Comment le système de production alimentaire met-il en danger la sécurité alimentaire mondiale ? L’équipe de #datagueule propose d’exposer et d’analyser les dérives de l’agriculture contemporaine dans son 69ème épisode d’une grande clarté !

Nous produisons suffisamment pour « nourrir 12 milliards de personnes » et pourtant des centaines de millions de personnes souffrent de la faim. Pourquoi un tel gouffre entre production et consommation effective ? Le régime alimentaire d’une partie de la population ainsi que les gaspillages sont les principaux facteurs d’explication. D’une part, la consommation de viande oblige à consacrer d’énormes surfaces agricoles et leur production à l’élevage intensif plutôt qu’aux humains. D’autres part, pour des raisons de normes ou encore à cause de la logique industrielle, des quantités importantes d’aliments sont jetés. Enfin, le consommateur participe lui même à cet énorme gaspillage. Tout semble inévitablement lié.

Mais #datagueule va plus loin en dénonçant un modèle agricole mondial qui ne tourne pas (plus ?) rond. Selon leur analyse, l’agriculture contemporaine serait essentiellement animée par une logique de rentabilité : elle empoisonne les Hommes et la Terre et, malgré ça, la sécurité alimentaire mondiale n’est pas assurée. « [L’]agriculture nourricière tue la terre et ceux qui la cultivent, étrange paradoxe », exprime les équipes de #datagueule.

Une agriculture du profit

#datagueule pointe les importantes transformations de l’agriculture depuis la seconde guerre mondiale. L’équipe relève deux phénomènes concomitants, qui, en l’espace de quelques dizaines d’années ont profondément bouleversé le monde paysan : la mécanisation et la mondialisation. Dans ce contexte, l’agriculture s’est progressivement tournée vers une logique industrielle, engendrant la disparition des petites exploitations au profit de géant dont les logiques sont purement comptables. Pourtant, rappelle la vidéo, les agriculteurs ne s’en sont pas enrichis pour autant : « le revenu net réel des entreprises agricoles a diminué de 56%«  entre 1960 et 2004.

La mondialisation de l’agriculture a aboutit à une mise en concurrence acharnée et au développement d’une agriculture des profits. Ainsi, les aberrations environnementales, sociales et économiques se sont multipliées dans le secteur, conduisant à un système dont la résilience n’est plus assurée : comment expliquer que de plus en plus de terres agricoles soient sacrifiées à la production d’agro-carburants provoquant une importante augmentation du prix des denrées alimentaires ? Peu étonnant que la spéculation financière sur les denrées alimentaires et le rachat de terres arables par des acteurs de la finance devienne une juteuse affaire… Pas de chance pour les êtres-humains qui mourront de la faim.

Vers un autre modèle agricole ?

Est-ce que ce modèle industrialisé est une fatalité ? Non, selon François Léger, enseignant chercheur à AgroParisTech, intervenant de la vidéo. Ainsi, rappelle-t-il, la chimie est l’une des principales explications aux changements dans l’agriculture : non seulement elle est la source de pollutions, mais en plus elle a engendré les excès décrits plus haut. En effet, elle a permis l’exploitation de surfaces de plus en plus importantes. Par ailleurs, la généralisation de l’usage massif d’intrants artificiels a conduit à une agriculture uniquement concentrée sur le présent, les exploitants agricoles n’ayant plus à se préoccuper de la fertilité future de leurs sols.

Un retour à une agriculture moins artificielle est urgente. Pour se faire, le modèle doit être repensé globalement sur une vision de long terme, dans le respect des cycles du vivant. C’est notamment ce que se proposent de faire des alternatives telles que l’agroécologie et la permaculture. De la même façon, ces méthodes qui se démarquent de l’agriculture industrialisée favorisent la création de liens directs avec le consommateur : le travail des paysans et des fermiers est ainsi revalorisé. C’est notamment ce qu’on observe avec le développement des groupements d’achat et les AMAP. Enfin, si l’on tient compte des analyses proposées par le dernier scénario de négaWatt une agriculture écologique pourrait jouer un rôle essentiel dans les années avenir pour soutenir la transition énergétique. L’agriculture est définitivement au centre des enjeux contemporains.

La vidéo

 

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