Longtemps accusées d’employer des enfants, les exploitations de noisettes de Turquie qui fournissent les plus grandes multinationales de confiserie et de chocolat tel Ferrero se tournent désormais vers une main-d’œuvre composée de réfugiés syriens adultes mais aussi de mineurs. Sur place, le New York Times révèle que les familles peinent à simplement survivre de cette activité sous-payée.

Selon une très sérieuse enquête publiée par le « New York Times » le 29 avril dernier et menée par David Segal, des centaines de réfugiés syriens seraient employés dans les exploitations de noisettes en Turquie, dans la région de la Mer noire. C’est dans ce pays qu’est récoltée environ 70% de la production mondiale avant d’être transformée pour une bonne partie d’entre elle par les géants de l’industrie agroalimentaire : Ferrero, Nestlé, Yildiz et cie. Ferrero, célèbre producteur du Nutella, est « un empire construit sur la noisette ». La multinationale achèterait à elle seule un tiers de la production totale du pays.

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Les 600.000 plantations qui sont serrées les unes contre les autres dans le nord du pays ont pendant longtemps été connues pour employer des enfants, ce que le gouvernement a officiellement combattu pendant de nombreuses années, rapportent les auteurs de l’enquête. Désormais, un nombre croissant de saisonniers qui y travaillent sont des réfugiés syriens, particulièrement « vulnérables » vis-à-vis des exigences de leurs employeurs. Rares sont ceux qui disposent d’un permis de travail, ce qui accentue leur précarité. Mais alors que le secteur agricole est l’un des rares secteurs du pays dans lequel ce genre de permis n’est pas requis, les réfugiés syriens se révèlent être une main-d’œuvre peu chère pour les exploitations, dont la taille moyenne est de seulement 1,5 hectare, et qui peinent elles-mêmes souvent à survivre.

Crédit image : stopchildlabour.org
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Ces personnes perçoivent un salaire de 10 dollars par jour, soit environ 8,90 euros. Nombre d’entre elles concèdent que pour subvenir à leurs besoins, elles n’ont d’autre choix que de faire appel à leurs propres enfants pour les accompagner dans les plantations. Le travail est pourtant dangereux et épuisant, puisqu’il demande d’intervenir sur des pentes particulièrement raides. Les tâches sont répétitives et divisées essentiellement entre ceux qui cueillent les fruits et ceux qui les portent. Certains travaillent sept jours par semaine et jusqu’à 13 heures par jour. Ferrero s’est défendu une fois encore par communiqué, estimant tout mettre en œuvre pour assurer les droits des travailleurs : « Lorsque des non-conformités sont constatées, elles sont traitées rapidement par les équipes sur le terrain ».

Crédit image : stopchildlabour.org

Mais la réalité ne plaide pas en faveur de l’entreprise, qui a refusé d’indiquer les coordonnées précises des exploitations auprès desquelles elle fait produire via ses sous-traitants. La plupart des 600.000 installations fourniraient le géant du chocolat, si l’on s’en tient à l’arithmétique, suggère David Segal. « En 10 années de surveillance, nous n’avons jamais trouvé d’exploitation de noisettes en Turquie dans laquelle l’ensemble des principes d’un travail décent seraient réunies », explique dans l’article Richa Mittal, directrice d’innovation et de recherche de la Fair Labor Association, une ONG qui défend l’amélioration du droit du travail à l’international. La situation ne se limiterait d’ailleurs pas seulement à la production des noisettes. Alors que l’agriculture représente environ 6 % du PIB turc, le secteur emploierait chaque année 200.000 réfugiés syriens en tant que saisonniers.

Pour les réfugiés syriens, les plantations de noisettes sont « à la fois une corde de sécurité et une nouvelle épreuve », résume David Segal. Depuis le début du conflit syrien, la Turquie a été pointée du doigt à plusieurs reprises en raison des conditions dans lesquelles sont accueillies les personnes réfugiées. En 2016, la BBC révélait par exemple des images d’enfants travaillant dans des ateliers de couture pour le compte de sous-traitants liés à de grandes marques de mode européennes telles qu’Asos, Zara ou encore Marks and Spencer. Mieux que l’esclavagisme, un capitalisme débridé, sans règle ni sécurité collective. Un paradis pour les multinationales qui peuvent engranger sur le dos des travailleurs pauvres des fortunes colossales.


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