Selon l’UFC-Que choisir, « l’offre bio actuelle de la grande distribution est loin de répondre à l’attente des consommateurs en termes de prix et de disponibilité des produits ». L’association de protection des consommateurs s’inquiète non seulement de la faible disponibilité de certains produits biologiques, mais surtout de leurs prix excessifs. En cause, les marges importantes réalisées par la grande et la moyenne distribution.

Alors que la consommation de produits issus de l’agriculture biologique augmente de manière continue en France depuis quelques années, le prix des denrées portant le label vert continue de détourner de nombreux ménages. En effet, pour beaucoup de Français.es interrogés, le prix du « bio » explique leur préférence économique accordée aux fruits et légumes issus de l’agriculture conventionnelle. Or, d’après une étude réalisée par l’UFC-Que choisir, si les produits bio vendus dans les grandes surfaces ont effectivement un prix plus élevés que les autres produits, cela s’explique aujourd’hui en grande partie par les marges très importantes réalisées par les grandes surfaces sur ces mêmes produits.

Un panier de fruits et légumes deux fois plus cher

Pour obtenir ces résultats, la nouvelle étude de UFC-Que choisir s’est intéressé aux fruits et légumes bio vendus dans les grandes surfaces. L’association montre d’abord que les prix de ces produits sont particulièrement élevés : « tous les produits bio sont significativement plus chers, 98% en moyenne, que les productions conventionnelles ». L’enquête démontre cependant que ce ne sont pas les prix pratiqués par les éleveurs qui sont principalement en cause, mais les marges de la grande distribution, beaucoup plus élevées sur ces produits que sur les fruits et légumes issus de l’agriculture conventionnelle. Conséquence ? Selon les calculs réalisés par les auteurs du rapport, le panier annuel de 24 fruits et légumes coûte 135 euros de plus en « bio » qu’en « conventionnelle ».

Ainsi, une part du prix élevé du bio s’explique par la politique des magasins, et non pas le prix de vente des producteurs. Une réalité qui a de quoi interroger quand on sait que les arguments en faveur de l’agriculture bio sont régulièrement balayés de la table par une large partie des consommateurs qui déplorent les coûts trop élevés des aliments produits de manière écologique. La grande et moyenne distribution trouverait-elle donc un intérêt à booster les prix du bio ? En tous cas, la conséquence semble être celle de préserver la consommation des produits industriels conventionnels et ralentir la transition ?

Une politique des prix incohérente, qui freine l’accès au bio 

Dans le détail, les auteurs du rapport notent en effet que le surcoût agricole du bio n’explique que la moitié de la différence de prix en rayon, l’autre moitié étant à imputer aux grandes surfaces elles-mêmes, qui gonfleraient davantage les prix. Selon le rapport, un scénario réaliste serait que la grande distribution réduise cette marge de moitié. Cette mesure permettrait de faire baisser de 67,5 euros le prix d’un panier de fruits et légumes moyen des ménages français rendant la « bio » plus compétitive et attractive.

Autre problème, selon l’association, l’offre « indigente » en produits « biologiques » dans les grandes surfaces. Difficile de couvrir l’ensemble de ses besoins en bio dans un même magasin. « Dans près d’un cas sur deux (43%), il est impossible de trouver à la fois des pommes et des tomates bio dans un même magasin. Pire, 23% des magasins ne proposent aucun de ces deux produits en version bio », ce qui peut également décourager les consommateurs.

L’association de défense des consommateurs regrette ces incohérences, qui restreignent d’une part l’accès à ces produits et pénalisent d’autre part les ménages aux budgets les plus limités, donnant l’impression fausse que le bio reste un produit de luxe. « Bien que les consommateurs soient demandeurs de produits issus de l’agriculture biologique, le prix plus élevé ainsi que la rareté en rayon de ces productions constituent des freins majeurs à leur achat. La grande distribution, à rebours de ses promesses, est loin de faciliter l’accès aux fruits et légumes bio en appliquant sans réelle cohérence des marges brutes en moyenne deux fois plus élevées que sur les produits conventionnels« , conclut ainsi le rapport.

Ce rapport expose une nouvelle fois la manière dont la grande distribution impose ses propres normes, dans une pure logique de profit. Mais on peut se questionner sur les rouages d’une telle pratique. La libre concurrence qui existe entre les différentes grandes surfaces devrait les pousser à équilibrer leurs marges vers le bas pour offrir des prix compétitifs. Pourtant, tous abusent de ces marges anormalement élevées sur le biologique, laissant suggérer une visée commune et un manque d’engagement des consommateurs.

Soulignons enfin que des alternatives existent, notamment avec le développement des groupements d’achat, des marchés de producteurs locaux ou encore des coopératives, qui tentent tous de développer de nouveaux modèles économiques qui intègrent les enjeux environnementaux et sociaux.


Sources : quechoisir.org

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