La bilan doit être acté : la transition numérique ne tient toujours pas ses promesses en ce qui concerne la protection du climat et la transition écologique. Pire, ce qui est parfois improprement nommé « dématérialisation » de l’économie conduit en réalité à une augmentation importante des gaz à effet de serre et des activités extractives. Externalisée loin des yeux de l’utilisateur, elle échappe facilement à notre raisonnement. La consommation énergétique du numérique dans le monde augmente d’environ 9% par an, s’inquiètent ainsi les auteurs du rapport Pour une sobriété numérique dirigé par Hugues Ferreboeuf et commandé par le think tank The Shift Project.


Les auteurs du rapport Pour une société numérique publié en octobre dernier se sont intéressés aux effets de la « digitalisation » sur le changement climatique. En dépit de la plus grande efficacité des technologies déployées, la croissance rapide du secteur conduit à un bilan « alarmant ». En effet, les gains énergétiques obtenus grâce à la recherche ne suffisent pas à réduire l’impact global du numérique en hausse constante en raison d’un effet rebond. Les auteurs observent ainsi que « le risque de voir se réaliser un scénario dans lequel des investissements de plus en plus massifs dans le Numérique aboutiraient à une augmentation nette de l’empreinte environnementale des secteurs numérisés est […] bien réel ».

À ces premières problématiques s’ajoutent celles liées à l’accès aux ressources. Non seulement la croissance effrénée du secteur conduit à augmenter la pression sur un système de production électrique déjà soumis à l’impératif d’être décarbonisé, mais en plus la construction de masse des objets électroniques pourrait conduire à des difficultés d’approvisionnement pour certains métaux, comme l’indium (utilisé dans les écrans tactiles et dans les cellules photovoltaïques notamment) à partir de la décennie 2030.

Source : The Shift Project

Quelques chiffres à retenir pour saisir l’enjeu :

Dressant un vaste bilan des consommations numériques, le rapport propose des données chiffrées qui illustrent la problématique.

  • La consommation énergétique du numérique dans le monde augmente d’environ 9% par an ;
  • La part du numérique dans les émissions de gaz à effet de serre a augmenté de moitié depuis 2013, passant de 2,5 % à 3,7 % du total des émissions mondiales ;
  • Le trafic sur les réseaux de télécommunication et dans les data centers grimpe en flèche. La croissance de ce trafic est de 25 % pour les premiers, de 35 % en ce qui concerne les seconds sur la même période.
  • La production de l’Iphone 6 génère près de 4 fois plus de gaz à effet de serre que le l’Iphone 3GS ;
  • L’impact énergétique du visionnage [d’une vidéo de 10 minutes] est environ 1500 fois plus grand que la simple consommation électrique du smartphone lui-même ;
  • Les usages vidéo […] sont à l’origine de plus de 80% de la croissance du trafic internet ;
  • Le nombre de smartphones passera de 1,7 milliard en 2013 à 5,8 milliards en 2020, ce qui correspond à une croissance de 11% par an.

Ces chiffres ne laissent pas de place au doute : sans alternative viable, nous accélérons toujours plus vers le crash collectif, y compris en matière de numérique. Par calculer l’incidence du numérique, les chiffres reproduits ci-dessus tiennent non seulement compte de la phase de construction des supports (terminaux, serveurs, etc.) mais aussi, ce qui est souvent oublié, de leur phase d’utilisation. Ce deuxième aspect comprend notamment le stockage des données – de plus en plus nombreuses – de la multiplication des usages des objets connectés ou encore de la véritable explosion du streaming (avec des formats d’images numériques « HD/4K » toujours plus énergivores). Ceux qui croyaient que le visionnage de vidéos en ligne serait une alternative responsable aux DVD déchantent. Le développement du numérique conduit en effet à rendre invisible une bonne partie de l’incidence de notre économie sur le climat. « Le numérique s’illustre ainsi par une tendance exactement inverse à celle qui lui est généralement attribuée, à savoir dématérialiser l’économie », concluent les auteurs.

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Comment éviter « l’explosion » de l’empreinte environnementale numérique et se tourner vers une sobriété numérique comme l’invite à le faire le titre du rapport ? Les principales propositions d’action du rapport pêchent par leur manque de pistes concrètes. Elles incluent une meilleure quantification des impacts environnementaux des investissements dans le développement du numérique, une priorisation des projets ayant pour finalité le développement économique local, social (santé, éducation) ou culturel, une meilleure intégration des contraintes de sobriété énergétique et une localisation de l’écosystème numérique. Ceci implique autant une prise de conscience citoyenne que des actes politiques forts. Les auteurs du rapport concèdent néanmoins eux-mêmes que leurs préconisations ne suffisent pas, puisqu’elles permettraient au mieux à « ramener l’augmentation de consommation d’énergie à 1,5 %, », une trajectoire qui « n’est pas compatible avec les objectifs de l’Accord de Paris ». Le débat sur l’avenir du numérique ne fait que commencer…

Pour retrouver toutes les données du rapport : theshiftproject.org.

Source : The Shift Project

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