En France, au 21eme siècle, toutes les communes ne disposent pas toujours d’un système d’assainissement des eaux usées, si bien que les eaux usagées des foyers sont, selon les cas, rejetées tout simplement dans les cours d’eau les plus proches. C’est ce qu’illustre une vidéo postée sur les réseaux sociaux par un habitant qui souhaite tirer la sonnette d’alarme.


Interpellé par une rumeur selon laquelle les eaux usées de sa commune – Arvillard en Savoie – n’étaient pas traitées et directement déversées dans une rivière (le Bens) non loin, Mathieu Coste-Chareyre s’est livré à une expérience osée mais nécessaire. En mettant un colorant dans ses toilettes, il a pu démontrer que l’eau qui s’écoule dans son lavabo ressort quelques minutes plus tard par une simple canalisation qui alimente le petit cours d’eau voisin. La vidéo postée en témoigne : dans sa commune, les eaux usées ne seraient pas traitées et sont déversées directement dans la nature. « Je n’y croyais pas, c’était trop gros pour être vrai » exprime sur sa page Facebook Mathieu Coste-chareyre à l’origine de l’expérience.



Des images marquantes mais nécéssaires

« On m’avait dit que les eaux usées de la moitié du village se jetaient dans la rivière (le Bens) sans procédé d’assainissement. En 2019, je n’y croyais pas, c’était trop gros pour être vrai ! Surtout qu’au regard de la loi, c’est interdit (code général des collectivités territoriales, code de l’environnement). Avec des amis, nous avons voulu vérifier… Nous avons fait une petite expérience reproductible à l’aide d’un traceur (colorant) et nous n’avons pas été déçus ! », raconte l’internaute dans une publication partagée plus de 1800 fois sur Facebook et accompagnée d’une vidéo et de photos afin d’illustrer son expérience. Au téléphone, il nous explique qu’avec cette vidéo, il « souhaite faire prendre connaissance de cette réalité qui concerne essentiellement les petites communes ».

Comme le pointe l’habitant de la commune, l’absence de traitement pose un vrai problème sanitaire et écologique, puisque ce défaut implique que les produits que les ménages utilisent dans leurs salles de bain, toilettes et cuisines finissent directement dans la nature, contribuant à polluer l’environnement. « Imaginez, tous les polluants divers et variés qui partent directement dans notre cours d’eau : eau de Javel, Destop, produits vaisselle, lessives, etc… », s’insurge ainsi Mathieu Coste-chareyre. Et pourtant, pointe l’intéressé, il s’acquitte comme tout le monde de la redevance sur l’assainissement et la modernisation des réseaux. Difficile de balayer l’argument d’un revers de la main. On notera au passage que la substance utilisée pour l’expérience, la fluorescéine, n’a aucune répercussion négative sur l’environnement.

8 minutes, sans traitement, le produit se retrouve dans la nature. Crédit image : Mathieu Coste-chareyre

L’intercommunalité s’explique

Interpellé à propos des images, le maire de la Commune a botté en touche, renvoyant la responsabilité à l’intercommunalité. Béatrice Santais, présidente de l’intercommunalité Cœur de Savoie qui est responsable de l’assainissement sur le territoire dont Arvillard fait partie, explique au Dauphiné que les travaux pour la commune concernée n’ont pas encore été entièrement réalisés mais pourraient débuter d’ici 2020. Du conditionnel, donc. La responsable avance que selon les études qui ont été faites, les travaux à réaliser sont compris entre 720 000 et 1 million d’euros, des chiffres à mettre en perspective avec la taille de commune qui n’accueille que 900 habitants.

Mais l’affaire pointe néanmoins de manière légitime la problématique de la pollution des cours d’eau faute de système adéquat pour assainir les eaux usagées. Elle met également en lumière un autre problème, celui des produits employés dans les foyers et qui, assainissement ou non, participent à augmenter la facture écologique. La vidéo encourage également à réfléchir d’urgence à nos systèmes d’évacuation, comme les toilettes qui contribuent à polluer des quantités importantes d’eau alors que des alternatives comme les toilettes sèches existent.  Au téléphone, Mathieu Coste-Chareyre nous explique qu’il espère justement « interroger chacun à propos des polluants qu’il rejette depuis son domicile ». 

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