Le documentaire « Qu’ils reposent en révolte », réalisé par Sylvain George, raconte les conditions de vie des personnes migrantes à Calais. Coincés entre policiers, habitants, transporteurs de fret et groupes néo-nazis, soutenus difficilement par quelques associations sur le terrain dont Médecins du Monde, les sans-papiers de Calais subissent une très dure répression policière  et institutionnelle. Quelle que soit leur situation, les Droits de  l’Homme doivent s’appliquer pour ces personnes aux vécus souvent très difficiles et  survivant dans une précarité totale. Durant trois ans, entre 2007 et 2011, Sylvain George a filmé leur quotidien.

Cécile Bossy, coordinatrice de Médecins du Monde à Dunkerque, en compagnie des migrants à Calais. Photo : metronews.fr
Cécile Bossy, coordinatrice de Médecins du Monde à Dunkerque, en compagnie des migrants à Calais. Photo : metronews.fr

« Le film montre les conditions d’existence des clandestins de Calais. Infinie précarité qui est, ni plus ni moins, la condition que l’on a choisi de leur faire, entre arrestations et destructions des campements. Le rythme très lent du film, le choix du noir et blanc concourent à une impression d’austérité extrême. Si l’on n’est pas rebuté, on entre dans une expérience de cinéma rare, puisqu’il s’agit d’atteindre à l’expérience de personnes qui vivent dans les mêmes lieux que nous et pourtant dans une toute autre réalité. Comment en effet, sinon par un cinéma radicalement différent, sortir des effets de familiarité pour faire entièrement droit à ce que la vie des sans-papiers, dans la précarité absolue qui est la leur, a de radicalement autre ?

Le film contient de nombreux plans admirables de lieux vides aux heures blafardes, avant la police. On y voit, répétée à l’infini sans provoquer de lassitude, un clou rougi sur des braises pour servir à effacer les empreintes digitales sur les doigts. Sylvain George, à l’instar d’un archéologue, est attentif aux traces matérielles minuscules de ces existences : le clou, les éléments de récupération de campements de fortune, les couverts en plastique des repas pris dehors… On ne saurait oublier les panneaux publicitaires reemployés pour construire des abris de fortune, et qui proclament une société de consommation et de bien-être : discours dont Sylvain George tire une ironie cruelle.

On a ici affaire à un cinéma militant qui est aussi un cinéma de poésie (dans la mesure où le réalisme ouvre à force sur une autre dimension, qui n’est plus réaliste au sens conventionnel du terme) : objet presque unique en son genre. »

– Alain Carou, de la Bibliothèque nationale de France


Source : Mediapart

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