Une nouvelle étude publiée dans Nature Sustainability tire la sonnette d’alarme : 20 % des écosystèmes de la planète pourraient changer brusquement ou s’effondrer beaucoup plus tôt que prévu. Les chercheurs mettent notamment en avant la possible disparition de la forêt amazonienne avant la fin du siècle ! Décryptage de cette alerte.

Alors que les décisionnaires au pouvoir restent désespérément inactifs en matière d’environnement, voire même complices de sa destruction, les prédictions concernant l’avenir de la planète semblent s’assombrir de plus de plus en plus si nous poursuivons dans cette voie. De nombreux points de bascules écologiques pourraient en effet intervenir bien avant les prédictions scientifiques.

Photo de Ehimetalor Akhere Unuabona sur Unsplash

Une accélération permanente

Ces derniers temps, la nature paraît constamment déjouer les prédictions des scientifiques. Malheureusement, pas dans le bon sens. Alors que les annonces des spécialistes sont déjà très inquiétantes, les catastrophes se produisent bien plus rapidement que ce que l’on pouvait redouter. Récemment, on a par exemple appris que la disparition des glaces de mer d’été dans l’Arctique interviendrait inéluctablement d’ici 2030, soit dix ans avant ce que les scientifiques avaient envisagé.

Les recherches publiées le 22 juin 2023 dans Nature Sustainability vont également dans ce sens et tirent la sonnette d’alarme. Dans un avenir proche, 20 % des écosystèmes de la planète pourraient changer brusquement ou s’effondrer.

L’Amazonie bientôt de l’Histoire ancienne ?

Parmi les zones les plus menacées, le document pointe notamment du doigt l’Amazonie. L’un des auteurs du papier, Simon Willcock, professeur en développement durable, affirme ainsi que :

« nous pourrions être de manière réaliste la dernière génération à voir la forêt amazonienne »

En 2022, une autre étude assurait d’ailleurs que 76,2 % de cette forêt avait déjà perdu en résilience depuis le début du troisième millénaire. Pire, le poumon de la Terre pourrait très bien se transformer en une savane d’ici 2100, et peut-être même avant.

Ce point de bascule d’un écosystème, qui précède son effondrement, se situe à l’instant où il devient incapable de se reconstituer de lui-même à la suite d’une pression issue d’un phénomène extérieur. Dans le cas d’une forêt comme l’Amazonie, on pourrait entre autres évoquer une sécheresse due au dérèglement climatique.

@outremerla1ere

La forêt amazonienne va-t-elle se transformer en savane ? 😳 #en1ereligne #En1ereLigne #fyp #foryou #foryourpage #pourtoi #ecologie #ecolotok #ecologie #climat #rechauffementclimatique #biodiversité #guyane #amazonie

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Si cette forêt est inapte à retrouver un état stable à la suite de ce manque d’eau, elle atteint son point de bascule et s’écroule. Ce milieu naturel évolue alors, par exemple en une savane, qui peut au bout du compte finir comme un désert.

Les facteurs multiples sous-estimés

Le problème, c’est que le climat est loin d’être la seule source de pression sur les écosystèmes. Si l’étude anglaise dont il est question dans cet article est plus pessimiste que d’autres, c’est parce qu’elle a justement pris en compte les multiples facteurs qui peuvent agir simultanément sur un milieu naturel.

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La recherche a ainsi modélisé pas moins de 70 000 simulations différentes appliquées entre autres sur les forêts et la qualité de l’eau des lacs. En testant des combinaisons de plusieurs données pouvant exercer une pression puissante sur ces environnements, les scientifiques ont conclu que le point de bascule de plusieurs écosystèmes pourrait être dépassé 30 à 80 % plus rapidement que prévu.

L’hécatombe avant 2050 ?

Par ailleurs, de nombreuses études ont affirmé que la pression infligée actuellement sur les écosystèmes est déjà assez importante pour causer la disparition de certains d’entre eux, dans la seconde moitié du XXIe siècle. En réalité, elle pourrait advenir bien avant, peut-être d’ici 2030 pour certains. Pour d’autres, la pression n’est pas encore suffisante pour les menacer.

Cependant, c’est en ajoutant une nouvelle pression, volontairement ou non (par exemple une activité humaine supplémentaire), que la catastrophe pourrait s’accélérer ou se produire. Dans l’étude, ce phénomène concerne ainsi 15 % des effondrements.

Un virage plus qu’urgent

Évidemment, le dérèglement climatique est l’une des pressions les plus importantes sur les écosystèmes, mais d’autres, tout aussi sérieuses, comme l’effondrement de la biodiversité, la dégradation des sols ou encore la perturbation des cycles de l’eau peuvent également provoquer des catastrophes en chaînes qui viendront s’ajouter au tableau.

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Au bout du compte, même lorsque l’humanité pense gérer une situation de façon soutenable, par exemple en régulant la pêche ou la déforestation, elle devrait toujours aller plus loin en prenant en compte l’apparition possible d’autres facteurs imprévus.

Plus concrètement, si une jungle peut créer dix arbres par an et que nous en coupons huit, nous pourrions avoir la sensation d’être raisonnables. Or, des événements fortuits comme une sécheresse ou un incendie peuvent diminuer la capacité de résilience de cette forêt, ce qui impliquerait alors que notre consommation pourrait entraîner son effondrement.

En outre, dans bien des domaines, nous tirons déjà bien trop sur la corde. Chaque année, le jour du dépassement est d’ailleurs là pour nous rappeler que nous vivons en épuisant les ressources que la Terre a mis des milliards d’années à produire, sans pour autant lui laisser le temps d’en reconstruire suffisamment.

Et si l’urgence de changer nos modes de vie (et donc nos décisionnaires) est si prégnante, c’est aussi parce que comme le mentionnent les auteurs de l’étude : « Il n’existe aucun moyen de reconstituer des écosystèmes effondrés dans un délai raisonnable ». Et, en effet, si nous sommes capables de les anéantir en quelques années seulement, leur reconstruction peut en revanche prendre plusieurs siècles.

– Simon Verdière


Photo de couverture de Patrick Perkins sur Unsplash

 

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