Guirec et sa poule, enfermés dans les glaces arctiques depuis plusieurs mois, viennent de donner signe de vie et sont de retour sur la terre ferme… Il partage avec nous son aventure incroyable et surtout une expérience éprouvante en plein hiver. Les images parlent d’elles-mêmes.

Ils étaient partis à bord du voilier Yivinec au mois de novembre dernier dans le Grand Nord, seuls, loin de tout, loin des hommes, loin de la société. Pourquoi ? pour tenter le pari d’un hivernage dans la longue nuit arctique, c’est à dire, se laisser piéger par les glaces naturelles qui se forment chaque année. Originalité, le jeune français avait emporté sa poule domestique dans son périple. En dépit du grand froid et du manque de nourriture, Guirec Soudée et Monique viennent enfin de donner des nouvelles, de quoi rassurer proches et fans. En effet, le jeune homme avait refusé d’emporter un moyen de communication. Son navire vient donc d’arriver à Saqqaq (nord-ouest du Groenland) d’où ils étaient partis, après 130 jours seuls en mer. Dans un post publié sur sa page Facebook Guirec tire ce bilan : « aventure magique ou atroce ? Les deux à la fois, sans aucun doute ! » C’est que, de toute évidence, cela n’a pas été qu’une partie de plaisir que ce défi.

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Entre l’horreur et la grâce

Parti avec 36 kg de riz et 60 kg de graines pour sa poule, l’aventurier Guirec pariait sur ses capacités et son ingéniosité pour se sustenter : briser de la glace pour s’approvisionner en eau douce, pêcher pour se nourrir en poissons… Bien qu’il soit en pleine forme à son retour, l’expérience a été plus difficile que prévue : « ces quatre mois d’isolement furent (…) été très éprouvantes », nous apprend-il par courriel. Pour cause, les choses avaient particulièrement mal commencé. Le jour de son arrivée à Saqqaq, la veille de l’hivernage, Guirec apprenait la perte de son père. Dans l’impossibilité de faire demi-tour, il allait prendre la mer le deuil au ventre, sans personne à qui parler. À cette situation, la rudesse du climat et des imprévus vont dépasser ses prévisions.

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Car, dans un milieu si hostile et où le froid peut atteindre jusqu’à -60°C, il faut être particulièrement vigilant et pouvoir réagir vite et efficacement aux aléas. À cette température, les vagues et les embruns qui arrivent sur le bateau gèlent instantanément : « Je devais casser cette glace tous les jours pour ne pas qu’elle s’accumule et qu’elle refroidisse le bateau ». Les conditions extrêmes envahissent rapidement son quotidien, pénètrent les rêves, où il voit son bateau couler. Et à plus d’une reprise, le cauchemar était sur le point de devenir réalité. « J’ai failli perdre mon bateau 3 fois dont deux en m’échouant carrément sur la côte », écrit-il.

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« Alors que la banquise était enfin là depuis un mois, elle se transforme en puzzle géant en quelques heures du fait de la houle et du vent et mon bateau est pris en sandwich entre les plaques de glace. Pendant 24 heures, Yvinec était complètement piégé dans une banquise à perte de vue et se faisait écraser. J’étais halluciné de voir le bateau se déformer de l’intérieur, coque et boiseries comprises, sans parler du bruit des craquements assourdissants ». Bientôt, il est impossible d’utiliser l’annexe, car le froid a soudainement bloqué le moteur. S’ajoute le manque d’eau. En chargeant les icebergs d’eau de mer, les tempêtes rendent l’eau inconsommable. Il faut donc recueillir la neige fraiche pour obtenir un peu d’eau douce. Même situation pour la nourriture. En dépit de sa longue expérience de pécheur, Guirec ne parvient, en tout et pour tout, qu’à pêcher un seul poisson non familier et deux oursins…

Dieu merci, Monique était là pour lui sauver la mise. Au total, la présence de sa poule lui aura apporté la chaleur de sa présence et les protéines de ses œufs (106 au total), indispensables en l’absence d’autres sources alimentaires. Cette amitié singulière a aussi changé son rapport aux animaux. Lui qui, plus jeune, aimait chasser, n’a pu se résoudre à tirer sur un phoque qu’il avait mis en joue. Quant à Monique, c’est peu dire qu’elle a vécu une aventure que les autres poules du monde ont bien peu de chance de vivre, la plupart ne voyant même pas le soleil durant leur courte existence en batterie.

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Si les éléments ont été d’une violence menaçante, ils lui ont aussi offert l’opportunité d’activités sportives (ski alpin, randonnée dans les montagnes, kite surf sur la banquise, slakline, footing…) et autres extases esthétiques. Des ciels béant sur des milliers d’étoiles, des paysages sauvages et solitaires, des animaux – rennes en quête d’herbes, renard polaire avec lequel il sympathise – qui n’ont peut-être jamais vu un humain : les mois de solitude dans la nature hostile qu’a vécus Guirec font beaucoup penser à l’expérience que restitue Sylvain Tesson dans son livre Dans les forêts de Sibérie. Un voyage initiatique, en quelque sorte, au-delà de lui-même. À n’en pas douter, son père aurait été fier d’une telle réussite.

Seul face aux éléments

Cette expérience, remuante, intense, a constitué une leçon d’humilité et de courage : celle de l’individu livré à la puissance de la nature et qui doit lutter seul pour ne pas être submergé par celle-ci. « Pendant ces tempêtes qui ont mis mon bateau en danger, je suis passé par des états de stress hyper intenses », explique-t-il. « J’ai eu la rage, j’étais dégoûté, je m’en suis voulu de lui avoir fait prendre autant de risques. Il y a vraiment eu des moments horribles où tu te demandes ce que tu fais là, tu te détestes, tu te mets à douter… tu te dis que tu aurais dû écouter les gens qui te mettaient en garde contre les risques que tu allais prendre (…) Si j’ai survécu pendant ces moments là, c’est parce que j’y ai cru jusqu’au bout, les moments de désespoir ne m’ont jamais submergé ou paralysé. » Avec une infinie honnêteté, Guirec continue de nous décrire son expérience hors norme.

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« Cette expérience a repoussé mes limites au maximum. Aujourd’hui je me dis que tout se mérite ! Et je l’ai mérité : lorsque la météo se calmait j’ai vécu le paradis sur terre ! C’était une expérience incroyable, indescriptible ! Finalement j’ai vécu, au jour le jour, ce qu’on dit souvent sans y prêter plus d’attention que ça : la nature est aussi généreuse qu’elle est cruelle. En tout cas, c’est elle qui décide et nous on n’est rien face à elle. Ça t’apprends à rester humble… parfois, la piqûre de rappel fait du bien ». L’expérience, loin d’être un point final, n’est en fait qu’un épisode risqué d’une aventure d’une vie entière : « il va falloir bosser sur le bateau pour se préparer à notre nouveau challenge : le passage du Nord-Ouest l’été prochain ».

Unique en son genre, son aventure est désormais inspirante pour beaucoup de personnes, et c’est précisément le but initial de son action. Il reconnaît volontiers vouloir encourager les autres à suivre leurs rêves : « Le partage de mon voyage n’a pour seule raison que de pousser les gens à réaliser leurs rêves et leurs projets les plus fous. On doit arrêter de se trouver des excuses et de les repousser sans fin, il y aura toujours une bonne raison pour ne jamais franchir le pas. Le seul regret qu’on pourrait avoir ce serait de ne pas y aller ou trop tard (…). En définitive, si tu veux quelque chose dans la vie, si tu y crois au plus profond de toi et que tu te donnes les moyens, tu es sûr d’y arriver. »

Sur ses mots sages, nous vous invitons à découvrir quelques clichés exceptionnels réalisés par Guirec pendant son périple et, pourquoi pas, l’encourager sur sa page Facebook. Le jeune garçon coproduit également un livre pour les enfants qui retrace ses aventures inspirantes à travers les yeux de sa poule Monique. Plus d’infos.

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Sources : Page Facebook du voyage de Guirec / Blog du voyage d’Yvinec / Interview exclusive de Guirec par Mr.mondialisation.org

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