En février dernier, Mathieu Coste-chareyre montrait qu’en l’absence de système d’assainissement pour une partie des eaux usées de sa petite commune de Savoie, les eaux des ménages étaient directement rejetées dans une rivière. Quelques semaines plus tard, il publie une étude bactériologique qui expose les conséquences sanitaires de cette pollution. (Maj 22 mai 2018)


Interpellé par une rumeur selon laquelle les eaux usées de sa commune – Arvillard en Savoie – n’étaient pas traitées et directement déversées dans une rivière (le Bens) non loin, Mathieu Coste-Chareyre s’est livré en février dernier à une expérience osée, mais nécessaire. En mettant un colorant dans ses toilettes, il a pu démontrer que l’eau qui s’écoule dans son lavabo ressort quelques minutes plus tard par une simple canalisation qui alimente le petit cours d’eau voisin. La vidéo postée en témoigne : dans sa commune, une partie des les eaux usées ne sont pas traitées et sont déversées directement dans la nature. « Je n’y croyais pas, c’était trop gros pour être vrai », réagissait sur sa page Facebook Mathieu Coste-chareyre à l’origine de l’expérience.



Des images marquantes, mais nécessaires

« On m’avait dit que les eaux usées de la moitié du village se jetaient dans la rivière (le Bens) sans procédé d’assainissement. En 2019, je n’y croyais pas, c’était trop gros pour être vrai ! Surtout qu’au regard de la loi, c’est interdit (code général des collectivités territoriales, code de l’environnement). Avec des amis, nous avons voulu vérifier… Nous avons fait une petite expérience reproductible à l’aide d’un traceur (colorant) et nous n’avons pas été déçus ! », raconte l’internaute dans une publication partagée plus de 1800 fois sur Facebook et accompagnée d’une vidéo et de photos afin d’illustrer son expérience. Au téléphone, il nous explique qu’avec cette vidéo, il « souhaite faire prendre connaissance de cette réalité qui concerne essentiellement les petites communes ».

Comme le pointe l’habitant de la commune, l’absence de traitement pose un vrai problème sanitaire et écologique, puisque ce défaut implique que les produits que les ménages utilisent dans leurs salles de bain, toilettes et cuisines finissent directement dans la nature, contribuant à polluer l’environnement. « Imaginez, tous les polluants divers et variés qui partent directement dans notre cours d’eau : eau de Javel, Destop, produits vaisselle, lessives, etc… », s’insurge ainsi Mathieu Coste-chareyre. Et pourtant, pointe l’intéressé, il s’acquitte comme tout le monde de la redevance sur l’assainissement et la modernisation des réseaux. Difficile de balayer l’argument d’un revers de la main. On notera au passage que la substance utilisée pour l’expérience, la fluorescéine, n’a aucune répercussion négative sur l’environnement.

8 minutes, sans traitement, le produit se retrouve dans la nature. Crédit image : Mathieu Coste-chareyre

L’intercommunalité s’explique

Interpellé à propos des images, le maire de la Commune a botté en touche, renvoyant la responsabilité à l’intercommunalité. Béatrice Santais, présidente de l’intercommunalité Cœur de Savoie qui est responsable de l’assainissement sur le territoire dont Arvillard fait partie, explique au Dauphiné que les travaux pour la commune concernée n’ont pas encore été entièrement réalisés, mais pourraient débuter d’ici 2020. Du conditionnel, donc. La responsable avance que selon les études qui ont été faites, les travaux à réaliser sont compris entre 720 000 et 1 million d’euros, des chiffres à mettre en perspective avec la taille de commune qui n’accueille que 900 habitants.

Interpellé par la réaction des autorités publiques qui se sont mutuellement rejeté la responsabilité et qui ont mis en doute l’étendue des pollutions, Mathieu Coste-Chareyre a décidé de financer une analyse des eaux auprès d’un laboratoire. Le tout à ses propres frais. « Nous n’avons pas été déçus. La pollution est maintenant prouvée », rapporte-t-il. Les résultats de cette analyse mettent en effet en lumière une présence importante de bactéries Escherichia coli, dans des concentrations 13 fois plus élevées que ce que serait autorisé pour des eaux de baignade. La concentration en Entérocoques, une autre bactérie présentes dans les fèces, est quant à elle environ 160 fois plus élevée que que serait autorisé pour des eaux de baignade. De quoi poser des questions d’ordre sanitaire.

Faute de moyens, l’analyse n’a pas été étendue à certaines pollutions, comme celles à l’eau de javel ou autres produits ménagers. « ll y a bien une pollution liée au fait que les eaux usées sont rejetées sans aucun traitement dans la rivière. Comme nous le supposions, un risque sanitaire existe à l’endroit ou nous avons fait les prélèvements », conclut néanmoins Mathieu Coste-Chareyre, preuve à l’appui. Mais selon la dernière Lettre d’information de la collectivité, les travaux de mise aux normes du système d’assainissement devraient encore s’étaler sur plusieurs années en raison des coûts des travaux et de la topographie de la commune.

Mais l’affaire pointe néanmoins de manière légitime la problématique de la pollution des cours d’eau faute de système adéquat pour assainir les eaux usagées. Elle met également en lumière un autre problème, celui des produits employés dans les foyers et qui, assainissement ou non, participent à augmenter la facture écologique. Le témoignage de Mathieu Coste-Chareyre encourage également à réfléchir d’urgence à nos systèmes d’évacuation, comme les toilettes, qui contribuent à polluer des quantités importantes d’eau, alors que des alternatives comme les toilettes sèches existent.  Au téléphone, Mathieu Coste-Chareyre nous explique qu’il espère justement « interroger chacun à propos des polluants qu’il rejette depuis son domicile ».

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