Voilà maintenant plus d’un an que nous vivons une crise mondiale prononcée. Une crise sanitaire certes, mais également une crise sociale, politique et écologique. Les opinions la concernant sont multiples et divergentes, trouvant trop souvent refuge dans un des deux camps prédominants : celui du complotisme ou celui de l’anti-complotisme. D’un côté comme de l’autre, la menace de la pensée unique est telle une épée de Damoclès pesant sur la raison. Désuni, le peuple n’a jamais été aussi désorganisé et fragmenté, dans un état quasi-léthargique, manipulable à souhait pour servir les intérêts d’un système mortifère et liberticide. Comment se repérer dans ces schémas de pensée devenus binaires, se voulant reflets d’un monde pourtant si complexe ? A qui profite ce tumulte teinté d’apathie ? En fin de compte, tandis que les citoyens s’affrontent entre eux, les responsables ne sont, quant à eux, que peu pointés du doigt. Édito.

Il s’avère aujourd’hui particulièrement difficile de trouver sa place dans ce monde incertain, baigné d’incohérences et d’intolérances. Dans les discours comme sur les réseaux sociaux, on voit se figer deux blocs. D’un côté les bien-pensants – ce que l’autre le camp qualifie de « moutons » – qui boivent allègrement le discours officiel et qui font aveuglément confiance au pouvoir en pensant que celui-ci ne nous veut que du bien. De l’autre, les « conspirationnistes », pour qui chaque mot du gouvernement est un mensonge, mais qui, par contre, acceptent comme vérité ultime n’importe quelle pseudo-information circulant sur Internet, si tant est qu’elle aille à l’encontre des idées véhiculées par les médias mainstream. D’un côté les gentils, de l’autre les méchants… et inversement. Entre les deux, les propos mesurés deviennent inaudibles. Serions-nous devenus prisonniers d’un monde en noir et blanc ?

Ne peut-on pas prendre le temps d’analyser et de comprendre, et ne pas foncer tête baissée dès qu’une information, d’où qu’elle vienne, va dans le sens de ce que l’on souhaite être vrai ? Quid des journalistes qui se démènent pour réaliser des enquêtes abouties dans le but de servir l’intérêt général ? Doit-on les jeter aux oubliettes sous prétexte qu’ils ne sont pas des « buzzeurs » de YouTube qui proclament haut et fort détenir la seule et unique vérité alternative ? Le doute aurait-il disparu de nos esprits, laissant place à une vision purement manichéenne de nos sociétés ? Selon Nietzsche, « les convictions sont des ennemis de la vérité, plus dangereux que les mensonges. » (Humain, trop humain. Un livre pour esprits libres. 1878)

Symbole du manichéisme

Au-delà des clans… 

Nos divergences d’opinion sont tout à fait naturelles, mais cela ne signifie pas pour autant qu’elles doivent nous faire choisir un camp et nous y enfermer. Ces clivages trouvent aisément leur source dans le flot de discours officiels contradictoires dont on nous bombarde depuis le début de la crise. Les masques d’abord inutiles puis, obligatoires mais payants puis, peut être pas si efficaces qu’on l’espérait donc place à des « super masques » optionnels, puis peut-être obligatoires et surtout, plus chers et industriels. Et ce n’est là qu’un exemple parmi d’autres. Quoi de plus normal que d’être perdu dans cet imbroglio.

Et lorsque l’on constate l’ampleur du bombardement médiatique sur les sujets clivants, – les gros titres présentant des « experts » qui affirment avec certitude tout et son contraire – c’est à se demander s’il n’existerait pas un guide du média officiel, détenu par quelques milliardaires qui se sont outrageusement enrichis durant la crise, et qui indiquerait comment éviter de se faire pointer du doigt par le public alors qu’ils font partie des principaux responsables de la majorité des crises que nous traversons dans le monde. Tome 1 : comment diviser et terroriser le peuple ?

Doit-on systématiquement être défini et fiché comme étant pro-masque ou anti-masque ? Pro-vaccin ou anti-vaccin ? Pro-Raoult ou anti-Raoult ? Est-ce devenu une obligation de porter moult étiquettes et être classé dans des cases, appartenant en fin de compte, à l’un des deux camps distincts ? De la même manière que ces affrontements peuvent sembler dérisoires, nous avons le sempiternel combat droite/gauche – avec un soupçon de contestation du pouvoir préfabriquée – alors qu’en fin de compte les deux ne servent, parfois sans le réaliser, qu’à alimenter ce modèle dissonant, centré sur le productivisme et la mondialisation.

Somme toute, que ce virus provienne d’un marché d’animaux vivants, d’un élevage de visons ou d’un laboratoire d’où une chauve-souris se serait échappée, la cause profonde demeure la même : un système productiviste et mondialiste, qui repose sur un rapport utilitaire entre l’Homme et le Vivant, – humanité incluse – qui sert les intérêts d’une minorité et dans lequel les décisions sont prises par une minorité, le tout emballé dans une démocratie de façade, réduite à la variable d’ajustement du capitalisme. N’avons-nous pas notre mot à dire sur le monde dans lequel nous souhaitons vivre autrement qu’en élisant celui qui mentira le mieux ? Ne serait-il pas temps que le peuple reprenne ce qui lui appartient de droit, c’est-à-dire sa souveraineté ? Que l’on pense que le gouvernement n’est qu’une bande d’incompétents incapables de gérer une crise ou que tout est machiavéliquement orchestré dans le but d’établir un ordre mondial quelconque, on en revient toujours au fait que la source du problème est un système déjà ancré, bien actuel et réel, voué à servir les intérêts des 1 % des plus riches de cette planète.

Le peuple s’appauvrit, les ultra-riches s’engraissent…

Sans grande surprise, le mythe du ruissellement est in fine bel et bien resté un mythe. Cette crise a été plus que jamais révélatrice d’inégalités déjà bien marquées dans nos sociétés, prenant leurs racines dans le capitalisme mondialisé qui semble étonnement prospérer en pleine pandémie – ou en tout cas, toujours profiter à une poignée d’individus, au détriment de l’immense majorité de la population qui voit ses libertés et son niveau de vie reculer. Une vague de chômage déferle sans retenue depuis un an. Le peuple français n’aurait-il toujours pas appris à traverser la rue, en dépit de ce conseil avisé qu’Emmanuel Macron avait si généreusement prodigué en 2018 ?

Alors que des centaines de millions de personnes ont perdu leur emploi à travers le monde, les milliardaires jubilent, plus que jamais. Tandis que les confinements successifs ont contraint de multiples petits commerces (sans oublier les bars, restaurants et autres indépendants) à mettre la clé sous la porte, la fortune de Jeff Bezos, patron d’Amazon, s’est vue augmenter de façon fulgurante. Du côté de Big Pharma, tout va également pour le mieux, rien de tel que de surfer sur une vague pandémique ! Pour le laboratoire Pfizer, ce seront plusieurs milliards de dollars de bénéfices qui récompenseront ce qui devrait être un bien commun selon certains.

Le rapport d’Oxfam intitulé « Le virus des inégalités », publié le 25 janvier 2021, vient « dénoncer la prospérité d’une élite fortunée tandis que la majorité [] est broyée et décimée. » En effet, tandis qu’il faudrait, selon les calculs, plus de dix ans aux individus les plus pauvres pour rebondir suite aux impacts économiques de la Covid-19, la fortune des 1 000 milliardaires les plus riches a retrouvé le niveau qu’elle avait avant la pandémie en neuf mois seulement. Pire encore, entre le 18 mars et le 31 décembre 2020, la fortune des milliardaires à l’échelle mondiale a augmenté de 3 900 milliards de dollars. Rien que celle des dix milliardaires les plus riches a grimpé de 540 milliards de dollars depuis le début de la pandémie. D’après ce même rapport, ces richesses accumulées par les dix plus fortunés pendant la crise « seraient amplement suffisantes pour éviter que quiconque sur notre planète ne sombre dans la pauvreté à cause du virus. » Tout ceci dans un contexte de croissance limitée où le gâteau des richesses ne grandit plus vraiment.

Ainsi, comme l’indique amèrement l’ONG, l’histoire ne se souviendra pas de la pandémie seulement comme d’une crise sanitaire mais aussi « comme de la première fois où les inégalités ont augmenté simultanément dans la quasi-totalité des pays du monde depuis que ce type de données est enregistré». D’après Kritalina Georgieva, directrice générale du FMI, l’impact de la crise sera « profond […] avec des inégalités croissantes provoquant des bouleversements sociaux et économiques : une génération perdue pour les années 2020 avec des séquelles qui perdureront pendant plusieurs décennies ».

Oxfam ne se garde pas de rappeler que cette crise ne fait qu’accentuer les inégalités extrêmes préexistantes dans notre monde où « quelque 2 000 milliardaires détiennent plus de richesses que ce qu’ils/elles pourraient dépenser en l’espace de 1 000 vies. Un monde où près de la moitié de l’humanité doit composer avec moins de 5,50 dollars par jour. Un monde dans lequel, depuis 40 ans, les 1 % les plus riches gagnent plus de deux fois les revenus cumulés de la moitié la plus pauvre de la population mondiale. » Des inégalités qui trouvent leur source dans « un système économique biaisé, qui s’appuie sur des logiques d’exploitation et qui prend racine dans l’économie néolibérale et la confiscation du pouvoir politique par une élite ».

Un pouvoir bienveillant qui nous assassine ?

Parce que tout n’est pas blanc ou noir, on peut tout à fait accepter la gravité de l’épidémie tout en pointant du doigt les structures qui auraient pu éviter qu’on en arrive là. Prenons l’exemple de la surcharge des hôpitaux. Celle-ci est bien réelle. Les soignants sont bel et bien à bout de souffle. L’hôpital est bel et bien à l’agonie et pourtant, cela ne date pas d’hier. La casse du service public de la santé est enclenchée depuis plusieurs décennies, portée par les politiques néolibérales de plusieurs gouvernements successifs, LREM n’ayant qu’accéléré le mouvement. Ainsi, l’hôpital public s’est progressivement transformé en véritable machine à rentabilité, dégradant peu à peu l’accès à la santé. En septembre 2019, peu de temps avant la crise, le gouvernement a décidé d’économiser 4,2 milliards d’euros sur le budget de la santé. Les manifestations des soignants qui ont suivi n’ont pourtant eu aucun impact sur cette décision funeste, ni sur les suivantes.

On pourrait penser que l’État n’oserait pas poursuivre cette destruction accélérée du service public de la santé durant une pandémie. Que nenni ! Le 29 octobre 2020, Basta ! dénonce la suppression de centaines de lits supplémentaires en publiant notamment une carte des hôpitaux concernés. Le 3 décembre 2020, le média indépendant accuse Olivier Véran de laisser se poursuivre les projets de restructuration hospitalière tout en répétant sans sourciller vouloir mettre fin aux suppressions de lits. Basta ! dénonce également la sanction des soignants ayant manifesté contre la fermeture dite « temporaire » des urgences de l’hôpital Hôtel-Dieu, à Paris, durant la seconde vague de Covid-19. Résultat : 135 euros d’amende pour « rassemblement illégal en raison du contexte sanitaire ».

Interpellé par une soignante en 2018 sur le manque cruel de moyens dans les hôpitaux, Emmanuel Macron lui a éhontément rétorqué : « il n’y a pas d’argent magique ». Pourtant, durant le premier confinement, alors que l’épidémie battait son plein et que le cri de désespoir de l’hôpital public était plus audible que jamais, l’État français a pris la décision d’accorder 20 milliards d’euros aux grandes entreprises polluantes (et ce, sans contrepartie écologique, précisons-le). Mais bien entendu, « il n’y a pas d’argent magique ».

Nous savons maintenant pourquoi les hôpitaux sont débordés à ce point et quels en sont les responsables. Pour aller plus loin, nous pouvons également essayer de comprendre pourquoi tant de personnes sont considérées comme étant fragiles et ont besoin de soins accrus en cas de contamination par le coronavirus. Nous le savons tous, l’être humain dispose d’un système immunitaire destiné à le protéger des divers pathogènes, dont les virus. Près d’un an après le début de la crise, l’idée d’une supplémentation en vitamine D et en zinc est vaguement évoquée pour prévenir les formes graves de la Covid-19. Aurait-on découvert seulement maintenant l’existence du système immunitaire et la possibilité de prévenir les maladies ? Selon de nombreuses études dont des méta-analyses et de revues systématiques récentes[1],[2], ces nutriments sont des alliés incontestables de nos défenses immunitaires. Une carence en vitamine D par exemple, met particulièrement à mal notre immunité. Par ailleurs, un lien direct a été établi entre un manque de vitamine D et la gravité de la maladie chez les personnes souffrant de la Covid-19 dans une méta-analyse publiée en octobre 2020 dans la revue scientifique Critical Reviews in Food Science and Nutrition. D’après une autre étude, publiée le mois suivant dans The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, plus de 80 % des patients hospitalisés atteints de la Covid-19 auraient une carence en vitamine D. Politiquement, cette question pourtant fondamentale dans l’objectif de limiter les pertes humaines, n’a pas été abordée.

D’autre part, rappelons que l’industrie agro-alimentaire qui, soutenue par les États,  piétine avec entrain les alternatives, et est également responsable de la mise à mal de notre système immunitaire, en raison notamment d’un usage à outrance d’antibiotiques et de perturbateurs endocriniens :

Des morts pour sauver des vies ?

Oui, nous sommes en crise. Non, nous ne sommes pas « en guerre » contrairement à ce qu’a pu affirmer à six reprises Emmanuel Macron dans son allocution du 16 mars 2020, la veille du premier confinement.

Il n’est pas question ici de nier la gravité de l’épidémie, chaque perte humaine étant à déplorer. Mais cette crise ne doit pas nous faire perdre de vue tout le reste. La Covid-19 est devenue l’élément central de nos vies depuis plus d’un an, excluant bien des problématiques du débat public. Les pathologies autres que la Covid-19 semblent aujourd’hui banalisées et les retards de prise en charge ont un effet désastreux en matière de santé publique. Selon une étude des centres Unicancer publiée le 8 décembre 2020, relayée par Le Parisien[3],[4], la baisse de la prise en charge de nouveaux patients a été si marquante qu’elle risque d’engendrer une surmortalité considérable chez les patients souffrant de cancers dans les années à venir. Il est estimé que ces retards de diagnostic liés au premier confinement pourraient causer jusqu’à 6 000 décès supplémentaires. Et là, on parle seulement du cancer, sans prise en compte de toutes les autres pathologies graves qui se sont retrouvées mises de côté, les crises cardiaques prises en charge trop tard, les retards d’avortement etc.

Dessin de Kak pour L’Opinion (France)

En parallèle, suite aux mesures prises pour éviter les contaminations dans les EHPAD, l’isolement a littéralement précipité la mort de personnes âgées (syndrome de glissement)[5],[6]. Au printemps 2020, une aide-soignante d’un EHPAD en Ardèche témoignait de la tragédie de la situation : « Ici, les résidents ne meurent pas de la Covid-19, nous n’avons presque pas de cas. En revanche, nous les voyons mourir de solitude. » N’étions-nous pas censés protéger nos aînés ?

La Covid-19 c’est aussi toute une jeunesse sacrifiée, non pas directement à cause de la maladie, mais par les multiples retombées de celle-ci, notamment d’un point de vue sociétal et économique. Les tentatives de suicide se multiplient chez les étudiants. Les enfants, quant à eux, grandissent aujourd’hui dans un climat anxiogène, un monde où l’autre est un danger et où eux-mêmes sont un danger pour l’autre. L’enfance comme l’adolescence s’imprègnent de la peur de mourir, ce qui semble paradoxal en sachant que ces périodes ne constituent encore que le début de la vie. Une époque qui laissera probablement à vie des séquelles psychologiques aux jeunes générations.

BANGKOK, THAILAND – AUGUST 10: Thai kindergarteners wear face masks as they play in screened in play areas used for social distancing at the Wat Khlong Toey School on August 10, 2020 in Bangkok, Thailand. In the beginning of July The Wat Khlong Toey School reopened its doors to its approximately 250 students following the relaxation of lockdown measures during the COVID-19 pandemic. When the school was forced to shutter its doors in mid March due to Thailand’s emergency decree and lockdown, the administration and teachers prepared measures to ensure a safe reopening. By installing sinks and soap dispensers outside of each classroom, creating social distancing screens in classrooms and lunch areas and installing hand sanitizer and temperature scanners at the entry the Wat Khlong Toey school has been open for a month and has had zero cases of COVID-19. Although Thailand is now allowing schools throughout the country to further relax safety measures, the Wat Khlong Toey school has chosen to continue strict social distancing to ensure the safety of their students and teachers. Photo by Lauren DeCicca/Getty Images

Chez les adultes, on constate une montée en flèche du nombre de dépressions, troubles anxieux, troubles du stress post-traumatique et autres troubles psychiques. Selon une étude menée par Michel Debout, professeur de médecine légale et membre de l’Observatoire National du Suicide, les confinements pourraient conduire de nombreuses personnes à mettre fin à leurs jours dans les mois ou années à venir. Intitulée « Suicide : l’autre vague à venir du coronavirus » montre que l’isolement et la précarité grandissante sont loin d’être anodins pour la santé mentale de la population.

En tant qu’humains, nous sommes avant tout des êtres sociaux. Nous avons besoin les uns des autres, le véritable contact humain ne pouvant jamais être totalement remplacé par une quelconque technologie[7],[8]. Selon une méta-analyse de 148 études (incluant 308 849 participants) publiée le 27 juin 2010 dans la revue scientifique PLOS Medicine, les relations sociales sont un pilier de la longévité. Les données portant sur ces individus suivis pendant 7,5 ans en moyenne ont montré que les personnes ayant de bons liens sociaux avaient une espérance de vie 50 % plus élevée que celles ayant des relations sociales médiocres ou insuffisantes (et ce, indépendamment de nombreux facteurs tels que l’âge, le sexe, l’état de santé initial, la période de suivi ou la cause du décès). Un effet comparable notamment à l’arrêt du tabac. Ainsi, l’isolement peut être délétère sur de nombreux niveaux pour la santé humaine. Les répercussions du confinement pourraient de ce fait, non seulement être psychologiques, mais également affecter notre espérance de vie.

 

D’incohérences en incohérences !

Nous sommes bombardés d’informations antinomiques au quotidien. Que ceci relève de l’incompétence des États, de recherche d’audimat des médias, de l’intox de charlatans ou d’une manipulation de masse savamment planifiée, les coupables demeurent les mêmes.

Image d’Allan Barte : « Et vous, vous êtes plutôt « sereinement-inquiet » ou bien « inquiètement-rassuré » ? » https://www.facebook.com/BarteAllan/posts/254611166036720 Pour soutenir la lutte dessinée : https://fr.tipeee.com/allan-barte

 

Les mesures sanitaires s’enchaînent, plus incohérentes les unes que les autres, et nous plongent dans une atmosphère toujours plus anxiogène, face à un avenir pour le moins incertain. Prenons l’exemple du couvre-feu avancé à 18h en France. Est-ce un choix vraiment judicieux, dans le but de lutter contre une épidémie, que de laisser s’entasser les gens dans les transports en commun et dans les supermarchés en fin de journée, en sortant du travail ? Par ailleurs, selon un modèle du CHU de Toulouse, l’avancement du couvre-feu n’a en aucun cas mis de coup de frein à la propagation du SARS-CoV-2. Au contraire, il en aurait même accéléré la propagation selon les régions. Nouvelle contradiction. Nouvelle chance d’envoyer ceux qui doutent dans les bras d’autres manipulateurs.

Vient alors le glissement autoritaire. Pour éviter un nouveau confinement, le gouvernement a annoncé vouloir renforcer les contrôles de police pour mieux faire respecter le couvre-feu. Résultat de ces mesures : 400 km d’embouteillages en Ile-de-France et des verbalisations à n’en plus finir. Au-delà du désastre écologique et sanitaire que constitue une telle pollution, on peut noter l’aberration des amendes infligées pour des retards dont beaucoup ont probablement eux-mêmes été causés par les contrôles de police.

Autre mesure pouvant être qualifiée d’absurde : durant les deux confinements successifs, les français avaient l’interdiction de s’éloigner à plus d’1km de leur domicile. Pas de chance pour les citadins ! Des balades en pleine nature interdites donc (sauf pour tuer des animaux!), alors qu’il est scientifiquement prouvé que cette dernière est essentielle à notre santé et à notre bien-être, aussi bien physique que mental[9],[10]. Précisons également que la pollution de l’air a été responsable de près de 9 millions de morts prématurées en 2015, nombre qui a probablement considérablement augmenté depuis. Interdire le grand air en pleine crise sanitaire… L’illogisme à son paroxysme. Notons toutefois que la baisse de pollution durant le premier confinement aura eu un impact considérable. Selon les estimations de Marshall Burke, chercheur à l’Université de Stanford, cette réduction aurait sauvé «  20 fois plus de vies que celles qui ont été perdues en raison du virus » en Chine (4 000 enfants et 73 000 personnes âgées).

 

D’incohérences en théories : comment retrouver la raison ?

Face à cette infantilisation sans précédent du peuple et à une gouvernance par la peur et le bâton – qui n’ont eu pour effet qu’accentuer un chaos général – il est de notre droit de nous poser des questions quant à la cohérence et au bien-fondé des mesures mises en place par certains États. Mais ces questions doivent être à la hauteur de notre désir d’échapper à la mainmise actuelle : la facilité d’opposer à un mensonge des opinions infondées, ou encore fébriles, est certes rapide et séduisant à l’instant T – c’est un moyen auquel nous sommes tous tentés de céder dans l’urgence, la colère ou la panique – mais stérile à long terme. Du chaos sur du chaos. Au contraire, nous devons nous forcer à poser nos problématiques et thèses avec une pleine conscience de nos biais cognitifs et une rigueur implacable quant aux sources qui nous permettent de trancher, ou même de pencher momentanément dans un sens plutôt qu’un autre. Car des directions réflexives, il en existe d’infinies. Au-delà des issues binaires proposées par nos sociétés actuelles, c’est tout un monde de philosophies alternatives qui pourraient s’ouvrir à nous. La nuance est un formidable révélateur d’horizons ! Bien sûr, même avec méthode, ceux qui osent questionner le discours du gouvernement et qui refusent d’obéir aveuglément au mot d’ordre « Travaille, consomme et crève ! (Entre-temps confine-toi) » peuvent être décrédibilisés.

En effet, quelques médias classiques auront tendance à alimenter le mépris à l’encontre des personnes qui remettent en cause la pensée officielle du moment, qu’ils soient des militants politiques engagés sur le terrain des actions sociales et environnementales ou de fervents conspirationnistes : tous sont mis dans le même panier d’une opposition à ne pas écouter. Or, si tous ces individus se battent contre un même système mortifère qui les désespère, leurs luttes ne sont pas architecturalement comparables. Dans les familles, entre amis, tous peuvent s’entendre sur les coupables, les problèmes, sans jamais réussir à s’accorder sur la source de ces fléaux à cibler : quand les premiers chercheront à attaquer les structures même du pouvoir décisionnaire, axant leur indignation sur une dimension politico-sociale héritée de la sociologie et de la philosophie politique, les adeptes de certaines théories, mêlées de vérités autant que d’hypothèses plus ou moins plausibles, chercheront à prouver le machiavélisme d’une élite dirigeante encore mal définie, dans un désir bien sûr compréhensible d’expliquer la dystopie dans laquelle nous vivons. Mais au passage, ces seconds oublient tout un pan de notre histoire, dont l’héritage d’Hannah Arendt et son concept de « banalisation du mal », un indispensable pour comprendre qu’il n’y a aucun diable qui se cache en l’homme, le modèle dans lequel on vit se chargeant déjà de déresponsabiliser les citoyens de leur actions ou contributions indirectement ou directement criminelles. Nous faisons tous partie de cette dynamique, à plus ou moins grande échelle. Comme c’était le cas à d’autres époques, pour d’autres raisons, en d’autres circonstances. C’est dans ce terreau d’incertitudes que des charlatans font le plus grands profits.

Un article de France Inter intitulé « Que faire quand un proche bascule dans le complotisme ? » , sous couvert de vouloir montrer à quel point cette mésentente peut être douloureuse pour ce peuple qui aurait pourtant tout à gagner à s’unir d’une même voix, ressemble pourtant à un appel à la condescendance face à des personnes que chacun de nous pourrait considérer comme étant « complotistes », estimant que « l‘idée c’est de voir ce proche, non pas comme un adversaire, mais comme une victime ». Que dire alors des bien-pensants serviles, étrangers à toute remise en cause d’un système qui nous détruit peu à peu ? A-t-on également le droit de les considérer comme des « victimes » et se considérer soi-même comme une « victime collatérale » de leur prosternation au pouvoir ? A cette lecture, on pourrait également se demander : à partir de quel moment est-on taxé de complotiste à raison ? Osons le dire : de la même manière que l’on définit une bien-pensance par une adhésion totale aux théories officielles, on peut définir son contraire, le complotisme, comme une adoption absolue de théories internet, sans recul ? Si l’on n’est pas d’accord avec chacune des théories farfelues qui circulent sur Internet, doit-on automatiquement être considéré comme anti-complotiste à la botte du gouvernement ? Si on est sensibles à certains des scandales dévoilés, car prouvés par de multiples associations et ONG, des articles de recherche qui se recoupent à grande échelle, que seul le lobbyisme contredit, sommes-nous complotistes ? Non. Entre les deux, il y a une quête humble mais décidée de transparence et d’humanité, de solidarité et de conscience écologique, qui accepte pleinement sa part de failles et travaille sans relâche sa capacité à reconnaître ses torts, ses échecs ou ses fourvoiements. Cette démarche demande beaucoup d’énergie, et c’est pour cela qu’elle gagnerait à rassembler tous les volontaires possibles, tous les indignés possibles. Car des sujets à réellement creuser, sur lesquels agir en pratique, il en existe à foison.

Au bal masqué… même en forêt.

Depuis la fin de l’été, le port du masque en extérieur est obligatoire sur la quasi-totalité du territoire français et en toutes circonstances. Même des pays habitués à l’usage du masque, comme le Japon, n’en sont pas venus à une telle extrémité. Une mesure qui est loin de mettre tous les médecins d’accord. Interrogé par l’Obs, Martin Blachier, médecin épidémiologiste et président de Public Health, soutient qu’il ne faut en aucun cas porter le masque à l’extérieur car « comme l’air se régénère, il n’y aura jamais une concentration virale suffisante pour infecter les individus. C’est pour cela que lors d’événements en extérieur comme une fête de la musique, vous ne voyez jamais de clusters». Sur France Bleu Paris, il explique qu’il s’agit-là d’un « principe de précaution inutile et qui va finalement être contre-productif ». 

Dans une tribune publiée dans Le Figaro le 11 décembre 2020, Serge Blondel, professeur d’économie au GRANEM (Groupe de Recherche ANgevin en Économie et Management) et Samra Bouazza, professeur de physique-chimie à l’Éducation nationale, estiment que cette généralisation du port du masque en extérieur aurait en effet été contre-productive. Selon eux « les départements où le masque a été imposé en extérieur fin août ont vu leurs décès s’accroître de 129.2% contre pile +100% dans les départements périphériques de la région: résultat inverse de celui attendu, échec de la mesure ».

Au-delà de cette incohérence sanitaire qui a le mérite de questionner, il est également important de se pencher sur les répercussions écologiques du port du masque industriel généralisé. Les masques jetables (fabriqués en polypropylène) ont en effet engendré une pollution monstrueuse, plus particulièrement dans les océans. Le 28 février 2020, Oceans Asia, une association de protection marine, a publié les résultats d’une enquête menée sur les îles de Soko, au large de Hong Kong. Constat : une quantité astronomique de masques chirurgicaux échoués sur les plages. Plus de 5 milliards d’unités perdues dans nos océans, selon les estimations.

Alors qu’une alternative – les masques en tissu lavables – s’est rapidement mise en place pour éviter cette pollution massive, les gouvernements songent aujourd’hui à rendre obligatoires les masques FFP2 sous prétexte qu’ils sont plus efficaces (cette mesure est déjà en place dans certaines régions d’Allemagne et d’Autriche). Synthétiques, à usage unique et bien plus coûteux, leur généralisation frôlerait le summum de l’aberration. On sait également depuis quelques jours que la France a acheté 5,3 milliards d’euros de masques chinois en 2020. Le pays a dépensé autant à l’étranger en achats de masques en un an que sur son territoire pour investir dans la santé pendant cinq ans ! Pourtant, même l’OMS estime que le port du masque en tissu lavable est largement suffisant dans la plupart des cas pour la population générale.

La folie sanitaire doit-elle devenir la nouvelle norme ?

Dans le préambule de la Constitution de l’Organisation mondiale de la santé, on peut lire que « la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. » Pourtant, aujourd’hui, la définition de la santé largement véhiculée à travers le monde semble être « absence de Covid-19 ». Tout le reste n’aurait-il plus la moindre importance ? L’OMS estime également que nous devons nous préparer à des crises bien pires que celles-ci. Selon Michael Ryan, Directeur exécutif chargé de la gestion des situations d’urgence sanitaire, il s’agit d’un « virus transmissible mais avec une mortalité relativement faible. C’est un signal d’alarme. Nous devons nous préparer à une pandémie plus grave à l’avenir. La planète est fragile. » Déforestation et destruction d’habitats d’animaux sauvages[11],[12], élevages industriels[13],[14],[15], fonte du permafrost… Seul le temps nous dira d’où viendra la prochaine pandémie.

Souhaitons-nous vraiment vivre dans une tourmente continuelle, arrachés des bras de nos proches, dans un monde triste et aseptisé ? Ou alors, plutôt que de traiter les symptômes du problème, ne pourrions-nous pas plutôt aller à sa source ? Questionner nos structures collectives ? Ne serait-il pas temps de pointer du doigt les responsables, c’est-à-dire ceux qui entretiennent ce système qui repose sur l’exploitation du vivant sous toutes ses formes, système auquel sont inextricablement liées cette situation désastreuse ainsi que celles à venir ? Ne serait-il pas temps de remettre en cause l’industrialisation, la mondialisation et le productivisme débridés, portés par ceux qui ne cherchent qu’à remplir leurs poches déjà débordantes, faisant fi des répercussions délétères que cela peut avoir sur l’humanité tout entière ? N’est-il pas du devoir du peuple de reprendre sa souveraineté qui lui a été insidieusement arrachée des mains ?

– J.M.

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