France : cette maquette grandiose expose la société du futur… à éviter ?

Une simple maquette peut-elle questionner notre vision du monde ? C’est le pari qu’Alain Fraval, ancien chercheur à l’INRA, s’est assigné en construisant cette maquette unique au monde d’une société future terne et polluée, appartenant totalement à une compagnie privée… Bienvenue à ReFeRe.

Au cœur de la Nièvre, au Musée des mondes imaginaires / Atelier Alter Ego, à Sauvigny (Bourgogne), se trouve un univers étonnant, pleins de détails, de signes et de symboles. Alain Fraval y a déposé ses « îlots » à mi-chemin entre art engagé et bricolage. Construit de bric, de broc et de déchets, il y figure un monde possible où la pollution est devenue un mode de vie à part entière.

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Ce monde est celui de la ReFeRe, pour Réseaux Ferrés Réunis, dont l’acte fondateur énonce que « la compagnie dénommée ReFeRe exercera l’activité de transporteur ferroviaire. Elle se dotera obligatoirement du nécessaire : voies ferrées et leur environnement, matériel roulant, alimentation en énergie, système de communication, personnel d’encadrement et personnel actif, règlement interne relatif au respect des dispositions stipulées par les notes de service … ». On comprend rapidement que ce monde appartient à la ReFeRe et non plus à sa population. La ReFeRe, entreprise totalitaire « mais pas méchante » par excellence, le domine et détient tous les droits. Une référence évidente à la concentration des pouvoirs économiques dans les mains de multinationales toujours plus puissantes.

Totalitarisme corporate, format maquette

La ReFeRe, société off-shore, est autonome. Elle a pris soin de créer sa propre académie, l’Asaf ; ses propres lieux culturels afin d’y divertir les gens, les Ouches ; son lieu de stockage où attendent les déchets produit par la ReFeRe, le Dépôt ; son usine de production d’énergie, le Nucléaire ; et, enfin, l’Oasis, son usine de retraitement des déchets ici appelé les « ça peut servir ». La ReFeRe, produit, nourrit, forme, pollue, divertit, retraite ses déchets (quoique… pas vraiment… mais qui s’en soucie?), à se demander si la fonction de transport n’est pas devenue avec le temps une activité anecdotique, et pourtant les trains roulent toujours. L’entreprise a su diversifier ses activités jusqu’à les posséder toutes, écrasant au passage ses éventuels concurrents (fallait être plus compétitif, non mais).

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Ici le matériau prédominant est le « concrete », mélange de produits non testés avant utilisation sur les humains et composé de ciment, d’amiante et d’un mélange indéterminé fourni par un pays ami qui nous veut du bien, qui a surtout vu là une bonne manière de retraiter ses propres déchets. Ce concrete, ainsi que le plastoc, sont les éléments principaux des cinq îlots composant la ReFeRe. On l’aura compris, l’univers d’Alain Fraval est aussi riche que délicat. Les messages s’y bousculent autant que les matières.

Aucune trace d’arbre ou d’herbe

L’îlot des Ouches, dédié à la culture du sol et de l’esprit, n’expose pourtant aucune trace d’arbre ou ni d’herbe. Le Dépôt, classé Seveso (référence à la directive européenne, qui impose aux États membres de l’Union européenne de lister les sites industriels présentant un risque d’accident majeur, et qui porte le nom d’une catastrophe industrielle et chimique homonyme qui eut lieu en 1976 en Italie), où sont stockés et déposés les déchets qu’on répertorie puis fait disparaître… Où les « admirateurs » ont la chance de profiter du seul chemin de grande randonnée tracé dans des collines de déchets et qui va jusqu’à une ZAD (zone à dégueulasser).

L’Oasis, appelée aussi Alcatraz par ceux qui y travaillent, est dominé par la collerie, usine de colle à concrete. Les autres îlots, enfin, réservent aussi leur lot de surprises, car tout ce petit monde dystopique donne à réfléchir au monde dans lequel nous vivons. D’analogie en hyperbole, nous percevons mieux les dérives de notre monde bien réel.

« La biodiversité s’installe »

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Alain Fraval qui se définit lui même comme le directeur-en-chef de la ReFeRe, et qui joue jusqu’au bout le jeu de l’autocrate, déclare : « C’est moi qui décide de tout, je contrôle tout, je construis tout. Le personnel fait au plus de la figuration sous forme de personnages ». On l’aime déjà. Créateur de cette étonnante maquette, il recourt pour la construction de son décor, essentiellement au papier et au carton, mais aussi à des objets recyclés tels que la paille, les stylos, les coton-tiges, les tickets de métro, etc. Utiliser des matériaux recyclés pour reconstruire au modèle réduit un monde qui vit de pollution ? un beau pied de nez ! Et si le tableau global peut sembler fort terne, il est surtout réalisé avec une belle dose d’humour et contient un message clair : évitons ça…

NB : les îlots modules de la ReFeRe sont en exposition permanente (en principe) au Musée des mondes imaginaires / Atelier Alter Ego, à Sauvigny (Bourgogne). L’artiste décrit également son petit univers dans plusieurs livres à télécharger. Immanquable.

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GR Toutes photographies : Julia Frizziero pour Mr Mondialisation


Sources : La ReFeRe / Musée des mondes imaginaires / Livres téléchargeables sur le ReFeRe (dont certains gratuits).

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