », qui compte un peu plus de 250.000 habitants, accueille environ 20 millions de touristes par an. Le ratio est tout juste écrasant. Lassés par le « trop plein » permanent, 1000 habitants quitteraient la ville par an.

Mais outre le nombre écrasant de personnes qui se baladent, c’est aussi le terreau économique local qui s’en voit perturbé. Car la problématique du tourisme de masse, c’est que de plus en plus de visiteurs peuvent s’offrir un voyage de rêve sans vraiment avoir des moyens d’assumer une fois sur place. Ceci se traduit par un maximum de choix de consommation low-cost en produits industriels. Par exemple, Venise a vu arriver de nombreux fast-foods et de magasins « souvenir » de type « made in Asia ». Ils sont aujourd’hui à chaque coin de rue. Les artisans locaux ferment peu à peu leurs portes, car ne pouvant pas rivaliser avec les petits prix de la concurrence. Mais quel est le sens d’acheter un masque fabriqué dans une usine, on ne sait où, pour exprimer son amour d’une ville dont on ne soutient même pas les artisans locaux ? Outre l’architecture, veut-on visiter une ville ? Ou une énième vitrine de la mondialisation ?

La problématique n’épargne pas la France, bien que le sujet ait été traité de manière indirecte dans le débat public notamment avec les retombées sociales négatives provoquées par la multiplication des logements courte durée du type Airbnb. Pour cause, la pression du tourisme de masse fait augmenter le prix des logements, rendant pour certains la vie à long terme impossible là où ils sont pourtant nés.

Enfin, le phénomène ne touche pas seulement l’Europe. En mars dernier, le Président Philippin Rodrigo Duterte fermait pour une durée de 6 mois l’île de Boracay et ses plages tant appréciées pour leur aspect paradisiaque. Submergés par un flot continu, les lieux étaient alors jonchés de déchets et décrits par le président lui-même comme des « fosses septiques ». Alors que les plages viennent de rouvrir, après la fin de travaux qui ont permis de multiplier la capacité d’assainissement des eaux et de mettre en ordre l’offre hôtelière, l’idée de mettre en place un quota à touristes s’est également imposée : alors qu’il était parfois jusqu’à 40.000 à séjourner au même moment sur l’île, leur nombre sera désormais limité à 19.200 au même moment.

The tourist invasion - Die Touristen InvasionDes taxes qui touchent d’abord les plus démunis

Néanmoins, des décisions de ce type ne risquent-elles pas de renforcer un peu plus le côté commercial du tourisme, au risque de voir les prix exploser ? De même, la mise en place de taxes, comme l’a annoncé Amsterdam, ne doit-elle pas faire craindre d’exclure et de frustrer une nouvelle fois les personnes les moins aisées ? La situation semble presque inextricable, si ce n’est de décider individuellement de voyager autrement (d’abord moins et surtout mieux), via le stop, le train et vers des destinations moins touristiques, moins populaires et moins éloignées.

Cette forme du voyage « engagée » demande à la fois d’accepter la lenteur et de prendre le temps, mais permet aussi de s’ouvrir aux autres par exemple en demandant à être logés chez les habitants rencontrés sur le chemin ou en faisant des haltes pour faire du wwoofing, bref, participer à l’économie locale du lieu visité véritablement, autrement qu’en achetant des « goodies made in China » et une bouteille de Coca. Une chance, certainement de véritablement découvrir les cultures et arts locaux, loin des hypercentres touristiques dont l’unique objectif est aujourd’hui de satisfaire les acteurs économiques du juteux business du tourisme.

Crédit image : Mr Mondialisation

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