Inde : ces femmes qui recyclent nos vêtements à peine portés

« Peut-être que c’est trop cher de les laver ? » se questionne une jeune indienne qui recycle des « vieux » vêtements qui affluent par milliers de tonnes depuis l’occident. Unravel, un reportage intimiste de 14 minutes, nous plonge dans l’univers étonnant de ces femmes indiennes payées quelques sous pour recycler nos vêtements, touchant de leurs doigts nos modes de vie, rêvant d’une vie meilleure.

Le voyage ordinaire de nos vêtements

Il n’y a pas plus bel exemple pour illustrer les effets de la mondialisation que le secteur du textile. En amont, la principale matière première du textile, le coton, est produite en Chine à hauteur de 70%. Les USA, l’Inde et bien d’autres pays suivent de très près. Les méthodes de production industrielles impactent l’environnement à tous les niveaux. 25% de tous les intrants chimiques fabriqués dans le monde sont engloutis dans cette industrie. Parmi les produits utilisés quotidiennement dans l’industrie textile conventionnelle on retrouve : chlore, ammoniaque, soude, acide sulfurique, métaux lourds, formaldéhyde, solvants organiques et aromatiques. Des éléments qui contaminent autant les terres que leurs habitants.

Everything Must Go

Le coton produit est ensuite généralement acheminé vers un pays du sud, comme le Bangladesh ou l’Inde, où des petites mains transforment le textile en vêtement à la mode. Sans surprise, comme le dévoilait le reportage d’investigation Le monde selon H&M, les travailleurs en sont réduits en quasi-esclaves qui gagnent difficilement de quoi se nourrir. De nombreuses manifestations, souvent réprimées sévèrement, eurent lieu ces dernières années au Bangladesh dans l’industrie textile. Sans oublier les conditions de travail innommables. Personne n’a oublié l’effondrement du Rana Plaza engloutissant des milliers d’ouvrières. En dehors de ces conditions de vie inhumaines, plusieurs milliers de litres d’eau sont nécessaires pour fabriquer un seul et unique vêtement, ce qui apparait particulièrement problématique dans des régions arides où l’eau se fait rare.

Enfin, après un long voyage en paquebot géant, les vêtements low-cost atterrissent sur nos étales. Ils seront généralement utilisés quelques fois avant d’être stockés, donnés ou jetés. En moyenne, les grandes enseignes du prêt à porter renouvellent leur collection toutes les six semaines pour inciter de nouveaux achats non nécessaires. C’est l’obsolescence perçue. Si en amont les usines continuent de tourner à plein régime, le vêtement poursuit sa route après utilisation. Une large partie de ces déchets va être récupérée par des associations et sociétés privées (dont le business avait été dénoncé par une enquête d’Envoyé Spécial). C’est ainsi que des centaines de tonnes de vêtements, dont certains sont pratiquement neufs, finissent leur tour du monde à l’origine, dans un pays émergent. Dans la ville de Panipat, en Inde, 100.000 tonnes de ces vêtements débarquent chaque année pour être recyclés. Beaucoup sont pratiquement neufs…

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Les ouvrières du renouveau

C’est dans le Nord de l’Inde que les équipes de Soul Rebel Films à l’origine d’Unravel nous emmènent. Au cœur d’une petite usine de recyclage de vêtements, Meghna Gupta nous fait découvrir ces ouvrières aux grand cœur et au sourire éternel, qui trient jours après jours les tonnes de déchets qu’elles reçoivent. Point de chute de la mondialisation, on y transforme une certaine vision de la consommation de masse en fils recyclé. À la vue des ces vêtements étonnants à leurs yeux, les ouvrières rigolent, s’émerveillent, se questionnent. Est-il si cher de nettoyer un vêtement ? Pourquoi autant de vêtements intactes finissent ici ? Que la vie doit être belle là-bas… Elles y voient une bénédiction divine. Leur point de vue sur l’occident est touchant, édulcoré, naïf. Avec humour et poésie, le film de Gupta nous plonge dans cet univers paradoxal, où la simplicité des uns se nourrit de la complexité et de la folie de la société de consommation.

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Si l’idée même du recyclage systématique et la création d’activité locale est positive, des questions planent à la vue du nombre de vêtements intactes qui atterrissent à la poubelle. Quel est alors le sens du recyclage, si, en amont, le monde industriel continue à produire en masse des vêtements de basse qualité tout en polluant l’environnement ? La conclusion est sans appel, aussi noble et nécessaire soit-il, le recyclage apparait comme le pansement sur une jambe de bois d’un système industriel qui peine à évoluer. Celui-ci peut-il être utilisé comme motif à la perpétuation des systèmes productifs actuels ?


Source : natura-sciences.com / lefigaro.fr / base.d-p-h.info / aeon.co