Extraire de l’or de manière propre ? C’est l’objectif d’un nouveau label éthique

Crédit Fairmined @ARM

À l’heure où le citoyen se rend de plus en plus compte que son pouvoir passe par sa consommation, voilà une problématique dont on ne parle que trop peu : le terrible impact du secteur minier de l’or et des matériaux précieux. Il est l’un des plus polluants et éthiques au monde. Financement des conflits, travail des enfants, dégâts environnementaux et sur la santé des travailleurs, impacts sur les communautés locales… En dépit des dérives importantes du secteur, beaucoup consomment bijoux et produits technologiques à base d’or sans y faire attention. Car si la consommation eco-responsable s’est démocratisée en ce qui concerne les domaines alimentaire et textile, elle reste encore à se développer dans d’autres secteurs. Des initiatives voient timidement le jour et œuvrent en ce sens, c’est le cas du label Fairmined, qui permet aux artisans utilisant de l’or de s’insérer dans une filière plus juste et respectueuse.

Crédit Fairmined @Manuela Franco

Une industrie aurifère meurtrière 

Depuis des siècles, l’extraction aurifère est synonyme d’innombrables catastrophes humaines, sociales et écologiques. Un réel impact environnemental tout d’abord, puisque les scientifiques s’accordent à dire que nos ressources en or (comme en argent) seront épuisées dans quelques décennies si la production reste constante. Une extraction irraisonnée, très peu réglementée et dont le coût environnemental est sans précédent. De plus, la raréfaction de ces ressources, loin de remettre en question notre production, a entraîné de véritables surcoûts énergétiques puisque l’enjeu est maintenant d’améliorer son outillage pour pouvoir permettre une extraction souterraine plus profonde. À cela s’ajoute le problème non-négligeable de la déforestation, de l’utilisation massage de l’eau et de la pollution des sites par l’intervention de produits chimiques (mercure, cyanure de sodium) pour la récupération des matériaux.

L’industrie aurifère est également connue pour ses conditions de travail inhumaines dans les mines, avec un impact social terrifiant. Les filières illégales, plus nombreuses, entraînent des impacts importants sur la santé des miniers, bien souvent des enfants, entre contamination chimique, dangers inhérents au travail souterrain et implication dans des filières criminelles. Un orpaillage souvent illégal, qui, nous le savons, a souvent financé des économies parallèles et guerres civiles, principalement en Afrique. Pendant ce temps, le consommateur occidental en bénéficie, que ce soit à travers l’achat de bijoux ou de technologies (smartphones, ordinateurs,..) souvent sans même en avoir conscience.

Crédit Fairmined @Sam

De façon générale, la flambée du cours de l’or en 2000 a donné lieu à une augmentation des acteurs illégaux, mettant en péril l’écosystème puisqu’aucun contrôle n’était possible quant aux conditions d’extraction de ces acteurs. En Guyane par exemple, cela a entraîné une forte pollution au mercure, pourtant interdit depuis 2006.

Et l’exemple de la France est également très parlant pour illustrer tout l’enjeu que représentent ces mégamines et le lobby aurifère. Depuis 2016, un projet colossal de mine d’or en Guyane, soutenu par Emmanuel Macron (alors Ministre des Finances sous Hollande) est convoité par les compagnies minières Colombus Gold (Canada) et Nordgold (Russie). Pas moins de 150 tonnes d’or seraient présentes dans cette « Montagne d’or ». S’il voit le jour, ce projet donnerait naissance à la plus grande exploitation minière industrielle en France avec une superficie de 2,5 km de long, 500m de large et 400m de profondeur. Si les deux sociétés promettent 800 emplois directs et 3000 emplois indirects durant l’exploitation de la mégamine (évaluée sur 13 ans), elle représenterait néanmoins un véritable désastre pour l’environnement.

Difficile de cacher ce que pourrait donner une politique de déforestation et d’utilisation massive d’intrants chimiques dans une zone accolée à deux réserves biologiques. Et, au delà du pillage environnemental, il semblerait même que les deux compagnies aient besoin de l’infrastructure guyanaise pour mener à bien ce projet, au détriment de la population. En fait, une telle exploitation nécessiterait par moins de 20 mégawatts d’énergie, soit la consommation totale de Cayenne, alors même que la production d’énergie semble insuffisante pour répondre aux besoins croissants de la population.

Crédit Fairmined @Manuela Franco

Une consommation responsable qui voit le jour

Face au monopole de ces mines d’exploitation industrielles, des initiatives se développent en marge. Fairmined, qui est un label de certification imposant des normes strictes, atteste de la provenance d’or produit par des mines autonomes, responsables, artisanales et à petite échelle. Un label indépendant qui rétablit de la dignité dans l’extraction aurifère. Une initiative créée par l’Alliance pour une Mine Responsable (ARM), une organisation à but non-lucratif reconnue mondialement comme chef de file et pionnière de l’activité minière artisanale responsable et à petite échelle.

Anaïs B., bijoutière artisanale française, fait partie de ces rares artisans à avoir fait le choix de travailler uniquement en or contrôlé, tracé de la mine au client. Elle nous explique ce que représente ce label pour les personnes souhaitant œuvrer dans l’industrie de manière éthique. « Étant bijoutière, c’était un vrai problème d’exercer un métier dont la matière première allait à l’encontre de toutes mes valeurs. Fairmined donne l’alternative de faire les choses bien. L’or est toujours extrait dans les mêmes régions du monde, forcément, mais les mines labellisées fonctionnent différemment. »

Et pour cause, le label interdit de faire travailler des enfants dans les mines, diminue voir interdit l’usage des produits chimiques de type mercure (qui est l’une des plus grosses sources de pollution des nappes phréatiques), instaure des droits du travail, et réinvestit une partie des bénéfices dans les région pour y favoriser le développement du tissu économique local. De plus, il agit pour sensibiliser toujours plus de nouvelles mines, et ainsi assurer des conditions dignes de vie et de travail des populations. Pour les mineurs, le label est synonyme de juste rémunération du travail accomplit, et d’investissement dans le développement social et la protection de ce qui est également leur environnement.

Aujourd’hui, ce sont huit organisations minières artisanales de petite échelle qui sont certifiées Fairmined et, chaque année, environ 500kg d’or certifié sont produits. En ce qui concerne les acheteurs, ce sont 130 entreprises implantées dans 21 pays qui travaillent l’or certifié Fairmined. Un début très encourageant pour le label bénéficie d’une reconnaissance déjà importante puisque certains emblèmes tels que la Palme d’or et le Laurel Olympique ont été créés depuis 2014 à partir de cet or certifié. Mais le plus remarquable reste sans doute l’opportunité pour les petits artisans comme Anaïs, qui produisent toujours leurs bijoux « à la main », de pouvoir continuer à le faire dans le respect de leurs valeurs et ainsi ne pas fermer les yeux sur la provenance de leurs matériaux.

Crédit Fairmined @Sam

Pour Anaïs, si l’or labélisé coûte plus cher (puisqu’une partie de la somme est réinvestie dans le social et l’écologie), il représente une belle avancée. « L’or est tracé et certifié et nous permet d’offrir une alternative de consommation à nos clients, et de travailler fièrement, pour nous. » nous explique-t-elle. « Dans un milieu l’on voit l’étincelant et non ce que qu’il cache, le vrai luxe est là, de faire les choses bien, avec bon sens, de ne pas s’offrir du précieux en détruisant ce que l’on a de plus précieux…« 

En France, de plus en plus de créateurs et vendeurs sont engagés dans la dynamique de Fairmined. Reste à chacun de consommer en accord avec ses valeurs, et de privilégier des filières respectueuses de l’humain et de son environnement.

Complément : Enquête sur l’or illégal de Guyane


Propos receuillis par l’équipe de Mr Mondialisation

Fairmined / Challenges / Le Monde / Reporterre / Alliance Minière Responsable