Le skipper Yvan Bourgnon n’en pouvait plus de naviguer au milieu des déchets. Après des années passées sur les mers et les océans du monde entier, il a donc décidé de remédier au problème, du moins à son échelle — ou un peu plus. Depuis le 14 octobre, une campagne de financement KissKissBankBank a été lancée, sous le nom du projet « The Sea Cleaners ». Son objectif : permettre la réalisation d’ici à 2017 d’un premier quadramaran conçu spécialement pour récupérer et débarrasser la mer de ces déchets qui l’empoisonnent.

Une pollution maritime qui rend la navigation difficile

Au départ de l’engagement d’Yvan Bourgnon, connu pour avoir remporté la Transat Jacques-Vabre et réalisé un tour du monde « à l’ancienne » et sans GPS, il y a les proportions inimaginables que prend la pollution en mer. De son tour du monde, deux ans à bord d’un catamaran de sport de 2013 à 2015, Yvan Bourgnon reviendra convaincu d’une chose : il est grand temps d’agir pour nos océans. Comme il le relate, le danger pour les marins ne vient aujourd’hui plus tant des tempêtes et des éléments que, de façon plus triste et beaucoup moins épique, des collisions probables avec des objets lourds, des déchets qui flottent à la surface de l’eau. « Après chaque Vendée Globe Challenge, après chaque Route du Rhum… force est de constater que le nombre de bateaux qui abandonnent suite à la collision d’objets polluants est ultra croissant », raconte le navigateur émérite.

04_the_sea_cleanersImage @ The Sea Cleaners / Facebook

Mais la pollution des océans engendre aussi d’autres problèmes pour les bateaux comme pour la faune aquatique, notamment du fait des quantités pharaoniques de déchets plastiques que l’on trouve dans l’eau. « Lors de mon dernier Tour du Monde en catamaran de sport, c’est à dire à ras de l’eau, je ne peux même pas vous décrire les scènes de crime auxquelles j’ai pu assister. S’arrêter toutes les 15mn pour retirer les sacs plastiques des gouvernails devenait un quotidien pas très joyeux ! » Et pour cause, chaque année, ce ne sont pas moins de huit millions de tonnes de plastique qui sont rejetés à la mer. On estime que d’ici à 2050, les mers du monde entier contiendront davantage de plastique que de poissons.

Agir avant qu’il ne soit trop tard

Conscient des enjeux actuels de dépollution des océans, Yvan Bourgnon a donc décidé de prendre les choses en main. Depuis quelques jours maintenant, une campagne de crowdfunding a été lancée sur KissKissBankBank dans le but de réunir 80 000 euros sous 60 jours. Au travers de la campagne et de la création d’une association dédiée, « The Sea Cleaners », le skipper espère pouvoir financer la création d’un bateau unique en son genre, qui permettrait de ratisser l’océan à la recherche de ces macro-déchets responsables de sa dégradation. « Nous avons constaté que la très grande majorité des plastiques flottants se situait près des côtes et que la seule manière de récupérer ces déchets était d’aller à la source, c’est à dire proche des zones de rejets à la côte (sur une bande côtière de 5 à 50 milles). C’est aussi l’occasion de capter ces déchets avant qu’ils ne coulent sous le poids de la flore poussant dessus au fil du temps ! ».

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La grande mobilité permise par l’utilisation d’un voilier est aussi un des atouts phares du projet. Le but est de pouvoir intervenir sur les lieux touchés par des catastrophes naturelles avant que la pollution maritime en découlant n’ait le temps de faire trop de dégâts. Les tsunamis, les inondations, les typhons et autres tempêtes qui touchent les zones habitées sont des canalisateurs de la pollution des zones aquatiques. « En intervenant peu de temps après la catastrophe, il y a un potentiel important de récupération de forts tonnages, en allant directement sur les zones les plus contaminées », nous explique M. Bourgnon. D’autant que si on ne capture pas rapidement les plus gros morceaux de plastiques, ceux-ci se dégradent lentement en particules difficiles à filtrer.

72 mètres pour ratisser la mer

Le navire imaginé par Yvan Bourgnon et son équipe, nommé Manta en référence à la raie manta dont le concept de filtration et de récupération s’inspire, est un navire hors-normes. Avec ses 60 mètres de long et 49 de large, il s’agit tout d’abord de construire un voilier géant afin de maximiser son efficacité dans les zones fortement polluées. Les quatre coques de ce « quadramaran » colossal permettront également aux déchets de se déplacer entre les différentes coques sans les endommager. Le Manta sera équipé d’un « collecteur » de déchets plastiques directement inspiré par les fanons des baleines. Celui-ci mesurera 72 mètres une fois déployé et permettra de filtrer et de nettoyer la mer sur son passage. Une fois récupérés, les déchets seront envoyés dans des cuves capables d’accueillir jusqu’à 300 m3 de plastiques qui, une fois triés et compressés, pourront partir au recyclage ou être valorisés une fois à terre.

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Enfin, le Manta a été pensé suivant des recommandations écologiques primordiales. Ainsi, afin de limiter son empreinte carbone, le navire jouira d’un système de propulsion à voiles (double gréement), de kite wings et d’un moteur hybride à l’impact limité. Un système d’émissions sonores inédit empêchera aussi la capture d’animaux marins dans les filets du Manta, s’assurant donc de respecter le vivant. Si le problème de la pollution marine est avant tout un choix collectif à travers nos modes de production et de consommation, la pollution est déjà réelle sur le terrain et réclame des solutions adaptées. On ne peut donc qu’espérer voir ce navire colossal filer doux sur nos océans, prêt à les débarrasser de ces montagnes de plastiques qui les asphyxient.


Sources : KissKissBankBank.com / YouTube.com

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