Depuis 1972, la « famille arc-en-ciel » cultive un mode de vie alternatif

Héritée des années 1970, la Rainbow Family of Living Light est une communauté qui a fait le choix radical de se retirer des modèles sociétaux occidentaux. Ici, pas de hiérarchie, mais une communauté nomade qui prône la non-violence et l’égalitarisme. Le respect de la terre et des animaux, incarné dans une alimentation bio et végétarienne, fait aussi partie de leurs principes. Retour sur l’histoire et l’essence d’une communauté dans la tradition purement hippie.

Paix, amour et anarchie 

Le premier rassemblement, ou « Rainbow gathering » a eu lieu en 1972, dans le Colorado, alors que l’idéologie hippie faisait son chemin à travers l’Amérique. Se revendiquant comme la « plus grande non-organisation de non-membres au monde », elle a depuis acquis une certaine renommée et continue d’organiser des rassemblements à travers le monde. Ainsi, chaque juillet, la « Rainbow family » se rassemble dans une des nombreuses forêts du territoire américain, réunissant jusqu’à 20 000 personnes venant d’horizons aussi larges. Ensemble, ils souhaitent échapper à « Babylone », comprenez la société mainstream et son trio produire-consommer-jetter, pendant quelques jours ou plus, si affinité.

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Les premiers membres avaient érigé en principes fondamentaux l’aspiration à l’amour, la compassion, la paix, la non-violence et l’écologie, mais aussi l’absence de toute hiérarchie et la création d’une communauté fondée sur l’égalité de tous. C’est pourquoi aujourd’hui encore les communautés de la « Rainbow family » sont des communautés nomades, qui espèrent ainsi éviter l’installation de rapports d’autorité et de supériorité. Éloignés des désirs consuméristes (conséquence lointaine de la sédentarisation), qu’ils rejettent en tant que tels, les membres de cette famille hors du commun souhaitent également rompre avec le capitalisme et les médias de masse.

Leur mode de vie, quant à lui, est censé s’inspirer directement de la tradition amérindienne, avec une spiritualité orientée vers le partage, la convivialité et la communion avec la nature. Ainsi, avant chaque repas a lieu une célébration et une prise de parole, moment de débat et d’expression pour tous les membres.

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Un sujet de curiosité et de critiques

Mais ces dernières années les rassemblements de la « famille arc-en-ciel » ont été entachés du manque de civisme de certains de ses membres. Ainsi, alors qu’auparavant les affrontements avaient surtout lieu entre les membres de la communauté et les autorités, le rassemblement attire aujourd’hui une population éclectique venue pour profiter d’une ambiance de festival. Ainsi, dans un article de VICE publié en 2014, on apprend que des incidents ont eu lieu au cours de plusieurs éditions ces dernières années aux Etats-Unis. Certaines personnes, profitant de l’anonymat conféré par la masse, profitent du rassemblement pour « piller » les riverains ou faire un usage exagéré de drogues. Les blessés sont courants.

Des incidents importés de l’extérieur et déplorés par la communauté, qui revendique un non-usage de quelque drogue que ce soit, douce ou dure, et prône la bienveillance et la paix entre chaque individu. D’autres détracteurs du mouvement affirment que la « Rainbow family » serait un mouvement sectaire. Or il n’en est rien, la « non-organisation » ne revendiquant aucun leader ni guru, ni récolte de fonds. Une particularité qui a longtemps empêché les autorités farouches au mouvement de négocier les conditions du festival ou de faire pression sur un potentiel chef.

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Une philosophie victime de sa popularité

Cependant, comme tout mouvement se voulant révolutionnaire, il n’est pas étonnant de voir certaines personnes coller des étiquettes ou nuire à l’image de la communauté. La popularité des rassemblements, également, est sans doute à l’origine d’une dilution des principes fondateurs, recyclés pour faire des « Rainbow Gatherings », une sorte de Burning man libéré des contraintes d’un grand festival.

Les puristes du mouvement déplorent aussi la « digitalisation » du mouvement, et le fait que la communication sur les réseaux sociaux et internet aient remplacé les tracts et les cartes imprimées envoyées par la poste pour annoncer l’endroit du rassemblement. Par conséquent, l’évènement devient peu à peu une rencontre touristique comme une autre. Cependant, les membres continuent à lutter contre cette récupération

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Si vous vous interrogez toujours sur l’essence de cette communauté, le Québécois Benoit Paillé a photographié la Rainbow Family, au cours des rassemblements, qu’il fréquente depuis plus de sept ans. Une documentation rare et produite de l’intérieur, les appareils photos étant souvent bannis de ces rassemblements. Ses photos sont trouvables sur Behance.

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Sources : Page Facebook de la Rainbow Family / The-other.info / Vice.com / Photographies : Benoit Paillé