D’ici le 29 mai 2018, des citoyen.ne.s suisses espèrent récolter 100 000 signatures contre les pesticides de synthèse. Ils souhaitent ainsi provoquer une votation citoyenne (système démocratique propre à la Suisse) pour que le peuple se prononce sur un texte interdisant de façon claire et concise les intrants de synthèse sur le sol du pays. Une première, puisque la réussite de ce projet serait le début d’une petite révolution écologique dans le secteur agricole du pays et obligerait les pouvoirs publics à mettre en place des structures d’aides, de conversion de la paysannerie et du secteur primaire.

En Suisse, un collectif de citoyen.ne.s se mobilise pour modifier la législation et faire interdire tous les pesticides de synthèse. Pour ce faire, il se sont emparés de l’un des outils de la démocratie semi-directe Suisse, l’initiative populaire Fédérale, qui permet à 100 000 citoyen.ne.s de proposer une modification partielle ou totale de la Constitution fédérale et de la soumettre à la votation populaire. « C’est en cela que réside la force de notre démocratie semi-directe, elle permet à toutes les couches de la société, sans distinction, d’amender la législation helvétique », explique Antoni Da Campo, membre du collectif de soutien.

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« J’aimerais qu’on puisse encore cultiver nos sols dans 1000 ans, mais qui peut le garantir aujourd’hui avec nos pratiques agricoles actuelles ? »

« Les pesticides de synthèse sont des molécules hautement toxiques qui n’existent pas dans la nature » nous explique Prof. Mitchell, l’un des porte parole du collectif, qui explique que ces substances peuvent parfois s’inspirer de molécules toxiques naturelles : « les néonicotinoides s’inspirent de la nicotine qui est un poison naturel produit par le tabac pour se défendre des ravageurs ». En Suisse, comme ailleurs en Europe, ces substances sont utilisées de manière massive. Au total, 2000 tonnes d’herbicides, fongicides ou insecticides sont vendus dans le pays tous les ans. La très grande majorité est utilisée par l’agriculture.

Il est très difficile de connaître l’impact réel de ces substances chimiques sur la faune et la flore, chaque être vivant ayant des propriétés singulières. Chaque espèce peut être « déréglée par des concentrations infimes de pesticides », mais seul l’effet létal aura été testé « sur une petite sélection d’espèces, et la substance sera autorisée sur cette base très partielle ». Ainsi, la mise sur le marché de nouveaux pesticides pétrochimiques fait fit du principe de précaution. « Il faut souvent une à deux décennies de recherche académique poussée et des centaines d’études, financées par les fonds publics, pour finalement mettre en évidence le réel impact de ces substances. Ceci mène alors souvent à leur interdiction (non sans une lutte acharnée entre les parties soutenues par les industries et les chercheurs et ONGs). Puis la prochaine génération de produits est mise sur le marché. Cela fait plus de 50 ans que ça dure et l’histoire se répète.« , dénonce le chercheur.

Mais malgré les risques que présentent les pesticides de synthèse pour les générations présentes et futures, il n’est pas simple de provoquer un changement de moeurs. Derrière les pesticides se cachent en effet des intérêts industriels importants. Par ailleurs, les agriculteurs, pour qui la production agricole est leur gagne-pain, ont été habitués et souvent poussés à l’utilisation d’intrants chimiques depuis plusieurs décennies, quitte à s’endetter lourdement.

Les citoyen.ne.s suisse demandent un autre modèle agricole 

Pour le Prof. Mitchell et les auteurs de l’initiative, il est temps de rompre clairement avec l’agriculture conventionnelle, énergivore et destructrice de l’environnement, et d’exploiter « le potentiel de l’agriculture plus naturelle, qui peut vraiment surprendre par ses rendements et sa résistance aux fluctuations du climat car un sol en bonne santé est plus à même de permettre à une plante de résister à une période défavorable. » Tout l’enjeu est de rediriger la recherche vers des méthodes d’avenir et d’inverser la balance des soutiens financiers qui vont aujourd’hui de manière très majoritaire à l’agriculture conventionnelle. « Des solutions existent mais s’affranchir des pesticides ne signifie pas retourner à une agriculture ancestrale. Bien au contraire, des solution novatrices et intelligentes sont proposées : co-cultures, méthode push-pull, permaculture, lutte biologique, sélections de variétés résistantes ».

Si l’initiative aboutit, « ce serait un magnifique pied de nez aux multiples industries agroalimentaires et chimiques qui ont leur siège social en Suisse (Nestlé, Syngenta, SIBA, Monsanto, Philip Morris etc) et sonnerait le glas d’un joug/lobbyisme économique et politique international », se réjouissent les membres du collectif, qui espèrent entamer un changement structurel du système de production alimentaire en provoquant à la fois une amélioration des conditions de vie des paysans d’un point de vu financier et sanitaire, tout en défendant l’environnement et la biodiversité. Pour apporter son soutien à cette initiative populaire, rendez-vous sur www.future3.ch.

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Sources : Propos recueillis par l’équipe de Mr Mondialisation / facebook.com / futur3.ch

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