Wall Street : un jeu de société délirant en pied de nez à la finance

Ils ne savaient pas que c’était impossible… alors ils l’ont fait ! Une discrète maison d’édition, Publishroom, vient de sortir un tout nouveau jeu de société qui tourne en dérision le monde de la finance : Wall Street: In money we trust. Si son nom pourrait nous induire en erreur, ce jeu de plateau n’a pourtant rien à voir avec la Bonne Paye. À base d’humour et d’ironie, il tranche radicalement avec les jeux culturels et informatifs. Ici, on n’apprend pas ce qu’est la finance, on ne la dénonce pas non plus à proprement parler, on s’amuse simplement avec un jeu qui nous plonge en immersion dans l’absurdité d’un monde déconnecté du réel. De bons moments en perspective, en effet, car comme le dit l’équipe de Publishroom que nous avons rencontré, « c’est quand même eux les plus drôles : les traders, les analystes, les courtiers, les gestionnaires de fonds… » .

Un jeu dans l’ère du temps

« Ton seul but ? Gagner ton premier milliard même s’il faut massacrer des chatons et exterminer les ourses polaires » . Ça a le mérite d’être clair ! Dans ce jeu, il faut tout simplement devenir le plus riche et écraser ses adversaires sans aucune considération écologique, sociale, environnementale ou tout simplement éthique ! Beaucoup (beaucoup!) de sous, des entreprises à délocaliser, des holdings, trusts, la bourse qui s’emballe… tout ce qu’il faut pour comprendre les rouages d’une bonne action financière selon Wall Street pour peu qu’on n’oublie pas de laisser sa morale de côté le temps du jeu.

L’idée de mettre le culte de l’argent et du pouvoir au cœur de ce jeu est tout simplement partie du constat qu’une telle idéologie domine désormais notre monde actuel dans une quasi indifférence générale. Anaelle Alvarez Novoa, de chez Publishroom, nous raconte l’origine du projet : « L’idée de base est venue à Sabrina Grimaldi (fondatrice de Publishroom) au moment de la crise des subprimes. Abasourdie par l’impunité totale des financiers et leur manque de garde-fous, elle a décidé d’écrire le premier pitch du jeu pour dénoncer la situation. Ce n’est que beaucoup plus tard, en 2016, qu’elle a exhumé le projet. Constatant que presque 10 ans plus tard, le pouvoir de la finance était toujours de mise, elle a remis le projet en route. »

La suite s’est déroulée en équipe puisque le projet a été transmis à un ludophile, Adrien Georges, qui a pensé la mécanique du jeu puis testé le jeu sur des « cobayes consentants » . C’est ensuite tout l’équipe de Publishroom qui s’est mobilisée très personnellement autour du projet pour travailler sur les graphismes volontairement « vintages » et tester le jeu avec des game-designers au Centre National du Jeu et dans des institutions spécialisées.

Comment on joue dans le milieu de la finance?

Avant toute chose, le jeu nous prévient: ce n’est vraiment pas simple de réussir dans le monde de Wall Street ! « Tous les joueurs ont pour objectif d’écraser les autres pour triompher, quoi qu’il en coûte à la planète, à leur amour propre ou à l’humanité. Pour cela, vous achèterez sur le marché des entreprises pour les faire fructifier au sein de grands groupes. Mais vous n’êtes pas seuls. La concurrence est rude, et rarement amicale. Dans un milieu où les coups tordus sont la règle, votre conseil d’administration n’aura que faire de vos excuses, si vous dilapidez son capital.  »

Tout au long de la partie, les joueurs doivent donc réaliser les objectifs fixés par leur « board », leur conseil d’administration. C’est là que la question de stratégie entre en jeu puisqu’il s’agit de bien choisir ses priorités et ne pas se faire doubler pas ses concurrents. On ne voudrait pas décevoir son conseil d’administration ! Un joueur remporte la partie lorsqu’il arrive à accumuler un milliard de dollars. Si aucun joueur n’y parvient, celui qui a remporté le plus de points de victoire à la fin de la partie gagne. Derrière la folie assumée du jeu se dessine une critique acerbe d’un système qui semble avoir perdu la raison.

Pour bien gérer son ascension, il faut donc acheter des cartes entreprises : des bleues (nouvelles technologies), vertes (développement durable), noires (énergie/industrie), rouges (finance), et jaunes (immobilier). Chaque entreprise a un prix fixe indiqué au bas de sa carte, et un nombre en haut à droite de la carte (de 0 à 7) qui indique le niveau de l’entreprise et permet de savoir combien une entreprise rapporte au moment de l’évolution des cours. Les entreprises sont généralement achetées par le joueur parmi 5 types d’entreprises disponibles à la vente, posées face visible au centre de la table. Il est également possible d’acheter des entreprises à ses concurrents, ou à l’aveugle. Pour gagner de l’argent, les joueurs doivent constituer des groupes d’entreprises côtés en bourse, qui seront posés sur la table: les conglomérats et les trusts.

Un jeu engagé et engageant

Si le jeu est vraiment drôle, bourré d’ironie et de second degré, il porte néanmoins un message fort et engagé. Et si nous ne sommes pas tous des traders à Wall Street, il n’empêche que le jeu entend bien nous questionner sur notre rapport à la finance et à notre consommation.

« Avec WallStreet, les joueurs sont placés dans une sorte d’euphorie : ils achètent, vendent, sans se préoccuper des conséquences de l’activité des entreprises et groupes en jeux. C’est exactement ce qu’il se passe avec le monde de la finance. Les joueurs font travailler des enfants de moins de 8 ans, polluent et détruisent l’environnement, sans même s’en apercevoir ou avoir de culpabilité. Nous souhaitons dénoncer cela et inviter les joueurs à réfléchir sur la portée de leurs actes et de leurs achats. »

Crédit : Mark Lennhan / AP

Car si, individuellement, il semble difficile de lutter contre les aberrations du monde de la finance, nous avons tout de même un pouvoir d’action : Nos choix de consommation au quotidien. Alimentent-ils ce monde ? Où, au contraire, soutiennent-ils les alternatives de transition ? En faisant le choix d’une consommation plus responsable, nous pouvons refuser ce monde de spéculation et d’indifférence face aux questions sociales et environnementales.

Et dans le cadre de leur campagne de financement participatif, soutenue gracieusement par Mr Mondialisation, Publishroom offre la possibilité de venir tester le jeu lors de soirées de découverte ! Prochaines dates: Le 13 juin au Café Meisia et le 22 juin au Dernier Bar avant la Fin du Monde. D’autres dates sont à suivre sur la page Facebook du jeu. Bonne plongée dans le monde de la finance !


Propos recueillis par l’équipe de Mr Mondialisation