Face aux marques irresponsables qui contribuent à la crise écologique en puisant dans les ressources, des alternatives ne cessent de jaillir, offrant la vision d’un avenir plus durable pour notre planète. Parmi lesdites alternatives, Papa Outang, une préparation pour pâte à tartiner anti-huile de palme. Premier produit d’une gamme existant depuis plus d’un an dans le but de proposer un nouveau modèle de consommation et produire de ce fait un impact positif sur le monde, 10 % de ses bénéfices sont reversés à Kalaweit, une association qui acquiert des hectares de forêt tropicale afin d’en faire des réserves naturelles. Une pierre de plus apportée à l’édifice qui se dresse petit à petit face à l’insanité des plantations de palmiers à huile, responsables notamment d’une déforestation massive et de la mise en danger d’espèces en voie d’extinction.

Proposer des alternatives pour changer le monde ? Voilà l’objectif que se sont fixés Loïc et Thibaut, co-fondateurs de Papa Outang. Depuis un peu plus d’un an, leur communauté intitulée « Sensei Family » crée des produits alternatifs afin d’apporter un soutien aux associations avec la certitude que ces dernières, de même que les citoyen.e.s et les entreprises, ont réellement la capacité de changer la donne. L’objectif est de donner davantage de pouvoir aux consommateurs tout en bousculant les « industriels qui sacrifient l’humain et la planète ». Porteurs d’un message fort, « le monde que vous défendez n’est pas le nôtre », ils souhaitent, grâce à l’élaboration de Papa Outang, une pâte à tartiner écologique, récolter autant de fonds que possible pour l’association Kalaweit qui lutte depuis deux décennies pour la préservation de la biodiversité en Indonésie par le biais d’actions concrètes sur le terrain.

La première prévente privée lancée par Loïc et Thibaut a permis à la Sensei Family de devenir partenaire de l’association Kalaweit. Papa Outang en est actuellement à sa seconde prévente sur le site de financement participatif Ulule, jusqu’au 7 octobre 2020. L’association soutenue à pour projet de sauver la forêt Dulan qui abrite plusieurs centaines d’espèces qui ont fui la déforestation – incluant des orangs-outans dont une jeune femelle qui a donné son nom à la forêt – et qui demeure sous la menace des compagnies d’huile de palme et de charbon. La vente de 1 000 sachets de Papa Outang peut permettre ainsi de sauver 10 000 m² de forêt tropicale du monstre industriel qui dévore sans pitié toute vie sauvage sur son passage. A l’heure où les campagnes de greenwashing se multiplient au sein des grandes entreprises – type Nestlé – qui souhaitent redorer leur blason en profitant de la crise écologique, la destruction se poursuit bel et bien et nécessite l’émergence d’alternatives durables.



De l’idée
au produit

Déjà conscient de l’impact délétère de l’huile de palme sur les forêts et les animaux sauvages qui les peuplent, c’est après que sa mère lui ait préparé une pâte à tartiner maison que Thibaut a eu l’idée de créer ce qui s’appellera au début Maman Outang. Vers la fin de l’année 2019, une pétition est lancée pour décider de la suite du projet. Elle obtient plus de 1 500 signatures en moins d’une semaine, motivant la Sensei Family à élaborer peu à peu une recette qui sera ensuite testée sur un « panel de gourmands engagés », rapidement convaincus par l’idée. La première prévente privée est une réussite. Mais le chemin n’est pas sans encombre pour la communauté qui se fait alors attaquer par une grande marque de l’agroalimentaire en raison de l’intitulé du produit qui devra alors être modifié en « Papa Outang ». Le confinement met également des bâtons dans les roues du projet porté par la Sensei Family qui crée alors un site dénonçant le business mortifère de l’huile de palme. Au début de l’été 2020, la communauté obtient le soutien d’un chef chocolatier qui partage son savoir-faire pour améliorer la recette de la pâte à tartiner et donne l’accès à son usine pour la production de Papa Outang.


Papa Outang, est ainsi une alternative simple et efficace aux pâtes à tartiner classiques, fièrement élaborée par la Sensei Family qui s’engage à reverser 10 % du montant de la campagne de financement sur Ulule à l’association Kalaweit et à continuer de soutenir cette dernière en lui reversant 10 % de ses bénéfices futurs une fois le produit disponible en vente libre. Celui-ci ne contient finalement que trois ingrédients de haute qualité, biologiques et éthiques : des noisettes d’Italie, du sucre rapadura et du cacao pur. La préparation ne contient aucune huile, matière grasse jugée inutile ou encore additif à l’appellation énigmatique.

Comment en obtient-on une pâte à tartiner « maison » à partir de ce sachet ? Rien de plus simple : il suffit de verser le contenu du sachet dans du lait (végétal ou animal) préalablement chauffé, de mélanger de manière à former une pâte et d’attendre que le tout refroidisse. Aussi, le fait que la pâte à tartiner soit à l’état de poudre, améliore son bilan écologique en sachant qu’elle se distribue en sachets et non en pots. La Sensei Family prévoit d’ailleurs d’en élaborer une version compostable avec pour objectif à long terme de commercialiser le produit en vrac.

Covid-19 : les associations mises à mal

La communauté dénonce l’abandon de nombreuses associations durant la crise du Covid-19 qui se sont retrouvées particulièrement mises à mal à cause d’une redirection des dons vers les systèmes de santé. Au même moment, « les ventes de Nutella explosent : plus d’un million de nouveaux consommateurs, et +40% de ventes pendant le confinement », s’indigne la Sensei Family, convaincue que «  les acteurs de terrains ont besoin de stabilité et de visibilité afin d’agir sereinement au quotidien. Dans la grande consommation, les ventes sont stables et prévisibles. Même en temps de pandémie. Créer une marque engagée, liée à vie à une association, c’est lui offrir une source de revenus stable, responsable, et en harmonie avec les valeurs qu’elle défend au quotidien. » Comment les consommateurs « conventionnels » peuvent-ils être à ce point dans l’erreur en pleine crise écologique globale en soutenant les multinationales par leurs achats ?

L’huile de palme durable, cette escroquerie ordinaire

Selon un rapport datant de 2019 de l’ONG Solidar Suisse, les plantations de palmiers à huile sont un véritable fléau pour les travailleurs migrants et leurs enfants qui sont socialement exclus et victimes de profondes inégalités se poursuivant au fil des générations. Leur statut illégal et précaire engendre une dépendance absolue vis-à-vis des employeurs qui ont un contrôle quasi-total sur leur personne, contraignant non seulement les adultes mais également les des enfants à travailler dans des conditions abjectes dont se satisfont particulièrement les sociétés telles que Nestlé qui misent sur la main d’œuvre bon marché tout en se lavant les mains des pratiques de leurs sous-traitants.

D’autre part, certaines espèces menacées d’extinction sont particulièrement mises à mal par la destruction de leurs habitats dans le but de cultiver des palmiers à huile à foison. Selon Greenpeace, 25 orangs-outans disparaissent chaque jour à cause de la déforestation qui précède ces cultures. L’éléphant de Sumatra et le tigre de Sumatra font également partie des espèces mises en danger par l’huile de palme.


Des marques telles que McDonald’s, Nestlé, PepsiCo, Kellog’s ou encore Mars – pourtant officiellement engagées à ne pas y contribuer – font partie des principaux responsables de la déforestation illégale en Indonésie dans le but de planter des palmiers à huile, comme l’indique une étude de l’ONG Rainforest Action Network. L’huile de palme, de par sa rentabilité supérieure aux autres huiles, a peu à peu envahi le monde de la consommation, à tel point qu’il devient aujourd’hui presque difficile de trouver un produit qui n’en contient pas. Un exemple parmi tant d’autres de l’enfer productiviste dans lequel nous vivons en toute insouciance.

J.M.

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