Souvent glorifiés dans les grands médias, les milliardaires sont presque parfois décrits comme des êtres extraordinaires dont dépendraient nos sociétés tout entières. Pourtant, à l’opposé de ces louanges, d’autres voix s’élèvent pour, au contraire, dénoncer les problèmes engendrés par les ultra-riches. À tel point que certains se posent la question de les proscrire.
Que ce soit d’un point de vue éthique, économique, démocratique ou écologique, l’existence même des super fortunes suscite de nombreux débats, d’autant plus avec l’explosion des inégalités. De ce fait, une intervention des pouvoirs publics apparaît de plus en plus indispensable à cet égard. Mr Mondialisation vous présente cinq bonnes raisons d’interdire les milliardaires.
1. Un pouvoir devenu beaucoup trop important
Qui dit beaucoup d’argent, dit beaucoup de pouvoirs. Or, à un certain niveau de richesse, cette puissance va même jusqu’à concurrencer, voire surpasser, celle des États. À ce titre, la question de l’information est particulièrement représentative du problème, puisque neuf milliardaires possèdent près de 90 % des médias d’envergure.
Et ce pouvoir ne se limite pas à la presse, il se manifeste, en outre, à travers des lobbies, des think tanks, des fondations ou le soutien à des mouvements politiques. Par là, les grandes fortunes détiennent les moyens d’influencer l’opinion publique et de faire pression sur les gouvernements, y compris sur ceux d’autres pays.
Dès lors, comment faire prospérer une démocratie saine avec une forme d’égalité politique lorsque l’extrême richesse biaise autant les débats ? Ce constat est d’autant plus inquiétant que certaines études démontrent que posséder beaucoup d’argent encourage les comportements moralement discutables. Des conclusions qui paraissent logiques, puisque de larges pouvoirs financiers permettent bien souvent d’avoir des traitements de faveur, de contourner des contraintes, de s’éloigner des réalités pénibles du quotidien (et donc d’avoir moins d’empathie). En somme, ne plus avoir aucune notion de limites.
2. Les milliardaires ne méritent pas leurs fortunes
Le milliardaire, qui aurait construit son empire à la sueur de son front, par son seul mérite, constitue l’un des plus grands poncifs encore largement ancrés dans une bonne partie de la société. Fondé sur l’idée de méritocratie, ce préjugé oublie pourtant bon nombre de réalités.
D’abord, les gens pauvres qui accèdent à l’ultra-richesse sont extrêmement rares. En France, 80 % des milliardaires le sont d’ailleurs devenus grâce à un héritage. Et tous ont connu des conditions de vie favorables au fleurissement de leur capital. Expliquer que le fils de Bernard Arnaut et un enfant né sous les bombes disposent des mêmes chances est purement malhonnête.
Par ailleurs, c’est bien la question professionnelle qui ridiculise cette théorie. La fortune d’Elon Musk s’élève à 1000 milliards de dollars, l’équivalent de 56 millions d’années de SMIC. Qui pourrait sérieusement affirmer qu’il puisse exister une telle différence d’efforts entre deux individus ? Dans tous les cas, des patrimoines de cette envergure ne peuvent être bâtis que par l’exploitation de milliers de personnes. Peu importe son propre labeur, un milliardaire accapare nécessairement une partie des richesses issues du travail des autres.
3. Leur mode de vie est incompatible avec les écosystèmes
Disposer d’une immense fortune, c’est bénéficier de trop de libertés nuisibles pour l’environnement. Et les chiffres parlent d’ailleurs d’eux-mêmes. Ainsi, selon Oxfam :
« [si chacun avait le] même mode de consommation que les 50 milliardaires les plus riches, le budget carbone mondial (la quantité de CO2e qui peut encore être ajoutée à l’atmosphère sans que les températures mondiales augmentent de plus de 1,5 °C) serait épuisé en moins de deux jours ».
Dans ce cercle restreint, l’émission moyenne grimpe à 7746 tonnes de CO2 par an, rien qu’avec leur utilisation de yachts et de jets privés. Il faudrait 207 ans à un employé américain d’Amazon pour atteindre l’impact de son patron, Jeff Bezos.
Et le problème ne se cantonne pas au mode de vie. Il convient également de regarder du côté des investissements. Pour générer plus d’argent, les milliardaires placent bien souvent leur fortune dans les industries fossiles, extractives ou polluantes. Dans tous les cas, une existence « sans limite » ne peut résolument pas s’accommoder à un monde où les ressources sont bel et bien limitées.
4. Lutter contre la pauvreté
La question des milliardaires ne concerne pas seulement leur propre patrimoine, mais surtout l’accaparement d’une immense partie des ressources produites par l’ensemble du globe. Ainsi, les 12 individus les plus fortunés de la planète détiennent autant de richesses que la moitié de population mondiale, soit 4 milliards d’êtres humains.
Et ces deux constats sont étroitement liés. Si près de 3,7 milliards de personnes vivent avec moins de sept dollars par jour, c’est bien parce qu’à l’autre bout du spectre, une minorité de milliardaires s’approprient l’essentiel du gâteau.
Par ailleurs, tout cet argent pourrait aussi être injecté dans le circuit collectif via les services publics, la santé ou le logement. Mais il pourrait de même contribuer à augmenter les salaires et réduire le temps de travail. Autant de mesures qui nécessitent cependant la diminution des profits des plus aisés… et que seule la gauche de rupture promet de mettre en place.
5. On peut très bien s’en passer
Au fond, le meilleur argument pour interdire les milliardaires réside sans doute dans le fait qu’une telle accumulation de richesse n’est pas nécessaire pour mener une existence libre et confortable. Bien sûr, disposer de sommes considérables peut procurer du plaisir, du confort, des loisirs et une liberté d’action hors du commun. Mais au-delà d’un certain niveau, l’accumulation de patrimoine ne répond plus à des besoins individuels essentiels : elle permet surtout d’accroître sans limite son pouvoir et son influence. Dans un monde où une immense partie de la population peine encore à satisfaire ses besoins fondamentaux, conserver des fortunes aussi démesurées pose dès lors une question éthique et politique. Et compter sur la charité des plus riches pour corriger ces inégalités reconduit le même problème.
Même au niveau de la société, beaucoup de bienfaits souvent attribués aux super-fortunes sont en réalité infondés. Il existe d’ailleurs des entreprises sans de riches propriétaires, par exemple sous le giron public, sous le statut de la coopérative ou tout bonnement à taille humaine.
Le mythe de la création d’emplois est aussi largement démenti par les faits ; ce sont les consommateurs et les travailleurs qui permettent aux entreprises de tourner et non les grands patrons. Enfin, les investissements et les fameux « risques » pris par les entrepreneurs peuvent tout à fait être menés collectivement et pas toujours par un individu tout puissant. Dans tous les cas, aucune initiative personnelle ne mérite d’engranger autant d’accumulation.
En ce sens, interdire les milliardaires ne signifie pas proscrire la « réussite », mais bien décider qu’à partir d’un certain niveau, la richesse cesse d’être une liberté individuelle, et qu’elle devient un pouvoir incontrôlé sur la communauté qui est non acceptable.
– Simon Verdière
Photo de couverture : Unsplash















