Des sacs de chanvre : deux Français veulent remettre le Cannabis Sativa au goût du jour !

Le chanvre représente-t-il l’avenir du textile ? Joséphine et Lucas, qui ont lancé une marque de sacs fabriqués en cette matière, en sont convaincus. Mais la filière qui refleurit ces dernières années doit encore convaincre les industriels et, surtout, être relocalisée afin de pouvoir faire patte blanche et éviter de reproduire les travers actuels de l’industrie textile, une des plus polluantes au monde. Rencontre.

Joséphine et Lucas, deux jeunes Français, veulent remettre le chanvre (Cannabis Sativa) au goût du jour dans le monde du vêtement. De retour d’Himalaya, ils sont allés à la rencontre d’une usine de travailleurs qui fabrique des textiles à partir de chanvre produit localement. Avec eux, ils ont lancé une ligne de sac à dos et de sacoches entièrement faits à la main sous l’appellation Himalayan Made. En collaborant avec cette entreprise appelée « Local Women’s Handicraft » (artisanat local de femmes), ils s’associent à un projet créé en 2016 par Nasreen Sheikh et dont l’objectif est d’aider les femmes défavorisées à retrouver leur autonomie, un revenu et une vie décente. Coopération, aide aux personnes en difficulté, fait-main, leur projet audacieux voit rapidement le jour.

Crédit image : Himalayan Made
Crédit image : Himalayan Made

Les deux jeunes avancent volontiers les avantages environnementaux du chanvre, plante qui peut pousser sans pesticide et avec deux fois moins d’eau que le coton, ainsi que sa résistance naturelle. Il s’agit également d’un juste retour aux sources puisque le végétal est originaire de cette région et y est cultivé depuis plusieurs milliers d’années.

Avec leur riche gamme de sacs, Joséphine et Lucas espèrent mettre en valeur une matière qui pourrait être une alternative crédible au coton dans bien d’autres domaines. Ce dernier est souvent pointé du doigt en raison des quantités importantes de pesticides nécessaires pour sa production. C’est le coton notamment qui fait de l’industrie textile l’une des plus polluantes de la planète. Afin de proposer un produit cohérent, ils ont également décidé d’avoir recours à des teintures naturelles à base d’épluchures d’oignons rouges ou de curcuma. En effet, tout comme le coton industriel, les teintures généralement utilisées par l’industrie du prêt-à-porter se retrouvent souvent sur le banc des accusés en raison de leurs effets néfastes sur les travailleurs et l’environnement.

Mais qu’en est-il du transport ?

Pour l’instant, ils doivent botter en touche sur la question. « Le fait qu’on soit obligé de transporter les sacs par avion est un défaut dans notre démarche », concède Lucas. Reste donc à savoir : la production de textiles à base de chanvre est-elle possible en France ? Si oui, qu’adviendra-t-il des femmes productrices sur le terrain ? Avec le gain d’intérêt pour les problématiques environnementales, la culture de chanvre a connu un renouveau important ces dernières années. Du haut de ses 16.000 hectares en 2016, la France est aujourd’hui le premier producteur de chanvre au sein de l’Union européenne (on est néanmoins encore bien loin des 176 000 hectares cultivés au milieu du XIXe siècle sur le territoire). Mais la production est essentiellement tournée vers des applications dans le bâtiment ou dans l’agriculture (paillage). Par conséquent, produire du chanvre textile en France est très coûteux, ce qui rendrait un sac hors de prix. « On ne fait pas de fibres tissées nécessaires à la fabrication des sacs dans l’Hexagone ou alors c’est très cher », assure Lucas, qui espère néanmoins « que la filière évoluera en ce sens dans les prochaines années » si la demande est au rendez-vous.

Crédit image : Himalayan Made
Crédit image : Himalayan Made

Une plante qui gagne en notoriété

Peu à peu oublié, le chanvre possède en effet des propriétés qui permettent de nombreuses applications matérielles. Cette plante est l’une des premières à avoir été domestiquée par les êtres humains et a rapidement été utilisée pour fabriquer des vêtements. Ses fibres résistantes peuvent servir à la fabrication de textiles et il est la base d’isolants dans le domaine de la construction. Ses graines sont aussi parfois mises en avant en raison de leurs propriétés nutritives. Dans la première moitié du 20e siècle, la plante a été remplacée par le coton puis des matières synthétiques.

En cause : le faible prix de l’énergie, mais aussi la délocalisation de la production dans des pays où les coûts de production sont moins élevés. Par ailleurs, les défenseurs du chanvre soulignent souvent que la plante a été victime d’une intense campagne de lobbying visant à la décrédibiliser en l’associant à ses effets narcotiques, et ce très tôt dans l’histoire moderne. Désormais, et en application de la loi, les industriels se tournent vers des variétés avec des teneurs en THC faible (moins de 0,2%) afin d’éviter ces polémiques stériles.

Pour finaliser leur projet, Joséphine et Lucas ont mené à bien une campagne de financement participatif, atteignant 127% de leur objectif initial ! Démonstration que leur projet parle à une partie de la population. Cerise sur le gâteau, chaque soutien au projet génère automatique un don pour Himali, une association d’aide aux enfants pauvres de cette région de l’Himalaya.


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