Ce sont des révélations dont on aimerait se passer : une enquête franco-belge a permis de démanteler un réseau de trafic d’oiseaux protégés dans le Lot. Cas isolé ou phénomène récurrent ? Pour le savoir, nous avons interrogé Aurore Morin, Chargée de campagne IFAW – France (Fonds International pour la Protection des Animaux)


Fin février 2017, un important trafic d’oiseaux protégés a pu être démantelé. Étaient concernés par le commerce illégal des espèces telles que le Chardonneret élégant, le Bouvreuil pivoine, le Gorgebleue à miroir, le Loriot d’Europe, la Huppe fasciée, le Rossignol du Japon, et des rapaces (Epervier d’Europe, Aigle royal). Outre les centaines d’oiseaux, des cages, des pièges et des bagues de marquage falsifiées ont été découvertes. Dans le cadre de l’enquête, quatre individus ont été mis en examen. Ils encourent jusqu’à sept ans d’emprisonnement et 750.000 euros d’amende.

Jacques Chibret / Flickr

L’interpellation a été rendue possible grâce au travail de l’office national de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP), ainsi qu’à celui des agents de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), en coopération avec des enquêteurs belges.

Dès 2016, des soupçons avaient été à l’origine de l’ouverture d’une enquête préliminaire par le procureur de la République de Cahors (Lot), Nicolas Septe. La découverte de premiers éléments a ensuite justifié une l’ouverture d’une information judiciaire. « Dans le cadre de la coopération policière et juridictionnelle européenne, des échanges d’informations ont permis aux magistrats et enquêteurs de France et de Belgique de croiser les renseignements utiles à l’avancée de l’information judiciaire en cours » a pour sa part communiqué la gendarmerie du Lot. L’intervention a finalement eu lieu après plusieurs mois de surveillance des suspects. Alors que deux jours plus tôt, un rhinocéros était abattu dans un zoo pour sa corne, ces nouvelles révélations mettent en lumière de manière troublante la réalité des trafics illégaux liés au animaux en France.

Megan Coughlin

« Entre 2012 et 2015, chaque année, plus de 1000 animaux vivants ont été saisis par les autorités douanières »

Les législations en vigueur sont-elles en cause ? C’est ce que suggère l’IFAW qui appelle à un « renforcement – indispensable –  de la réglementation nationale et européenne pour une meilleure protection des espèces menacées ». « Le trafic d’espèces sauvages (animaux vivants et parties ou produits dérivés) est un phénomène dont l’ampleur est de plus en plus inquiétante en Europe«  nous explique Aurore Morin, chiffres à l’appui : « entre 2012 et 2015, chaque année, plus de 1000 animaux vivants ont été saisis par les autorités douanières« . Par ailleurs, les dernières données publiées témoignent d’une progression du trafic. Ainsi, en 2016, « 976 [animaux vivants] ont été extraits du commerce illicite, soit une hausse de 140% par rapport aux 406 animaux saisis en 2015 ! ». En outre, tient à préciser l’IFAW, l’Europe joue un rôle décisif comme espace de transit et d’achat de l’ivoire.

Internet est l’un des principaux supports des réseaux, qui se servent des sites de commerce en ligne. En Europe, « en 2014, en l’espace de six semaines, 33 006 animaux vivants et/ou parties d’animaux d’espèces menacées ont été mis en vente sur 280 sites de commerce en ligne pour une valeur totalisant près de 8 millions d’euros…« . Pour lutter contre ces pratiques illégales, l’IFAW appelle la France à « adopter de manière urgente une réglementation nationale encadrant strictement le commerce en ligne des espèces sauvages« . L’ONG estime également qu’un renforcement des moyens à disposition des forces de l’ordre est nécessaire. Le trafic a « effet désastreux sur le bien-être des animaux et le maintien des écosystèmes« , il est donc urgent d’y mettre un terme.

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Sources : facebook.com / ifaw.org / ladepeche.fr 

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