Un sarcophage autour des Ehpad contre la violence de l’austérité ? En réponse aux tragiques évènements de Paris qui ont frappé le Fouquet’s, un citoyen anonyme a décidé de s’inspirer du fameux sarcophage d’acier protégeant chaque week-end le restaurant des hordes de sauvages en gilet jaune. Sous le nom de #Sarko-Phage, son fondateur ambitionne de construire un sarcophage d’acier afin de protéger, à leur tour, les services publics des violences du gouvernement. Interview avec le créateur anonyme du mouvement.

Mr Mondialisation : L’univers entier a été profondément choqué par les violences qui se sont abattues sur le Fouquet’s il y a quelques jours, prestigieux restaurant parisien réputé pour accueillir l’élite politique française. Vous-même avez été profondément meurtri par cette attaque des gilets jaunes contre ce pilier de la République. Comment avez-vous vécu ces évènements personnellement et qu’est-ce que ça a déclenché chez vous ?

Sarko-Phage : Pour Macron en brûlant le #Fouquets, on insulte et on veut détruire la République. Je suis totalement d’accord. Les Français n’en peuvent plus des violences. Par exemple, j’ai appris dernièrement que le nombre de maternités avait été divisé par 3 en 40 ans en France. Genre, aujourd’hui, il y a des femmes sur le point d’accoucher et qui ont une complication qui doivent rouler pendant UNE HEURE pour voir un médecin. C’est une violence et on en a marre. Les hôpitaux n’ont plus de moyens ? Des gens meurent faute de soins à proximité ou doivent attendre des mois pour un contrôle qui aboutira peut-être à la découverte d’un cancer ? C’est une violence et on en a marre. Les trains des petites lignes sont supprimés ? 40% dit-on ! Au nom du profit d’une minorité de nombreuses localités vont dépérir économiquement, signant leur arrêt de mort. C’est une violence et on en a marre. Nos gouvernements font des courbettes aux multinationales au prétexte qu’elles apportent de l’emploi, sous-payé et parfois même sous forme de faux indépendants (Uberisation), quand elles daignent encore bien payer des impôts en France. C’est une violence et on en a marre. On nous apprend que le ciel va littéralement nous exploser en pleine gueule, on tue les abeilles nourricières, on soutient coûte que coûte l’agrochimie industrielle, on bétonne des zones humides pour y foutre des centres commerciaux qui écouleront des produits de merdes fabriqués à l’autre bout du monde. C’est une violence et on en a marre. Combien de postiers, cheminots, soignants et policiers se sont-ils donné la mort, dégouttés par un système qui broie leur existence ? C’est une violence et on en a marre.

Alors je dis, pleurons les ruines du Fouquet’s à la télé. Pleurons à chaudes larmes de crocodile. Et construisons des sarcophages sur tous nos bâtiments collectifs ! Écoles, casernes de pompiers, hôpitaux, gares, maternité et surtout, les Ehpad ! Protégeons-les de la violence. Surtout de la violence du Nouveau monde.

Les travaux ont commencés au Ehpad de Spincourt

Mr Mondialisation : Justement, pourquoi les Ehpad en premier ?

Sarko-Phage : Les Ehpad, c’est tout de même ce qui se rapproche le plus du sarcophage, du tombeau… Aujourd’hui, le prix moyen d’un EHPAD s’élève à 2000 par mois. Sérieusement, qui peut se payer ça ? Tu cotises toute ton existence, tu sacrifies ta seule et unique vie, sans même pouvoir accéder à la dignité et au repos. Jean Arcelin, un ex-directeur de Ehpad dégouté par sa fonction, a déclaré récemment : “Une large majorité des 700 000 personnes en Ehpad mangera, pour le reste de sa vie, des repas à 1€”. Là, vraiment, le mot sarcophage prend tout son sens. On revient peu à peu à la mode des mouroirs, bien avant que le bon peuple se révolte pour ses droits. On enterre nos vieux avant leurs morts, car ils sont déjà considérés comme improductifs pour le grand capital, tout comme on enterre avec eux 300 ans de luttes sociales, nos droits, nos hôpitaux, nos écoles, nos rares biens collectifs. Et malgré ça, on arrive encore à leur pomper tout leur argent d’une vie.

Mais aujourd’hui, la magie, c’est que c’est le peuple lui-même qui vote pour ça. Enfin, rectifions le tir : il vote ce qu’on lui dit de voter à la télévision après l’avoir épouvanté avec le spectre du FN. Puis, la majorité gouvernementale fait ce qu’elle veut avec un sentiment de légitimité et de supériorité qui fait froid dans le dos, mais surtout, elle n’applique pas la moitié de son propre programme. C’est magique, notre « démocratie » ne propose aucun système de contrôle pour assurer qu’un candidat respecte ses promesses. En fait, je vais vous mettre au parfum : nous ne sommes pas en démocratie. Pas selon la définition du terme. Nous n’avons rien à dire. L’idée même de démocratie nous effraie. Nous préférons alors l’aliénation collective au courage de prendre en main notre destin.

Mr Mondialisation : Parlez-nous un peu de votre projet de Sarko-Phage…

Sarko-Phage : Je me suis dit en voyant les images à la télé que c’était drôle de les voir construire un sarcophage autour du #Fouquets, un endroit généralement bourré de vieux friqués. Pourquoi ne pas faire la même chose pour nos vieux tout court ? Au début l’idée c’était de construire des barricades autour d’un EHPAD à Paris, d’y faire une ZAD. Puis on a réalisé que ça coûterait moins cher de forger un sarkophage directement autour du président. On trouve que pour un simple humain qui aime se faire appeler le Pharaon de la République ou même Jupiter, un sarcophage serait tout indiqué. Et puis le métal fait cage de Faraday en cas de coup d’éclair qui se perd. Mais attention, sans violence aucune ! Ah non, on reste humain avant tout. Un sarcophage, cent balles et un mars. On ajouterait une pancarte devant : « ici reposent les ruines du Nouveau monde » ou bien « 2020, abolition de la monarchie présidentielle ». Comme pour les pyramides d’Égypte, des touristes du monde entier viendraient se faire un selfie devant le sarcophage serti de logos de multinationales. On taperait bien Benalla devant pour protéger le coffre, mais on a trop peur qu’il le fasse disparaître.

Illustration d’Allan Barte pour Mr Mondialisation

Mr Mondialisation : Mais ça ne risque pas de coûter un bras tout ça ?

Sarko : Un bras je ne sais pas. Un œil, peut-être ! La bonne blague aurait été qu’on reçoive des subventions pour cette action d’utilité publique. On avait fait les démarches, mais ils nous ont dit que tout l’argent était déjà parti en fumée dans le CICE, les LBD-40 et la défiscalisation d’Apple. La concurrence libre et non faussée, tout un concept, LOL. Du coup, on a lancé un crowdfunding sur Tipeee pour financer le projet tous ensemble. Parait que les gens soutiennent ce qu’ils aiment bien sur Internet ! Le sarcophage sera naturellement 100% made in France, écologique et plaqué or.

Mr Mondialisation : Le mot de la fin ?

Hélder Câmara, un évêque brésilien connu pour sa lutte contre la pauvreté, disait : « Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.

La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.

La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.

Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. »

Et ça, ce n’est pas une blague.

Illustration d’Allan Barte pour Mr Mondialisation

Source : On a craqué, mais on a bien rigolé.

Merci au dessinateur Allan Barte pour sa participation.

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