De nouvelles bouteilles de lait ont récemment fait leur apparition dans les rayons des supermarchés. Si la nouvelle peut paraître anodine, et si « l’innovation » ne sautera pas aux yeux des consommateurs, elle témoigne pourtant d’un recul certain dans les décisions prises par les industriels en matière d’environnement. Pour cause, ces derniers viennent d’inonder le marché par de nouvelles bouteilles en plastique… non-recyclables !

Une bouteille « plus brillante » qui fait tâche

Débarquée récemment dans les rayons des supermarchés, une bouteille de lait « nouvelle génération » vient semer le trouble dans la filière de recyclage du plastique. Fabriquée à partir d’un matériau nouveau, le PET opaque, cette nouvelle bouteille, ne présente pas énormément de différences avec les anciennes en PEHD, si ce n’est qu’elle « brille » davantage, et se passe d’une opercule aluminium tout en garantissant une fraîcheur et une stérilisation identiques. Mais quel est le prix écologique de cette fameuse « brillance » qui augmenterait les marges ?

C’est une fois mises à la poubelle, ces bouteilles posent un réel problème, notamment aux différentes entreprises de recyclage chargées d’assurer le tri et la transformation des bouteilles plastiques. Alors que le PEHD, qui représente 50% du marché des bouteilles plastiques, est connu depuis des années des recycleurs, et permet un recyclage sous forme de billes ou de fibres vestimentaires, le PET opaque (à ne pas confondre avec le PET tout court, facilement recyclable) ne bénéficie pas de filières de recyclage adaptées. Sa structure même rendrait le recyclage difficile et en très faible quantité. Un problème d’envergure pour l’industrie du déchet qui se voit obligée d’incinérer ce PET opaque, avec des répercussions directes sur l’environnement…

L’argent, l’argent, toujours l’argent

Comment justifier le retour de bouteilles non-recyclables à l’heure d’une crise environnementale sans précédent ? À l’origine du succès de cette hérésie plastique, on trouve la volonté de certains industriels du lait de tirer des coûts de production toujours plus vers le bas. Car si, interrogé par Francetvinfo, Emmanuel Vasseneix, premier industriel à avoir utilisé des bouteilles en PET opaque, parle de certains « avantages pour le consommateur », il est clair que c’est surtout l’économie de 20% engendrée par l’utilisation du matériau par rapport à un autre qui a convaincu toute une partie de la profession. Ainsi, l’argent passe à nouveau avant la raison écologique élémentaire.

Aujourd’hui, de nombreuses marques commencent à se laisser séduire par ce plastique bon marché mais terriblement polluant. Un fait déploré par Flore Berlingen, directrice de Zero Waste France : « Malheureusement, on peut raisonnablement supposer que le choix des industriels ait été simplement dicté par une volonté de réduction les coûts, au détriment de l’urgence environnementale. C’est d’autant plus grave que l’ensemble des marques concernées prétendent par ailleurs être engagées dans une démarche de développement durable et d’économie circulaire ». L’association à édité un rapport très complet sur cette problématique.

Pour faire face à cette vague de plastique nocif — qui pourrait rentrer dans la composition de 100% des bouteilles de lait d’ici 5 à 10 ans — les consommateurs sont appelés à réagir, en faisant des choix conscients concernant leurs achats. Une pétition a également été lancée afin de susciter un sursaut citoyen. « On peut encore opter pour un emballage recyclable en étant très attentif dans les rayons des supermarchés pour éviter le PET opaque (lisse et brillant). Mais il est encore plus important que nous soyons nombreux à exprimer notre refus de cette décision irresponsable, par exemple en signant cette pétition », nous dit la directrice de l’association.


Sources : ZeroWasteFrance.org / Francetvinfo.fr