Défendre l’environnement n’a jamais été aussi risqué. Alors que 2017 vient de s’achever, et qu’un non-lieu vient d’être prononcé dans l’affaire de la mort de Rémi Fraisse, les chiffres concernant le décès d’individus militant pour la conservation de leur environnement continuent de faire froid dans le dos. Un rappel que chaque jour, des femmes et des hommes risquent leur vie en affrontant États, mafias et multinationales hostiles qui souhaitent s’emparer de territoires stratégiques tant pour les ressources que pour les populations corvéables qui s’y trouvent. 

2017, une année de plus pour les violences

188. C’est le nombre d’activistes, relevé par The Guardian et Global Witness, dont le décès serait directement lié à leur implication dans une cause environnementale. Un nombre qui propulse 2017 en tête des années les plus meurtrières pour les militants écologistes. Dans le monde entier, des individus sont tués alors qu’ils luttent pour protéger des écosystèmes fragiles, en proie à l’industrialisation, l’urbanisation et à une exploitation sans limite. Loin d’être des cas isolés, des militants, mais aussi des gardes forestiers et des leaders autochtones sont en proie à de violents conflits avec des sociétés minières, forestières et agricoles dans des centaines d’endroits à travers le monde. Du Brésil au Congo, des Philippines à la Tanzanie, c’est dans les pays en proie à la corruption et à la pauvreté que le tribut est le plus lourd, alors que les élites gouvernementales et économiques enfreignent les lois en toute impunité.

À l’origine de l’opération « The defenders » lancée par le Guardian et Global Witness, et qui établit la liste des différentes personnes qui ont perdu la vie en 2017 du fait de leur engagement militant, Billy Kyte, a déclaré que les dernières morts soulignaient l’ampleur de la crise que doivent affronter ceux qui cherchent à protéger leur terre et leur environnement contre les multinationales et les gouvernements. Kyte a déclaré que le Brésil, la Colombie et les Philippines sont les endroits les plus dangereux du monde pour les militants aujourd’hui. « Les dirigeants de ces gouvernements doivent reconnaître la crise actuelle et mettre la priorité sur la protection de ces militants. Tant qu’aucun droit de regard ne sera garanti à ces communautés sur la façon dont leurs terres et leurs ressources naturelles sont utilisées, les racines de cette violence continueront de croître. » explique-t-il. Au même titre que pour les lanceurs d’alerte, l’argument économique (projets industriels, accaparement des terres, déplacements de population,..) est souvent central dans ces crimes tragiques.

Cambodge – Rassemblement en mémoire de Chut Wutty, reporter militant tué en 2012.

Des industries plus meurtrières que d’autres

Les statistiques actuelles montrent qu’en moyenne 4 activistes sont tués chaque semaine. Un rythme effréné, qui s’explique par la violence engendrée par certaines industries, plus coupables que d’autres dans la dévastation de l’environnement et dans la décimation des communautés. Ainsi, il semblerait que l’industrie minière et extractive continue d’être l’industrie liée au plus grand nombre de meurtres politiques (ils étaient au nombre de 33 en date du 13 juillet 2017). Mais les décès liés à l’agro-industrie sont également en hausse en 2017, ainsi que ceux des gardes forestiers.

Si l’attention internationale tend à mettre davantage de lumière sur ces victimes, une représentation fidèle du phénomène reste compliquée. En effet, la plupart des défenseurs de l’environnement meurent dans des forêts isolées ou des villages touchés par l’exploitation minière, les barrages, l’exploitation forestière illégale et l’agro-industrie, et les communautés touchées, réduites à l’occupation de certaines terres, sont bien souvent d’ores et déjà marginalisées politiquement (comme c’est le cas des peuples indigènes, par exemple). De ce fait, ces évènements ne jouissent pas d’une grande portée médiatique et finissent souvent dans la rubrique « faits divers », si seulement on daigne en parler. Pourtant, ces évènements font système à travers le monde.

Berta Cáceres, militante écologiste hondurienne assassinée à son domicile.

Des conflits de plus en plus nombreux

Comme le révèle The Guardian, de nombreux tueurs à gages seraient engagés par des entreprises ou bien même directement par les forces de l’État des pays concernés, sans jamais être arrêtés ou bien même identifiés. Une injustice qui contribue à un sentiment général d’impunité. Et les conflits environnementaux sont de plus en plus nombreux : un atlas des différents conflits environnementaux à travers le monde, dont la réalisation a été en partie financée par l’UE, en a identifié plus de 2 000, portant sur l’eau, la terre, la pollution, les expulsions et l’exploitation minière. Il faut dire que dans le climat de crise écologique globale, des groupes citoyens s’organisent partout à travers le monde pour faire front à certains projets industriels qu’ils jugent problématiques pour la nature, parfois même à force d’études scientifiques. Le cas de Notre-Dame-des-Landes est probablement le plus connu en France. Mais il est loin d’être le seul.

Si les autorités, au niveau local comme national, ne se décident pas à prendre des mesures adéquates pour protéger les activistes, c’est aussi que certains hommes politiques seraient directement impliqués, à titre personnel, dans la préservation d’intérêts économiques locaux en lien avec ces mains-mises sur l’environnement. Un autre constat est que, souvent, dans les pays concernés, les défenseurs des terres sont perçus comme des obstacles au « progrès » (au sens du développement d’infrastructures industrielles). Qu’il s’agisse de la construction d’un barrage ou de l’octroi d’une concession minière, nombre d’activistes subissent encore aujourd’hui les assauts des communiqués officiels, relayés par les médias, qui les présentent comme régressistes ou dangereux pour l’État de droit.

Chez nous, le cas de Notre-Dame-des-Landes n’a pas fait exception. Récemment, la plupart des médias français reprenaient les communiqués des sources militaires, dépeignant la ZAD telle une zone de guerre piégée avec des zadistes violents, armés jusqu’aux dents… Encore aujourd’hui, cette grossière caricature ne se retrouve-t-elle pas dans les conversations et les commentaires ? D’où l’urgence d’informer, toujours un peu plus, sur une réalité de terrain plus nuancée.


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