Nous aurait-on menti ? L’année dernière, un rapport du Programme des Nations Unies pour l’environnement révélait que le plastique présenté comme “biodégradable” par les industriels était en réalité tout autant un cancer pour la planète que son cousin pas très éloigné. À l’heure où tous les coups sont bons pour tromper le consommateur et perpétuer un système totalement fou, une révélation de ce genre ne nous surprend plus. Et pourtant, 12 mois plus tard, le plastique biodégradable a toujours autant la cote !

La semaine dernière, l’Obs prenait l’immense risque de titrer son dernière numéro « Déplastifions-nous ! » le tout livré sous une belle pellicule de plastique. Pas de panique, à l’intérieur de magazine, l’Obs rassure ses lecteurs en affirmant utiliser du plastique mieux que les autres : celui-ci est biodégradable. Super, nous voilà sauvé ! En fait, non, pas vraiment. C’est sans doute pire encore. On vous explique tout.

"Déplastifions-nous !"Cette photo postée par un abonné à l'Obs fait le tour des réseaux. Pour cause, elle symbolise…

Publiée par Mr Mondialisation sur dimanche 27 mai 2018

Les industriels nous auraient-ils menti ?

La principale différence entre le plastique dit “de base” et son alternative biodégradable réside dans la capacité des matières plastiques à se décomposer dans la nature : il se « bio » dégrade… Selon les experts d’EPI “les matières plastiques traditionnelles ne peuvent pas se décomposer. La décomposition totale des déchets dans la nature et dans les décharges prend des années, voire des décennies” alors que les plastiques biodégradables sont faits d’une “matière plastique dégradable dans laquelle la dégradation résulte d’une réaction naturelle des microorganismes tels que les bactéries, les mycètes et les algues”.

On en perdrait presque son latin ! Alors, dégradables ou pas dégradables ces fameux plastiques ? D’après Jacqueline McGlade, responsable scientifique à l’UNEP, le plastique biodégradable le serait, hypothétiquement, si… les conditions nécessaires à sa décomposition étaient réalisables à l’état naturel. Ce qui est, dans la majorité des cas, pas le cas. Dans son rapport à l’UNEP, elle explique que “pour pouvoir se décomposer, le plastique biodégradable doit être confronté à une température avoisinant les 50 degrés, une température que n’atteint aucun océan” avant d’ajouter “et il ne flotte pas non plus, donc il va couler et ne sera pas exposé aux rayons UV pour se décomposer”. Ce plastique biodégradable devrait donc techniquement être recyclé dans des conditions industrielles, ou sous un soleil de plomb en pleine désert… Ce qui n’est PAS le cas. Voilà qui a de quoi nous refroidir.

Et ce n’est pas tout. La plupart des matières plastiques biodégradables conventionnelles contiennent, en outre, des métaux ou un quelconque additif pour leur permettre de se désintégrer facilement. Des ingrédients pas très naturels qui viennent, à leur tour, polluer les océans. « Certains polymères non biodégradables, comme le polyéthylène, sont parfois fabriqués avec un additif à base de métal, ce qui accélère leur fragmentation » explique le rapport. En d’autres termes, ce plastique se divise en micro-particules tout autant, voire davantage, nocives pour l’environnement. C’est par exemple le cas de ces ballons dit biodégradables en « latex naturel » qui font des ravages dans l’environnement au point à des associations en ont fait leur cheval de bataille. Le plastique concerné (à ne pas confondre avec du plastique biosourcé 100% végétal) à quoi donner quelques larmes aux sirènes Techniquement, ces plastiques ne devraient donc même pas porter le nom de « biodégradable ». On réalise donc froidement le gouffre vertigineux qui existe entre le concept théorique, et marketing, de biodégradabilité et sa concrétisation à travers le prisme de l’industrialisation.

Le plastique, le mal du siècle

Si nous baignons effectivement dans l’ère du pétrole, son enfant malade ne peut-être que le plastique d’origine fossile. On n’a que trop dit et répété à quel point ce composé est devenu l’ennemi contemporain numéro un de l’environnement. Alors qu’on notait récemment qu’on trouve désormais jusqu’à 12.000 particules plastiques par litre dans les glaces de l’Océan Arctique, les habitudes de consommation, les productions frénétiques et l’absence de régulation au niveau des gouvernements sont autant de facteurs qui en disent long sur notre immobilisme collectif.

Le plastique est partout : il forme un nouveau continent, il nous entoure au quotidien, se retrouve dans le corps des animaux et, par conséquent, parfois même dans notre alimentation. Pourtant, les lanceurs d’alerte sont nombreux sur ce sujet et les bénévoles engagés tout autant avec une sincère dévotion. Mais ce qui est également certain, c’est que cette situation ne changera pas tant que la chaîne de production des matériaux en question, estampillé biodégradable ou pas, ne sera pas interrompue à la source. Au contraire, entreprises et pouvoirs visent la croissance des productions ! Un tel revirement nécessiterait un changement de cap à 180° des habitudes de consommation et des incitations collectives envers les acteurs économiques.

En attendant alors que le plastique disparaisse définitivement de notre quotidien, il est légitime de se demander pourquoi, et comment, en sommes nous arrivés à vendre au consommateur un plastique biodégradable… qui ne l’est pas. Car cette supercherie sur fond de greenwashing – ou écoblanchiment – n’est probablement pas la seule.

Le consommateur, tête de turc des entreprises et du marketing.

C’est en apprenant durement qu’on retient le mieux. Aujourd’hui, les enjeux environnementaux sont de plus en plus au cœur des problématiques de sociétés car il devient impossible de les nier. Et si vous pensiez que les grandes entreprises de l’agroalimentaire, du textile et d’autres secteurs économiques étaient passées à côté, vous vous trompiez lourdement… Voilà plus de 10 ans que l’écologie, dont la notion est noble, est systématiquement prostituée pour vendre des produits qui n’ont rien d’écologiques.

Si on ne s’étendra pas ici sur le neuro-marketing, bien réel, la manipulation la plus simple est souvent la plus efficace. Aussi, entre Instagram, photomanipulations et autres subterfuges pour nous pousser à acheter quelque chose dont on a pas forcément besoin, il y a toute une palette de faux-logos et faux-engagements destinés à nous tromper. Et ça marche ! Exploiter la notion de “bio” et le “respect de la Nature” est une véritable mine d’or pour des organismes de peu d’honneur. Une supercherie doublement malsaine qu’elle vient porter préjudice au monde originel du « bio », c’est à dire une production naturelle, sans intrants phytosanitaires d’origine fossile, comme le faisaient nos anciens depuis des millénaires.

Enfin, contre le plastique, rappelons que l’idéal serait de se tourner vers une consommation Zéro Plastique intégrale. Mais en attendant, chacun peut d’ores et déjà essayer de prendre conscience de ce qu’il consomme au quotidien, de son impact sur le monde qui l’entoure, et bien sûr, continuer de sensibiliser son entourage sur les dangerosités des publicités mensongères et leurs conséquences sur notre environnement, notre vie de façon générale et nos choix pour demain, mais aussi d’agir en faisant pression au niveau politique. Car on risque difficilement de changer le monde sans un engagement collectif et institutionnel fort.

M.D


Sources : Sources : We Demain / The Guardian / Mr Mondialisation / EPI

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