En 2016, le magazine 60 millions de consommateurs rendait publique la présence de produits toxiques dans les protections féminine. Depuis, les progrès se font attendre, alors même qu’avoir accès à des serviettes et des tampons de bonne qualité relève de la dignité, du bien-être, de la santé et de l’autonomie de chaque jeune fille et femme.

Ces dernières années, plusieurs scandales ont éclaté autour de la composition des protections hygiéniques. En 2016, le magazine « 60 millions de consommateurs » a passé au peigne fin la composition de marques de références en matière de tampons et de protège-slips, avec un résultat alarmant. Sur les onze références testées, 5 contenaient des résidus de substances potentiellement toxiques. À tel point que le centre d’essais du magazine a retrouvé du glyphosate dans un produit d’une marque estampillée bio. Les taux sont faibles cependant, mais aucune étude ne prouve l’innocuité de ces produits lorsqu’ils sont mis en contact avec les muqueuses vaginales durant de nombreuses années. Le consommateur prend donc un risque, sans en avoir pleinement conscience.

Malgré une pétition en ligne regroupant plus de 300 000 signatures et les recommandations d’un rapport de l’Agence de sécurité sanitaire (Anses) en 2018, le magazine « 60 Millions de consommateurs » alerte encore sur la difficulté d’obtenir la composition précise de ces produits. L’Anses le mentionne pourtant noir sur blanc : « Des manifestations d’irritation, d’intolérance, d’allergie, voire de microtraumatisme sont décrites ». Pourtant, encore aujourd’hui, seule la moitié des références mises à l’essai mentionnent leur composition. Pour l’autre moitié, il faudra faire confiance aveuglement aux industriels. Notons que la France bénéficie d’un flou législatif qui ne contraint pas les fabricants à donner la composition des produits d’hygiène.


Des multinationales et des tabous

Le marché de l’hygiène féminine est stable et juteux ; en 2016 il touchait la barre des 30 milliards de dollars selon Courrier International. C’est l’équivalent d’un quart des bénéfices de l’industrie automobile mondiale en 2014. En France, les mobilisations de 2015 ont permis de faire passer la TVA de 20 % (produits de luxe) à 5,5 % (produits de première nécessité). Victoire de courte durée. L’impact sur les prix ne s’est pas senti, et les multinationales continuent de faire payer le prix fort, transformant une suppression de taxe en nouveau profit.

Autre chiffre interpelant : une personne menstruée jetterait entre 10 000 et 15 000 serviettes et tampons au cours de sa vie. Cela représente un budget entre 1 500 et 2 000 euros, mais à cela il faut ajouter les autres coûts annexes : les antidouleurs, les sous-vêtements abîmés, les jours de travail manqués, etc. En tout, avoir ses règles coûterait 20 000 euros dans une vie selon les estimations. Ajoutez à cela que les produits d’hygiène féminine les plus consommés mettent 500 ans à se dégrader dans l’environnement, et vous voilà face à une des industries les plus polluantes au monde selon Greenpeace.

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Les menstruations sont encore un tabou et un facteur de précarité, autant à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’Union européenne, ce qui semble limiter l’évolution des mœurs vers des alternatives durables. Dans de nombreuses régions du monde, les jeunes filles et les femmes ont peu ou pas d’accès à des produits d’hygiène féminine et doivent utiliser des chiffons, des feuilles ou encore des bottes d’herbe. Durant cette période, elles sont considérées comme « contaminées », « souillées » ou « impures ». Elles ratent des jours d’école ou de travail par manque d’argent pour se procurer des serviettes ou des tampons, pour éviter ces jugements en cas d’accident, voire parfois parce qu’il n’existe aucune structure où elles peuvent se débarrasser de leurs protections utilisées. Elles reçoivent aussi peu d’informations sur leur cycle menstruel et la façon de l’appréhender.

Ces stigmatisations ne s’arrêtent pas aux frontières de l’Europe. Certaines femmes en difficultés financières, vivant en prison, dans la rue ou avec des minimas sociaux, rencontrent un phénomène de précarité menstruelle. C’est à dire, un manque d’accès à des produits d’hygiène menstruelle élémentaires. En 2018 l’Organisation mondiale de la Santé tenait à Bonn un sommet sur l’eau, l’assainissement et l’hygiène dans les écoles. Il a été reconnu qu’il existait encore des inégalités en matière d’hygiène menstruelle, un sujet directement lié à la dignité et au bien-être des femmes et des jeunes filles. En Europe, la première publicité où un liquide rouge est versé sur des protections périodiques, au lieu d’un liquide bleu, date seulement de 2017. Une approche originale qui permet de briser le tabou des règles, cette chose pourtant essentielle à l’humanité.

Des alternatives variées et adaptées à chaque personne

Grâce aux lanceurs d’alerte et aux progrès dans l’accès à l’information, de plus en plus de solutions alternatives ou complémentaires sont accessibles. Il existe de plus en plus de produits à usages uniques totalement bio, dont les ingrédients sont tracés pour chaque partie. Pour les personnes intéressées par le réutilisable, les cups, les serviettes et les sous-vêtements lavables fleurissent sur le marché. L’investissement initial est plus important, mais le rendement sur le long terme est bénéfique, aussi économique qu’écologique. Ces méthodes ne demandent pas de changement drastique dans les habitudes de vie : les serviettes et les sous-vêtements se rincent à l’eau froide avant de les laver avec le reste du linge. La cup demande d’être plus à l’aise avec son corps, et doit être bouilli régulièrement pour la garder saine. Il est aussi possible de coudre ses sous-vêtements de menstruations soi-même, des tutoriels sont aujourd’hui facilement trouvables en ligne. D’autres techniques, comme le flux libre, demandent de la pratique et de la maîtrise de soi, mais permettent de ne plus avoir à utiliser de protection du tout.

L’accès à des produits d’hygiène menstruelle à un coût décent et à de l’information est fondamental pour que les femmes et les jeunes filles se sentent bien dans leur corps et libres de participer à la vie de la société. Le 28 mai a été élu journée mondiale de l’hygiène menstruelle pour rompre le silence et ouvrir le dialogue. En améliorant leurs connaissances sur leur menstruation et en maîtrisant les produits d’hygiène qu’elles utilisent, elles peuvent protéger leur santé, leur environnement, et gagner en autonomie. Reste à faire évoluer les structures des sociétés à l’essence toujours patriarcale. De quoi souvent générer une marée réactionnaire et négationniste. Jusqu’à quand ?

Female sex organs


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Sources : 60millions-mag.com / 60millions-mag.comlexpress.fr /courrierinternational.comlemonde.fr / oppec.freuro.who.int / plim.frbetterthan-butter.blogspot.com /

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